Tribune libre du Crefom Réunion :

La langue créole : le respect qui lui est dû, sa défense et son enseignement


Publié / Actualisé
Le vendredi 5 juillet, lors d'une réunion du conseil académique des langues régionales, le recteur de l'académie de La Réunion a menacé de quitter la réunion suite à la prise de parole d'un participant qui s'est exprimé en créole. Au regard tant du droit applicable que de la politique menée par l'actuel gouvernement, le Crefom Réunion ne peut que regretter un tel incident (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le vendredi 5 juillet, lors d'une réunion du conseil académique des langues régionales, le recteur de l'académie de La Réunion a menacé de quitter la réunion suite à la prise de parole d'un participant qui s'est exprimé en créole. Au regard tant du droit applicable que de la politique menée par l'actuel gouvernement, le Crefom Réunion ne peut que regretter un tel incident (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Le droit applicable : Il importe de rappeler la composition et le rôle du conseil académique des langues régionales. Prévu par le code de l’éducation , le conseil académique des langues régionales est une instance qui participe à la réflexion sur la définition des orientations de la politique académique des langues régionales.

Il existe dans 17 académies (Aix-Marseille, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Grenoble, Guadeloupe, Guyane, Limoges, Martinique, Montpellier, Nancy-Metz, Nantes, Nice, Poitiers, Rennes, La Réunion, Strasbourg et Toulouse).

Ce conseil  se compose de représentants de l’administration , des établissements scolaires, des associations de parents d’élèves, des collectivités territoriales, des mouvements associatifs et éducatifs ayant pour objet la promotion de la langue et de la culture régionales. C’est le recteur d’académie qui procède à la nomination de ces membres pour une durée de trois ans.

Le conseil académique des langues régionales est présidé par le recteur, qui doit le réunir au moins deux fois par an.

Le rôle du conseil académique des langues régionales est de veiller au statut et à la promotion des langues et cultures régionales dans l’académie, dans toute la diversité de leurs modes d’enseignement.

Dans un tel contexte, l’incident qui a eu lieu lors du conseil académique des langues régionales, le 5 juillet dernier, ne peut que nous interpeller : que penser du statut et de la promotion de la langue

créole dans l’académie de La Réunion avec un tel signal envoyé par le recteur aux enseignants placés sous son autorité ?

Parce qu’en dehors de cet incident, qui ne devrait rester que de l’ordre de l’anecdote – bien que hautement symbolique – le sujet de fond est en effet celui de la langue créole, du respect qui lui est dû, de sa défense et de son enseignement.

Certes, le français, langue officielle de la République, est la langue de travail des instances administratives. Pour autant, le droit fait une place aux langues régionales : l’article 75-1 de la Constitution affirme ainsi que " les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ". Plus spécifiquement, la loi pour le développement économique des outre-mer du 27 mai 2009 est venue préciser que " les langues créoles font partie du patrimoine national ".

Et si la France a signé, mais n’a pas ratifié, la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, le Conseil constitutionnel a reconnu que les mesures de la Charte que la France envisageait d’appliquer, notamment dans le domaine de l’enseignement, étaient, pour la plupart, d’ores et déjà mises en œuvre.

La politique menée par l’actuel gouvernement : Lors de sa visite à Quimper, le 21 juin 2018, le Président de la République a affirmé son soutien aux langues régionales, qui ont, selon lui, un vrai rôle à jouer dans l’enracinement qui fait la force des régions. Il a, par ailleurs, indiqué qu’il allait pérenniser leur enseignement. Marque de cet intérêt : contrairement à la pratique dans les gouvernements précédents, l’actuel Ministre de l’Éducation nationale s’est entouré d’un conseiller " langues régionales ".

L’idée que la langue maternelle des citoyens français est le français est une fiction dans le contexte réunionnais. Les études ont montré, depuis longtemps déjà, que l’accueil des élèves dans leur langue était un facteur de réussite. Notre territoire est encore trop marqué par l’échec scolaire et il serait irresponsable de ne pas prendre cette réalité au sérieux.

" Lutter contre l’échec scolaire est une priorité : un usage fluide des deux langues (le français et le créole) dans le milieu scolaire permettrait une amélioration significative du niveau d’expression orale et écrite dans les deux langues et faciliter les apprentissages. "

promotion des langues régionales, il serait incongru et incompréhensible que La Réunion reste en deça de la politique ambitieuse qu’elle se doit de mener en la matière. En Bretagne, les élèves peuvent composer certaines épreuves du brevet des collèges en breton ; l’Alsace expérimente l’accueil des élèves en maternelle exclusivement en alsacien ; et plus ambitieux encore, en Corse, par disposition légale , la langue corse est une matière enseignée dans le cadre de l’horaire normal des écoles maternelles et élémentaires.

Et pendant ce temps-là, à La Réunion, on en est encore à se battre pour pouvoir s’exprimer dans la langue régionale, au risque d’un repli sur soi et d’un isolement, entraînant une perte de confiance, en particulier pour les jeunes élèves. Nous avons besoin d’un véritable sursaut, il en va de la réussite et de l’épanouissement des jeunes Réunionnaises et Réunionnais.

Le Crefom ne peut en effet croire que la prise de position du recteur s’assimile à une ligne politique qui vaut instruction pour les établissements scolaires et universitaires. C’est donc dans un esprit de dialogue et d’apaisement que le Crefom Réunion sollicitera une rencontre avec le recteur afin qu’il puisse clarifier sa position. Ce sera également l’occasion de lui faire part de nos réflexions pour le développement de l’enseignement du créole et en créole au sein de notre territoire.

Le Crefom Réunion pourrait ainsi inviter le recteur à suivre les préconisations du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) qui a titré son rapport rendu il y a un mois " Valorisons les langues des outre-mer pour une meilleure cohésion sociale ".


Richel Sacri, délégué régional Crefom Réunion

Véronique Bertile, Maitre de conférences en droit public à l’université de Bordeaux, spécialiste des langues régionales

1 - Article D312-33 et suivants
 
2 - Inspecteurs d'académie-inspecteurs pédagogiques régionaux, directeurs des services départementaux de l'éducation nationale ; chargés de mission, coordonnateurs des enseignements de langues et cultures régionales dans l'académie ; directeur de l'institut universitaire de formation des maîtres ; un professeur d'université assurant un enseignement de langue et culture régionales ; directeur du centre régional de documentation pédagogique ; inspecteur de l'éducation nationale, chargé de circonscription du premier degré, coordonnateur de l'enseignement des langues régionales dans les écoles de son département ; représentant des maîtres formateurs délégué auprès d'un directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie ; directeur régional des affaires culturelles.
3 - Article L312-11-1 du code de l’éducation

 

   

3 Commentaire(s)

Gigi, Posté
Je suis pour la langue créole ..... le recteur la oubli son racine..
C OLLIER, Posté
"Lutter contre l'échec scolaire est une priorité . Un statut équilibré et un usage fluide des deux langues (le français et la langue locale) dans le milieu scolaire devrait permettre une amélioration significative du niveau d'expression orale et écrite dans les deux langues et faciliter les apprentissages." cette phrase est tirée de mon projet pour les langues régionales; Veuillez citer vos sources
Marc974, Posté
Je suis créole et cest n'importe quoi ce qui est écrit ici. 2 à 3 irresponsables veulent imposer une vision dictatoriale des langues et le crefom veut justifier son inexistence