Tribune libre de Raymond Lauret :

La Gymnastique réunionnaise : quand tout a commencé, en 1976...


Publié / Actualisé
Comme beaucoup de mes compatriotes, je ne connais Monsieur James Blateau que depuis que notre presse écrite a, la semaine dernière, rendu compte de sa visite dans notre île. James Blateau est l'actuel Président de la Fédération Française de Gymnastique. (Photo d'illustration)
Comme beaucoup de mes compatriotes, je ne connais Monsieur James Blateau que depuis que notre presse écrite a, la semaine dernière, rendu compte de sa visite dans notre île. James Blateau est l'actuel Président de la Fédération Française de Gymnastique. (Photo d'illustration)

Dans les colonnes de nos journaux, il a souligné la richesse d’une île dotée " d’une importante histoire ". Et d’ajouter : " Il y a ici de grands talents en exercice et en devenir, et des corps qui correspondent à la pratique. C’est un véritable vivier… Si tous les territoires avaient cette même dynamique qu’à La Réunion ! ". Et encore : " La Réunion, c’est une terre de champions. Ça, c’est sûr… "

Comment ne pas être heureux de lire de tels propos au sujet de la Gymnastique réunionnaise ? Comment alors ne pas se souvenir que tout a commencé un dimanche soir de juillet 1976, alors que se déroulaient les Jeux Olympiques de Montréal ?

Nous dinions ce soir-là chez Marie et Albert Mourvaye. Albert était alors Président de l’O.M.S. du Port. La télé nous apportait les images de la finale des épreuves de Gymnastique. Sur la poutre, Nadia Comaneci. La toute jeune roumaine domine l’ensemble de ces jeux.

Pour nous qui voulons alors ne rien manquer du féérique spectacle que nous offre cette gamine dont le regard qu’elle porte est tout d’attention et de timidité, de crainte et d’espérance, pour nous, c’est le flash.

Nadia Comaneci, qui est née en Roumanie le 12 Novembre 1961, n’a alors pas encore 15 ans. Sous les yeux de millions de téléspectateurs du monde entier, tranquillement, elle est entrain de défier les lois de la pesanteur et de dominer les représentantes des nations les plus puissantes. Sur la poutre et au tapis, elle éclipse les grands champions de toutes les autres disciplines sportives et permet aux femmes et aux filles du monde entier de sentir monter en elles un souffle de fierté. Avec elle, la fille égale le garçon…

Ce soir-là, avec Albert, nous comprenons que la jeune fille réunionnaise pourrait, tout comme la jeune roumaine, s’élever grâce à ce sport où la force physique n’est pas l’atout essentiel. Que faire pour que notre île et sa jeunesse profitent elles aussi de la leçon que nous vivons alors ? Quelques mois plus tard, la voie s’entrouvre.

Un matin, nous demandons à rencontrer Monsieur Bernard Soutric, alors Inspecteur Départemental de l’Education Nationale (IDEN) pour la circonscription de Saint-Paul - Le Port.

Lors de notre entretien, Monsieur Soutric montre beaucoup d’intérêt à la proposition que nous lui faisons : inciter les enseignants des écoles primaires du Port à participer à un stage intensif qui les préparerait à initier leurs élèves aux premiers rudiments de la gymnastique. Informé par l’IDEN, le Conseiller pédagogique Gérard Faciotti montre un réel enthousiasme pour que l’école primaire soit le terrain où des jeunes de La Réunion pourraient exprimer leurs talents cachés ou méconnus. C’est parti…

L’OMS du Port contacte Joël Gauvin. Ce dernier, professeur d’EPS à Saint-Denis, marque son accord pour venir au Port quatre fois par semaines pour encadrer nos jeunes. Il nous dit qu’il ne viendra pas seul. Chantale Ronsard, sa collègue avec laquelle il a parlé de son projet, souhaite elle aussi être dans ce qui apparaît pour elle comme un grand challenge de vie.

C’est ainsi que commence l’histoire de la Gymnastique portoise. Sur le plateau sportif Jean Guimier d’abord, puis dans le Gymnase Louis Payet.

Patrice Casimir, fait pour être footballeur comme son père et comme le voulait la tendance générale du moment chez les jeunes, montre des aptitudes qui étonneront plus d’un. Nous connaissons tous ce que furent par la suite sa carrière nationale et internationale, sa notoriété aussi, dans le monde de la Gymnastique.

Rapidement, le club de Gym de la ville du Port – l’USPG – occupera une belle place dans l’île et en métropole. Gisèle et Jean-Claude Maillot viendront renforcer l’équipe d’encadrement composée, en plus de Joël et de Chantale, de Josette Boyer, Maurice Casimir, Sabine Albany, et de Mesdames Jacob et Bachmann. Et d’autres encore…

Au moment où le Président de la Fédération Française de Gymnastique vient de souligner la place de notre île dans cette discipline sportive, j’ai souhaité rappeler ce que nous devons à ceux et celles qui, il y a plus de 40 ans maintenant, surent voir que des perspectives positives pouvaient se présenter pour notre jeunesse…

Raymond Lauret

   

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