Courrier des lecteurs de Marc Marie :

Devons-nous changer d'économie ou laisser courir le capitalisme ?


Publié / Actualisé
L'histoire se répète. Comme en 2008, le gouvernement va soutenir nos entreprises, ce qui peut paraître paradoxal puisque son seul but reste axé sur une course effrénée à la vente des joyaux de la République, à la délocalisation et à la récompense des actionnaires... Bien entendu, on oublie tous les fondamentaux de la société que l'on avait construite, une société que je qualifierai d'humaine et de sociale. Un collectif d'hommes et femmes de la société civile nous font une proposition qui paraît beaucoup plus sensée : " Il faut sauver l'économie de la faillite du capitalisme et non sauver l'économie capitaliste de la faillite "...
L'histoire se répète. Comme en 2008, le gouvernement va soutenir nos entreprises, ce qui peut paraître paradoxal puisque son seul but reste axé sur une course effrénée à la vente des joyaux de la République, à la délocalisation et à la récompense des actionnaires... Bien entendu, on oublie tous les fondamentaux de la société que l'on avait construite, une société que je qualifierai d'humaine et de sociale. Un collectif d'hommes et femmes de la société civile nous font une proposition qui paraît beaucoup plus sensée : " Il faut sauver l'économie de la faillite du capitalisme et non sauver l'économie capitaliste de la faillite "...

Le constat…
La pandémie due au Covid-19 a mis à l’arrêt un nombre impressionnant d’entreprises qui, dans les mois à venir, vont rencontrer de très grosses difficultés financières. Tous les chefs de ces entreprises se demandent pourquoi le gouvernement veut intervenir le plus rapidement possible… S’agit-il de sauver l’outil de travail ou le patrimoine des actionnaires ? C’est une question importante puisque l’on sait que depuis des lustres la référence n’est plus l’entreprise où se fabriquent les biens ou les services. Le choix est le plus souvent fait au profit des sociétés de capitaux derrière lesquelles opèrent les actionnaires.

Penchons-nous un peu sur le document officiel publié sur economie.gouv.fr le jeudi 2 avril 2020, FAQ –Accompagnement des entreprises – Coronavirus "Quelles sont les mesures de soutien pour vous accompagner ?"

Face à l’épidémie du Coronavirus COVID-19, le gouvernement a mis en place des mesures de soutien immédiates aux entreprises :Des délais de paiement d’échéances sociales et/ou fiscales (URSSAF, impôts directs) "…

On remarquera " les délais " concernant les charges sociales… Délais… Comment les petites entreprises s’en sortiront-elles ?

Le collectif, qui regroupe quand même un nombre impressionnant de " grosses pointures " prône des actions que l’Etat cherche à éviter à tout prix, comme le développement d’une industrie plus écologique, le maintien des entreprises françaises sur notre territoire (hexagone ou DOM), ou que l’économie soit réellement au service de la nation et non du capital, entre autres.

Ce n’est à aucun moment le rôle de l’Etat, c’est-à-dire aux contribuables, que de se substituer aux sociétés pour assurer le paiement des salaires et des cotisations sociales. L’intervention planifiée par notre gouvernement a pour seul objectif de mettre en œuvre les mesures pour lesquelles il a été mis au pouvoir de la République : sauver le capitalisme, mais certainement pas l’économie réelle. Cet but est très loin des actions et de la philosophie de nos artisans et des SCOOP, où salaires et cotisations sociales sont dus quoi qu’il advienne. Dans ces organismes, en cas de manquement, le pouvoir revient aux mains des salariés qui doivent se débrouiller pour assurer la sauvegarde de l’entreprise.

N’est-il pas temps de remettre en question nos valeurs ?

La pandémie actuelle nous aura peut-être permis de comprendre enfin dans quelles proportions la surproduction industrielle augmente les gaz à effet de serre. La Chine, pendant le confinement, a retrouvé le soleil et un ciel bleu. Les Vénitiens sont stupéfaits de revoir des poissons dans les eaux claires de leurs canaux qui ne sont plus brassés par des engins à moteur. Dans toutes nos villes, l’air est désormais plus pur…

Alors, si nous en profitions pour réformer notre mode de vie, notre façon de travailler et l’intérêt de notre production ? Vaste programme ! Nous pourrions enfin revenir à une société plus humaine, plus digne et plus respectueuse de tous ! Cela s’appelle l’écologie, la vraie ! Le terme fleurit sur toutes les bouches. Il est galvaudé, particulièrement depuis que les politiques ont mis la main dessus. Nous avons oublié de quoi il en retourne vraiment… C’est l’occasion de se le réapproprier !

Le Nouvel Ordre Mondial ne voit pas pas d’un bon œil un projet altruiste et humaniste qui s’oppose au sien qui est de promouvoir encore et toujours plus les sociétés de capitaux. Rappelons le scandale sans précédent : aujourd’hui, 1 % de la population mondiale (les supra riches) détient PLUS de richesse que le reste des 99 % de la population de cette Terre. Donc, 77 millions d’humains détiennent plus que les 7 milliards restants. Et cela ne s’arrête pas là ! L’ONG Oxfam a dénoncé, en 2018, que " Les 26 plus riches au monde détiennent autant d'argent que la moitié de l'humanité " !

Quel système financier adopter pour se sortir de l’ornière ? Libéral ou socialiste ?

Nous parlons de la sauvegarde de l’économie productrice des biens et des services. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il est nécessaire d’opérer une reprise en main des entreprises par les salariés.

Les signataires du collectif estiment que les investissements qui concernent les citoyens doivent être impérativement gérés par eux, tout comme cela a été le cas pour le régime général de la Sécurité Sociale de 1947 à 1967. Nous pouvons comprendre la réticence de l’État… et nous étonner qu’une partie de la gauche, " écologiste " reste plutôt silencieuse face à l’idée de voir se réaliser cette hypothèse. Le résultat serait pourtant la sauvegarde de l’environnement, la disparition de l’exploitation du travail de l’homme qui, somme toute reste une forme d’esclavage, et de l’aliénation marchande.

Selon le collectif, demander à l’État de payer pour sauver l’économie est une erreur, un piège, comme en 2008.

Qu’en sera-t-il après les mesures décidées par Emmanuel Macron ? Lorsque le capitalisme crapuleux aura été renfloué et sauvé de la faillite par nos gouvernants avec l’argent des contribuables, il nous imposera sans doute une austérité sans précédent, à la grecque, ou pire, accompagnée d’une nouvelle casse des services publics sur le schéma de la casse opérée sur les services hospitaliers et l’éducation nationale qui sont, honte à nous, parmi les plus démunis d’Europe.

Pour ma part, j’espère l’émergence d’un homme de poigne, intègre et humaniste, de la trempe de Jules FERRY ou de celle de Pierre LAROQUE, grand résistant et fondateur de la Sécurité Sociale, un homme, un vrai, qui sortira mon pays des griffes des crapules qui nous volent de façon éhontée, sans même avoir la décence de se cacher désormais. J’ai l’impression de croire au Père Noël…

* Tony Andréani, philosophe ; Daniel Bachet, sociologue ; Ludivine Bantigny, historienne ; Benoît Borrits, essayiste ; Clément Caudron, ingénieur ; Thomas Coutrot, économiste ; Alexis Cukier, philosophe ; Pierre Dardot, philosophe ; Nicolas Dessaux, archéologue ; Emmanuel Dockès, juriste ; Bernard Friot, sociologue et économiste ; Janine Guespin, professeure honoraire ; Sylvie Larue, enseignante ; Christian Laval, sociologue ; Mathilde Larrère, historienne ; Gaëlle Maillard, syndicaliste ; Sylvie Mayer, parlementaire européenne (1979-1994) ; François Morin, économiste ; Christine Poupin, syndicaliste ; Jacques Richard, expert-comptable ; Jean Sève historien, Jean-Michel Toulouse, ancien directeur d’hôpital ; Pierre Zarka, ancien directeur de l’Humanité.

   

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