Tribune libre de Lilian Reilhac :

Les Grandes Maisons : patrimoine oublié


Publié / Actualisé
Ces Grandes Maisons qui se situaient autrefois au centre d'un tourbillon de passions avec la construction du port et du chemin de fer réunionnais, nous plongent dans les profondeurs de l'histoire de la colonisation et l'ère industrielle de La Réunion du XIXéme siècle. Elles avaient été construites à l'époque pour héberger les ingénieurs qui ont réalisé le port de la Pointe des Galets en 1879. Plus tard, on y ajouta des maisons plus modestes pour les cadres et ouvriers du Port mais aussi de la Compagnie du Chemin de fer. C'est pour cela que ce quartier qui longeait l'Avenue Amiral Bosse s'appelait Les Grandes Maisons.
Ces Grandes Maisons qui se situaient autrefois au centre d'un tourbillon de passions avec la construction du port et du chemin de fer réunionnais, nous plongent dans les profondeurs de l'histoire de la colonisation et l'ère industrielle de La Réunion du XIXéme siècle. Elles avaient été construites à l'époque pour héberger les ingénieurs qui ont réalisé le port de la Pointe des Galets en 1879. Plus tard, on y ajouta des maisons plus modestes pour les cadres et ouvriers du Port mais aussi de la Compagnie du Chemin de fer. C'est pour cela que ce quartier qui longeait l'Avenue Amiral Bosse s'appelait Les Grandes Maisons.

Aujourd’hui, ces anciennes belles demeures en pierre qui faisaient la fierté de la ville du Port, malgré leur état de délabrement, gardent la tête haute.

Je faisais parti de ces rares occupants qui ont vécu toute leur jeunesse dans ces bâtisses uniques à La Réunion et ces jardins désordonnés qui caractérisent les jardins créoles. Aujourd’hui les grands arbres, tels que ces magnifiques Bois noir qui pourraient raconter l’art de vivre et le bien être des familles qui ont résidé dans ce quartier des Grandes Maisons, ont su résister au temps.

Parmi ces illustres occupants, les docteurs Hassen et Ferber, seuls médecins de la commune du Port dans les années 1960/1970, les Baillif, Fromentin l’ingénieur des Chemins de fer de La Réunion,  ou encore la famille Talvy…

Je vois encore mon père et mon oncle Roger Treuthard, le père de notre poète Patrice Treuthard, assis tous les soirs sous l’immense véranda dominant l’entrée du port, partageant un " apéritif " tout en racontant leurs anecdotes quotidiennes sur les quais ou à la banque ou commentant les articles du seul journal de l’île, de la politique du général de Gaulle à qui ils vouaient une grande admiration.

Je vois encore notre nénéne, Ruth devant ses fourneaux à surveiller la cuisson du gâteau maïs soso dans sa marmite recouverte de charbons ardents.  La cuisine se détachait de la maison principale, dans l’une des longères de la propriété.

Et que dire de voir ces anciens paquebots, tels que le Ferdinand de Lesseps, le Jean Laborde qui lorsqu’ils franchissaient l’entrée du port donnaient l’impression de pénétrer à l’intérieur de ces maisons. J’ai encore l’image de ces milliers de dockers rejoindre chaque jour les quais pour un dur labeur…

Je me souviens, avec mon frère Charles grimper sur le Bois noir pour " louké " Catherine Deneuve et Alain Delon qui s’habillaient et maquillaient dans l’une des belles demeures au cours de leur tournage du film de François Truffaut, La Sirène du Mississipi en 1968. J’avais à peine douze ans. Aujourd’hui, résident encore les vestiges de nos jeux d’enfants. Telles les restes de la corde qui nous servait de balance sur une branche de l’impressionnant Lila. Au fil du temps, le bout de corde s’est incrusté dans l’écorce du vieil arbre.

J’entends encore le bruit métallique de la drague Le Boutteville au milieu du bassin du port qui résonnait dans toute la ville. 

Comme tous ceux qui ont vécu dans ces Grandes Maisons et dans le quartier, je ne peux rester insensible à l’état d’abandon et de délabrement de ce patrimoine réunionnais. Sur l’ensemble des maisons qui longeaient la rue Amiral Bosse, il en reste quatre, propriétés de l’Etat. En 2015, une convention avait été signée entre l’Etat et Olivier Hoareau maire de la Ville du Port qui souhaitait à juste titre faire du site un lieu culturel avec des espaces consacrés à des expositions. Mais il semblerait que le service des Domaines ne soit pas disposé à les céder à moins d’un million d’euros…  En attendant, les magnifiques demeures continuent à être pillées et squattées.

Afin de préserver la mémoire collective, la Réunion possède des musées : Stella pour l’histoire de notre agriculture, celui de la Cité du volcan pour mieux comprendre la naissance de notre île, celui de Villéle pour l’histoire des grandes plantations et l’esclavage, nous avons même un musée pour la Saga du Rhum… Pourtant, notre histoire vient de la mer. Nombreux sont les navires qui ont mouillés l’ancre ou sombrés autour des côtes réunionnaises. Nous venons de la mer, et tout ce qui a permis de développement de votre île vient de la mer, le développement. Nous n’avons pas un lieu où rassembler toute cette histoire maritime. 

Pour moi, les Grandes Maisons semblent le lieu idéal pour un tel projet culturel. Elles pourraient ainsi passer de l’oubli à la postérité.

Lilian Reilhac

   

1 Commentaire(s)

Skorf, Posté
Je viens de passer près d'un mois à La Réunion, ce qui paraître beaucoup, mais ce qui est est manifestement insuffisant pour la connaître vraiment. J'ai eu l'occasion de visiter un peu St-Denis, dont la rue de Paris et ses vieilles maisons de l'époque coloniale, ainsi que le musée de Villèle qui m'ont donné un petit aperçu du patrimoine de l'île. Celui m'est apparu quelque peu délaissé et mériterait donc un soutien plus important des pouvoirs publics et, pourquoi pas d'investisseurs-sponsors privés qui, pour une fois, pourraient servir l'intérêt général d'abord avant le leur, surtout quand ils profitent du tourisme, par exemple.