Tribune libre de Didier Bourse :

Le Jour d'après la crise du Covid-19 c'est aujourd'hui


Publié / Actualisé
Lors de la crise financière de 2008, Nicolas Sarkozy jurait qu'il fallait en finir avec le capitalisme financier, François Hollande jurait lors de sa campagne présidentielle qu'il n'avait qu'un ennemi c'était la Finance, Emmanuel Macron après une succession de mesures antisociales et de cadeaux aux plus fortunés jure qu'il faut revenir à l'Etat providence. On se souvient aussi du traumatisme de l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, et de sa population contaminée qui devaient conduire à une remise en cause de la politique énergétique du Japon et plus globalement à une société nouvelle faite de sobriété. Que d'engagements devant le peuple, que de mensonges !
Lors de la crise financière de 2008, Nicolas Sarkozy jurait qu'il fallait en finir avec le capitalisme financier, François Hollande jurait lors de sa campagne présidentielle qu'il n'avait qu'un ennemi c'était la Finance, Emmanuel Macron après une succession de mesures antisociales et de cadeaux aux plus fortunés jure qu'il faut revenir à l'Etat providence. On se souvient aussi du traumatisme de l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, et de sa population contaminée qui devaient conduire à une remise en cause de la politique énergétique du Japon et plus globalement à une société nouvelle faite de sobriété. Que d'engagements devant le peuple, que de mensonges !

Aujourd’hui la grande question est comment sortir du confinement qui nous est imposé non par une politique sanitaire qui serait bien pensée et donc admise par la population, mais par une absence de politique de prévention (lors du Conseil des ministres exceptionnel du 29 février convoqué pour traiter de l’épidémie du Covid-19 qui avait déjà des conséquences dramatiques en Chine, le gouvernement préférait annoncer précipitamment le recours au 49.3 de la Constitution pour mettre un terme aux débats de l’Assemblée nationale sur le projet de réforme des retraites ), mais aussi par une absence de politique de protection (le 26 janvier la Ministre de la Santé annonçait sans scrupules que nous avions un stock de millions de masques, et  aujourd’hui le masque cousu main sans garantie est le matériel refuge). 

Autrement dit c’est le manque de moyens qui dicte la politique sanitaire de la 7ème puissance économique mondiale. Aujourd’hui pour le gouvernement qui veut faire reprendre l’école le 11 mai avec comme objectif de remettre la France au travail la grande question c’est comment sauver l’économie libérale en déchéance. On parle de centaine de milliards débloqués alors que l’hôpital public et les services à la personne attendent toujours l’annonce d’un budget simplement honnête à la hauteur des besoins après que les mesures d’une gestion marchande de l’hôpital ont supprimé plus de 5000 lits en réanimation en quelques années qu’il a fallu rétablir dans l’improvisation et l’urgence en ponctionnant sur d’autres services.

On est passé de 11 lits d’hôpital pour 1000 habitants à 6 tous services confondus en moins de 40 ans. On estime à 15 milliards d’euros les besoins pour la mise à niveau en matériel et en rémunération, alors que le gouvernement a décidé juste avant la crise que les exonérations de cotisations sociales faites aux entreprises passeraient dorénavant à la charge de la Sécurité sociale ce qui accentuera notablement son déficit alors qu’elle était revenue à l’équilibre ou presque.

Aujourd’hui c’est aussi les conclusions scandaleuses de ce fameux rapport commandé par le gouvernement en début de pandémie sur l’avenir des hôpitaux qui préconise encore des solutions de financements privés pour la relance de l’Hôpital public alors qu’Emmanuel Macron loue au journal télévisé les bienfaits de l’Etat providence.

Mais dans ce "aujourd’hui", qui nous questionne tant, ne devrait-il pas déjà y avoir les fameux "jours d’après".

Il est certain que la crise sanitaire est surtout une crise démocratique et sociétale majeure. C’est à nous de définir " Aujourd’hui " ce que nous voulons pour demain. Aujourd’hui le gouvernement navigue à vue avec un Conseil scientifique sous tutelle et des annonces présidentielles monarchiques. Il est temps que la démocratie sorte vainqueur de cette période noire au niveau humain et de la politique publique.

Car à la sortie, le renflouement des dépenses engagées par l’Etat et la sécurité individuelle par la mise sous surveillance par smartphone avec application de l’Etat d’Urgence sanitaire seront très certainement les deux axes forts de la stratégie gouvernementale qui risque de se traduire par une poursuite d’une politique du confinement des individus sous une autre forme.

A ça nous devons nous préparer et répondre par des actions et propositions citoyennes toutes aussi fortes. Nous devons repenser radicalement le politique en redonnant la parole aux citoyens et bâtir une société sur l’humain, la justice sociale et la transition écologique. Pour ça nous devons redéfinir des lieux d’expression comme les Gilets Jaunes ont su les organiser, à La Réunion en particulier, et, établir et financer un programme digne du Conseil National de la Résistance mis en place dans le contexte du budget national sinistré d’après-guerre.

Et pour cela il est nécessaire d’engager une politique de justice fiscale afin de faire rentrer cet argent, qui ne manque pas à l’échelon national et international, dans les caisses de l’Etat afin de procéder à une politique de redistribution des richesses de grande ampleur.

Un service public de qualité a un prix qui n’est pas une charge mais un investissement au profit de tous et surtout des plus déshérités, La Réunion avec 40% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a particulièrement besoin de cet outil de redistribution au service de la justice sociale. Il faut donc repenser notre système fiscal pour que les riches contribuent en fonction de leur fortune. Les cadeaux fiscaux de ces dernières décennies doivent être annulés et le niveau de l’imposition sur les revenus mobiliers, immobiliers et du travail doit redevenir véritablement progressif (se rappeler le taux aux USA sous le président Roosevelt de 91% pour la tranche supérieure en vigueur de 1941 à 1964).

Les mesures annoncées pour soutenir les entreprises en difficulté représentent une lourde charge pour le trésor public, or dans le même temps, certaines multinationales font des bénéfices exceptionnels (Amazon, Netflix, etc.). Il faut taxer ces bénéfices et s’attaquer aux firmes transnationales à l’abri de l’impôt pour une grande part aujourd’hui (les GAFAM, Total, Starbucks, MacDo, etc.).

S’attaquer réellement à l’évasion fiscale pourrait rapporter 100 milliards d’Euros par an, et mettre en place la taxe sur les transactions financières (toujours refusée par Emmanuel Macron) rapporterait tout autant.

Les milliards de dividendes que les entreprises doivent payer à leurs actionnaires sur la base des bénéfices réalisés en 2019 ne doivent pas être distribués, mais utilisés pour faire face à la crise. L’an dernier les seules entreprises du CAC 40 ont distribué des dividendes pour un montant record de 50 milliards.

Les banques centrales doivent prêter directement aux pouvoirs publics pour les aider à financer des plans d’urgence (à taux d’intérêt nul). Les dettes publiques ne peuvent pas être utilisées à des fins spéculatives sur les marchés financiers comme ce fut le cas après la crise de 2008.

Les banques qui sont " trop grosses pour faire faillite " doivent être démantelées et socialisées.

A partir de cette base financière assainie nous pourrons construire une société sortie de ce néolibéralisme mortifère dont la pandémie a révélé le vrai visage par la mondialisation des marchandises qui nous met sous la dépendance du marché pour des besoins fondamentaux tels que les principes actifs des médicaments, les tests médicaux, l’approvisionnement en masques, et tant d’autres. La recherche permanente du profit par une main d’œuvre toujours moins chère sur ce marché mondialisé a des conséquences au plus profond de notre humanité jusqu’à ce que mort s’en suive.

Il est temps après une telle sentence que notre intelligence collective qui s’exprime si fortement aujourd’hui en période de confinement s’exprime encore davantage pour les " jours d’après ".

Didier Bourse, Attac Réunion

   

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