Tribune libre de Jean-Pierre Marchau :

Le président de l'Université et le téléphérique


Publié / Actualisé
Le Président de l'Université de La Réunion vient de déclarer publiquement qu'il s'opposerait au projet de téléphérique urbain porté par la CINOR sur le tracé Chaudron-Bois de Nèfles. " J'interdirai les travaux ! " proclame-t-il avec virulence dans une interview. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le Président de l'Université de La Réunion vient de déclarer publiquement qu'il s'opposerait au projet de téléphérique urbain porté par la CINOR sur le tracé Chaudron-Bois de Nèfles. " J'interdirai les travaux ! " proclame-t-il avec virulence dans une interview. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Pour justifier ce refus, surprenant quand on connaît les enjeux de la mobilité sur notre territoire, le Président d’Université avance essentiellement trois arguments.

  • La sécurité car il affirme que l’on pourrait jeter des objets sur les étudiants depuis les cabines
  • Le risque d’une perturbation des étudiants qui résulterait selon lui du passage répété des cabines et du bruit produit par lui
  • Enfin, il argue que les câbles et pylônes obéreraient  tout développement futur en hauteur des actuels bâtiments universitaires

Mais  ces arguments, les mêmes que ceux utilisés par tous les adversaires  de ce type de transport innovant,  ne tiennent pas la route.

1 - Les télécabines sont sécurisées et ne comportent pas de " fenêtres " que l’on pourrait ouvrir, il y aura seulement des micro-ouvertures situées en hauteur pour la ventilation. Aucun objet ne peut donc être jeté depuis les cabines. Rappelons que le téléphérique urbain de Brest passe au-dessus de bâtiments militaires où les questions de sécurité sont autrement plus sensibles.

2 - Concernant une éventuelle perturbation lorsque les étudiants seront dans les amphithéâtres, l’argument n’est pas sérieux, les cabines passeront à plus de dix mètres au-dessus et les passagers,  obligatoirement assis durant le trajet, ne pourront voir à l’intérieur des bâtiments. De même, les études réalisées sur le bruit généré par les câbles montrent qu’il sera moindre que celui produit par le boulevard sud.

3 - Quant à l’argument selon lequel câbles et pylônes entraveraient tout développement en hauteur des bâtiments, là aussi, il semble un peu tiré par les cheveux comme le montre l’exemple du campus Sud où l’extension se fait non pas en hauteur mais sur plusieurs sites qui accueillent aujourd’hui un tiers des étudiants réunionnais.

Précisons enfin que l’industriel chargé de la conception et de la réalisation du téléphérique urbain Chaudron-Bois de Nèfles est leader mondial dans son domaine. Il a  notamment à son actif les transports par câbles de Medellin, Rio et  Taipei à Taïwan. Ce qui est performant et sécurisé dans ces grandes villes ne le serait pas à La Réunion ?

Il est regrettable que le Président Miranville se serve du téléphérique  pour créer une polémique publique alors que la jeunesse est l’une des premières concernées puisque, outre l’université, plusieurs établissements scolaires seront desservis. D’ailleurs, que pensent les étudiants du campus du Moufia de  la position de leur Président ?

Jean-Pierre Marchau
Élu Europe Écologie Les Verts Réunion

   

3 Commentaire(s)

Telepherix, Posté
Je suis spécialiste des transports par câble et à l'origine de nombreux projets de téléphérique en France comme à l'étranger. La réaction du président de l'université ne repose sur rien de réel, et quand on sait que les déplacements en téléphérique font infiniment moins de victimes que ceux en voiture, la position du président de l'université est tout simplement stupide et criminelle. Aucun des matériels mis en service après 2002 n'a connu d'accident ni fait de victime. Nos voisins Suisses le savent bien, qui ont mis depuis le début des années 1900 plus de 300 téléportés (téléphériques, télécabines) qui ont transporté des millions de gens et n'ont eu que très peu d'accident. En particulier, aucun accident sur les matériels mis en service à partir de 2002.
Il est tout de même étonnant qu'un président d'université
soit aussi mal informé sur les problèmes de sécurité dans les transports.
Pierre Jaussaud
Expert transport (en particulier par câble) près la Cour d'Appel de Grenoble de 1982 à 2018. Aucune de mes expertises n'a été contestée.
Chacha, Posté
Parfait! Ce président d'université, par sa mauvaise foi et son incompétence, retarde les travaux et le développement de tout le quartier du Chaudron, du Moufia et de Bois de Nèfles. C'est une honte et une irresponsabilité totale, au vu des budgets colossaux qui sont engagés et des besoins urgents en transports doux que nécessite le développement soutenable de la Réunion. Que font les citoyens? Que font les pouvoirs publics pour accélérer les choses?
Zavoca marron, Posté
Le plus souvent dans le monde, le transport par câble (TPC) aura été une réponse pour s'affranchir d'une vallée, d'un rempart, d'un col quasi-infranchissable par la route classique (on en a en Italie). Ce type de transport collectif reste néanmoins classé dans les modes de transport terrestre (et non aérien), normes remontées mécaniques. C'est donc pour contourner une difficulté naturelle dans le paysage.
En Colombie, que Gérald est parti testé..., là-bas c'était avant tout pour donner une réponse aux gens qui ne voulaient plus prendre les transports en commun bus et autocars, parce qu'il y régnait une incertitude dans le volet sécurité des passagers et usagers de ce moyen de déplacement. Le gouvernement et certaines municipalités y ont répondu par un transport plus isolé du reste... Grosso modo, les Colombiens se sentent plus en sécurité en "volant" que coincés dans un bus urbain ou pas bondé en heure de pointe du matin ou à tout autre moment de la journée. Depuis, les agressions ont réellement diminuées. Mais, il faut savoir que cela coÃ"te de mettre des personnes dans une cabine en passant au-dessus des lieux d'habitations (parfois dense). Si on est riche (extraction pétrole, mines, etc.), on peut se le permettre, mais quand on n'a pas d'argent, ce n'est plus pareil. Sinon, la voie au-dessus est imaginée quand on a tout essayer et mis en Å"uvre au sol. Ce qui est loin d'être le cas pour la petite île de 2 512 km² (où tout se joue en frange littorale) très en retard dans les réponses publics en matières de transport de masse (surtout en mode interurbain...). La loi est claire en France (depuis la loi Fitermann et aussi NOTRé en 2015!). En arrêtant le TT en mars 2010, La Réunion aura pris au moins 30 ans de retard sur le reste du monde (regardez à cÃ'té à 200 bornes...). Le SAR ne prévoit pas ce mode à la Réunion, en revanche, il stipule 150 km de transport moderne, capacitaire, express, où on peut mettre ses bagages pour aller prendre l'A380 à Gillot : j'oubliais il ne se pose pas ici... mais à cÃ'té!