Tribune libre de Bruno Bourgeon :

Niveau océanique : historique, évolution, risques


Publié / Actualisé
Le niveau océanique est une conséquence directe de l'état du climat planétaire. Pendant les ères glaciaires, de très grandes quantités d'eau sont stockées dans les calottes glaciaires et les glaciers de montagne, diminuant le niveau des mers, jusqu'à 120 mètres de moins pour la dernière ère glaciaire. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le niveau océanique est une conséquence directe de l'état du climat planétaire. Pendant les ères glaciaires, de très grandes quantités d'eau sont stockées dans les calottes glaciaires et les glaciers de montagne, diminuant le niveau des mers, jusqu'à 120 mètres de moins pour la dernière ère glaciaire. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

A l'inverse, lorsque la Terre connaît des périodes de réchauffement, les glaciers et calottes glaciaires fondent en partie entraînant l'augmentation du niveau des océans. Lors de la dernière période chaude qu'a connu la Terre, il y a environ 125 000 ans, le niveau des mers était supérieur de 10 mètres.

Le réchauffement climatique en cours se traduit mécaniquement par une augmentation du niveau des mers et océans. La statistique est démonstrative : + 25 cm depuis l'an 1800, + 6,74 cm depuis l'an 2000, + 4,8 mm par an depuis 2015. La linéarité n’est pas de mise

Depuis 5 000 ans, le niveau des mers est resté à peu près stable avec peu de changements jusqu'en 1800. A cette date, le niveau des océans a commencé à monter, s'est accéléré au début du 20e siècle puis nettement à partir des années 1990. En moyenne, entre 1993 et 2018, le niveau a augmenté de 3,3 mm/an, avec une franche accélération depuis 2013 avec une moyenne sur 5 ans de 4,8 mm/an.

Les projections sont variables. Si le GIEC dit : + 74 cm entre 1800 et 2100, de plus en plus d'études considèrent que ces projections sont sous-estimées. La hausse du niveau des océans pourrait très bien atteindre 2 mètres d'ici la fin du siècle.

Climate Central a publié dans la revue Nature Communications de nouvelles estimations du nombre de personnes concernées par l’élévation des mers et les inondations côtières, grâce à l’analyse des données satellitaires. Selon les auteurs, au moins trois fois plus de personnes sont concernées, comparé aux estimations passées : 300 millions de personnes seront confrontées à des inondations côtières au moins une fois par an d’ici 2050, dont 1 million de personnes en France métropolitaine d’ici 2050, et si rien n’est fait, 1.2 million de personnes en 2100.

En outre, Climate Central a créé une carte mondiale interactive illustrant les inondations potentielles dues à la montée des eaux au cours du XXIème siècle.

D’après les précédentes estimations, ce chiffre était d’environ 80 millions. Selon la carte proposée par Climate Central, les régions les plus touchées sont celles de La Rochelle/Niort et de Calais à Dunkerque. Ces estimations se veulent prudentes car elles reposent sur des projections standard du niveau de la mer et des réductions des émissions de gaz à effet de serre à peu près conformes aux objectifs de l’Accord de Paris. Alors que les efforts déployés ne sont pas en phase avec cette trajectoire.

Émissions contrôlées ou non, les pays asiatiques enregistrent les plus forts risques de terres menacées. Même avec des réductions modérées des émissions de gaz à effet de serre, les régions de six pays asiatiques, soit 237 millions de personnes, pourraient faire face à des inondations côtières annuelles d’ici 2050, environ 183 millions de plus que les évaluations précédentes. Les différents scenarii démontrent que l’action climatique aurait une influence significative sur le nombre de personnes menacées. Des réductions rapides des émissions sauveraient 50 millions de personnes dans le monde des inondations côtières d’ici 2100. Sans réduction des émissions, la mer submergerait en plus et entièrement les terres où vivent actuellement 40 millions de personnes (par rapport à une réduction des émissions).

La Réunion ne doit pas s'attendre au pire mais tout de même se préparer. La montée des eaux aura notamment pour conséquence de diminuer la superficie de l'île et les zones de surface habitable, notamment du côté de l’Ermitage et de l’Etang du Gol. Le centre-ville de Saint-Paul est construit sur une flèche littorale en sable  qui a fermé la baie en créant l'Etang. Combien faudra-t-il de hausse du niveau de l'Océan pour que la mer attaque le sable, inonde l'étang et noie régulièrement le centre-ville déjà mis à mal par les (vrais) gros cyclones? Car les cyclones seront plus violents, et le recul du cordon littoral s’accélérera. Avec une démographie galopante et un territoire inextensible, la question de l'occupation et de l'urbanisation se pose plus que jamais.

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID,
D’après Reporterre et Notre Planète Infos

   

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