Tribune libre de Jean-François Nativel :

9 années de crise requin, et 10ème arrêté "provisoire" d'interdiction


Publié / Actualisé
Il y a 9 ans jour pour jour, le 19 février 2011 débutait la crise requin, avec l'attaque sur Éric Dargent à Saint-Gilles-les-Bains. Un changement de localisation inédit, après 4 décennies de développement nautique sans heurts sur nos plages de sable blanc de l'ouest.
Il y a 9 ans jour pour jour, le 19 février 2011 débutait la crise requin, avec l'attaque sur Éric Dargent à Saint-Gilles-les-Bains. Un changement de localisation inédit, après 4 décennies de développement nautique sans heurts sur nos plages de sable blanc de l'ouest.

La gestion de ce problème grave par nos autorités a été depuis tellement mauvaise que la situation n'aura fait que s'aggraver, jusqu'à conduire au bilan catastrophique que l'on connaît aujourd'hui :

- 11 morts

- 5 mutilés graves

- Le 10ème arrêté d'interdiction de baignade successif vient d’être pris le 10 février 2020 par le préfet, une mesure inique, en vigueur depuis le 26 juillet 2013.

- près de 20 millions d'euros gaspillés dans des gadgets dérisoires, qui ne sont jamais la solution tant qu'on refusera le bon sens (pêche localisée/pression humaine là où il faut).

- au moins 100 millions d'euros de pertes touristiques, et au moins autant en tentatives vaines de rattrapage (image désastreuse "d'île à requins mangeurs d'hommes").

- un clivage ethnique plus que jamais décomplexé : "requin y mange rien que zoreil, en sort a zot"

- des conséquences sociales qui ont bouleversé la vie de milliers de personnes qui vivaient avec et parfois de l'océan.

- des autorités qui se félicitent de leur " gestion fine ", les yeux complètement bouchés par une idéologie qui donne plus d'importance à la vie d'un poisson qu'à celle d'un Réunionnais, et qui a conduit à banaliser la mort au titre d'une fatalité incompressible.

9 ans déjà, et encore un goût amer, un sentiment d'écrasant mépris de la part de "bobocrates" parisiens, totalement insensibles à notre île qui se meurt.

Quelques avancées peuvent être soulignées cependant :

- une pêche préventive désormais largement assumée par les autorités, même si elle reste impossible devant les plages populaires de façon permanente là où il faut, du fait des règles de la Réserve Marine

- une opposition d'organisations extrémistes de protection de la nature ridiculisées au point d’avoir déserté les débats publics locaux.

- des scientifiques/biologistes discrédités vis-à-vis de l'opinion et aussi des institutions, après avoir fait état de leur incapacité totale devant ce problème.

- une institution dédiée créée qui, après quelques espoirs, s’est malheureusement transformée en usine à gaz au service de l'acceptation d'une tragédie innommable, en symbole de l'impotence et du mépris de l’État envers les vies humaines.

- une longévité du combat pour l’océan et une galvanisation des acteurs, malgré un contexte extrêmement clivant, propre à ces débats sensibles où on ne compte plus les insultes, les menaces, voire les procès intentés à ceux qui tentent depuis 2011 de sauver l'accès à l'océan... pour une île.

Au final, nous demeurons face à un bilan largement négatif, surtout quand on sait que personne ne respecte l’interdiction, alors que le risque lui reste toujours aussi vif.

On a réussi à criminaliser l'amour de l'océan dans une île, et à stigmatiser ceux qui tentent de sauver un modèle économique basé sur l'attractivité touristique, pourtant présenté, encore récemment par le Président de la république comme la principale perspective d’avenir...

Notre plus grand regret c'est qu'il y ait toujours aussi peu de personnes prêtes à faire preuve d'engagement face à l'injustice, préférant préserver leur petit confort et leur image personnelle plutôt que de s'élever haut et fort face à l'inacceptable. Les Réunionnais sont fatigués par toutes ces années de combat sur la scène publique, et le seul prolongement logique doit se faire désormais sur le terrain politique !

Jean-François Nativel, président d'Océan Prévention Réunion
 

   

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