Lettre de France Assos Santé à la directrice de l'ARS :

Covid-19 : "nous sommes très inquiets quant à la bonne prise en charge des usagers de la santé"


Publié / Actualisé
Madame la Directrice générale, nous tenons tout d'abord à saluer le travail des équipes soignantes dans les établissements de santé, des professionnels libéraux, des pharmaciens et des citoyens qui s'impliquent tous les jours auprès de la population pendant cette crise sanitaire. Et ce, malgré des conditions extrêmement précaires, comme nous vous l'indiquons ci-dessous. (Photo d'illustration Martine Ladoucette rb/www.ipreunion.com)
Madame la Directrice générale, nous tenons tout d'abord à saluer le travail des équipes soignantes dans les établissements de santé, des professionnels libéraux, des pharmaciens et des citoyens qui s'impliquent tous les jours auprès de la population pendant cette crise sanitaire. Et ce, malgré des conditions extrêmement précaires, comme nous vous l'indiquons ci-dessous. (Photo d'illustration Martine Ladoucette rb/www.ipreunion.com)

En tant que représentants des usagers de la santé, nous sommes très inquiets quant à leur bonne prise en charge. C’est la raison pour laquelle nous voulons aujourd’hui vous soumettre nos constats, nos inquiétudes et nos vives interrogations face au COVID-19 et à la gestion par l’ARS de cette crise.

Nos constats sont les suivants :

- pendant plusieurs semaines, La Réunion a subi une pénurie de masques, alors même que la situation des autres pays et de l’hexagone aurait pu vous alerter et vous permettre d’anticiper ce manque sur notre territoire ;

- lorsque ces masques ont enfin été distribués, les soignants se sont aperçus que non seulement ils étaient périmés, mais aussi moisis comme l’attestent des articles et des photos sur les réseaux sociaux ;

- le nombre de ces masques, même périmés, voire tachés de moisissure, est très insuffisant puisque au CHOR, par exemple, les personnels soignants, notamment au service des Urgences, n’ont ont aucun. Ne parlons pas des cabinets de médecine libérale...

- les personnes arrivant de l’extérieur, que ce soit par avion ou par bateau, ne sont absolument pas mises à l’isolement ni même contrôlées, ce qui provoque des risques importants pour leurs proches. De même, des médecins venant d’Italie seraient mis au travail tout de suite sans respecter les 15 jours d’isolement, risquant de contaminer les malades qu’ils soignent, personnes particulièrement vulnérables.

Le manque d’informations claires de votre part entraîne les rumeurs les plus folles et les plus inquiétantes. Ainsi, sur les réseaux sociaux, court le bruit que des réactifs aux tests du COVID-19 auraient été volés sur un parking. Ces rumeurs font perdre aux Réunionnais la confiance dans les compétences de l’ARS à gérer cette crise, et l’inquiétude, sinon la méfiance, monte au sein des associations d’usagers de la santé et de la population en général envers les autorités responsables.

Nous sommes en phase II de cette crise.

" La France doit tendre vers un dépistage massif " a déclaré le Ministre de la santé. Alors quelle va être la position de La Réunion, avec la connaissance et l’expérience de ce qui s’est déjà passé ailleurs et dans un contexte îlien ?

Nous savons que le virus continue de circuler dans notre île. Les soignants qui sont directement en contact avec les porteurs connus ou inconnus vont-ils être testés ? Les personnes arrivant de l’extérieur vont-elles être systématiquement dépistées et mises en quarantaine ? Y a-t-il suffisamment de tests pour faire face ? Sinon, ont-ils été commandés ?

N’avons-nous pas les moyens de nous organiser au niveau régional pour orchestrer un testing à grande échelle ? Ne sommes-nous pas en capacité de nous organiser avec la collaboration des entreprises locales, et des laboratoires pour réussir un tel pari ?

Il est grand temps de prendre de vraies décisions.

France Assos Santé OI, très inquiète, vous demande :

- d’instaurer une quatorzaine obligatoire pour toutes les personnes entrant à La Réunion, que ce soit par air ou par mer. On sait que c’est par elles que le virus a pénétré dans l’île. Le nombre de personnes concernées restant minime puisque l’accès de notre territoire est aujourd’hui réglementé, trouver un lieu disponible devrait être relativement facile ;

- d’utiliser massivement les tests de dépistage, en premier lieu les personnels soignants et ceux qui continuent à travailler à l’extérieur pour rendre à la population les services indispensables à la vie quotidienne ;

- de leur fournir des masques dignes de ce nom et en quantité suffisante dans les délais les plus brefs pour leur assurer un minimum de sécurité ;

- de mettre en place une cartographie des cas à La Réunion

- d’informer la population d’une manière claire et responsable sur la gestion de cette crise et les solutions apportées.

Nous vous remercions de l’attention très sérieuse que vous allez porter à ce courrier et des réponses que vous apporterez et auxquelles nous serons très attentifs.

Veuillez agréer, Madame la Directrice générale, nos salutations les plus distinguées.

Véronique Minatchy
Présidente France Assos santé Océan indien

   

1 Commentaire(s)

Papadevalentin, Posté
Madame LADOUCETTE
Cela commence à faire beaucoup de cafouillages de la part de l'organisme que vous dirigez. Trop d'ailleurs.
Il y a trois semaines, des touristes étrangers débarquaient en masse de paquebots de croisière sans aucun contrÃ'le, et les habitants du Port qui, inquiets, s'étaient réunis sur place pour protester et alerter, étaient dispersés par les forces de l'ordre. Pas plus de contrÃ'le à l'aéroport.
Dans la même veine, l'ARS n'a autorisé que trés tardivement - ce lundi - les laboratoires privés à procéder à des tests de dépistage, sous la pression des professionnels de santé semble t'il.
Quand aux masques, la gestion des stocks et l'anticipation des besoins relèvent de l'amateurisme. Les scénarii observables à l'étranger depuis plusieurs mois et en métropole depuis plusieurs semaines, couplés à l'absence de contrÃ'le et de dépistages mentionnés plus haut, ne laissaient aucun doute sur la nécessité de disposer de moyens de protection mobilisables rapidement.
Or, non seulement les stocks ne sont-ils pas suffisants, mais en plus ils sont corrompus - ce que vous semblez découvrir. A ce sujet, votre réponse inapproprié consistant à incriminer le CHU a fait long feu.
Vue depuis la société civile par le dirigeant d'entreprise que je suis, la situation en cours - caractérisée par l'absence d'anticipation, de stratégie, et la gestion calamiteuse des conséquences - serait risible si de nombreuses vies n'étaient pas en jeu.
Si l'ARS était un club de football ou une entreprise privée, vous auriez déjà été démise de vos fonctions et remplacée.
Cela n'est pas le cas. Aussi je forme le voeu que vous puissiez désormais faire preuve d'humilité et écouter avec plus d'attention les recommandations des autres acteurs de la santé publique, au premier rang desquels le corps médical qui, lui, est au contact.
Même si cela doit piquer votre égo, faite le pour notre bien à tous Madame LADOUCETTE.
L.U.