Tribune libre de Bruno Bourgeon :

Donald Trump, le président le plus toxique au Monde


Publié / Actualisé
Pendant plus de deux siècles, les États-Unis ont suscité un large éventail de sentiments : amour et haine, peur et espoir, envie et mépris, crainte et colère. Mais il est une émotion qui jusqu'à présent n'a jamais été ressentie : la pitié. Si mauvaises que soient les choses dans la plupart des autres démocraties riches, il est bien difficile de ne pas se sentir désolés pour les Américains. La plupart n'ont pas voté Donald Trump en 2016. Et les voilà avec un narcissique pervers qui, au lieu de protéger son peuple de la Covid-19, en a amplifié la létalité. Le pays dont Trump a promis de restaurer la grandeur n'a jamais été aussi pitoyable. Le prestige américain s'en remettra-t-il ?
Pendant plus de deux siècles, les États-Unis ont suscité un large éventail de sentiments : amour et haine, peur et espoir, envie et mépris, crainte et colère. Mais il est une émotion qui jusqu'à présent n'a jamais été ressentie : la pitié. Si mauvaises que soient les choses dans la plupart des autres démocraties riches, il est bien difficile de ne pas se sentir désolés pour les Américains. La plupart n'ont pas voté Donald Trump en 2016. Et les voilà avec un narcissique pervers qui, au lieu de protéger son peuple de la Covid-19, en a amplifié la létalité. Le pays dont Trump a promis de restaurer la grandeur n'a jamais été aussi pitoyable. Le prestige américain s'en remettra-t-il ?

Les États-Unis sont entrés dans la pandémie avec d'énormes avantages : des avertissements sur ce qui allait arriver, la meilleure concentration mondiale en expertise médicale et scientifique, des ressources illimitées, un complexe militaire aux ressources logistiques immenses et la plupart des sociétés
technologiques d’envergure mondiale. Ils ont pourtant réussi à se faire l'épicentre mondial de la pandémie. L’impuissance face à une catastrophe naturelle est une chose, le gaspillage volontaire, malveillant, vindicatif, d’un pouvoir d’action en est une autre.

Trump, son parti et Fox News de Rupert Murdoch sont vecteurs de pestilence. Le spectacle du président incitant ouvertement des gens à descendre dans la rue pour s'opposer aux restrictions est la manifestation d'un souhait mortifère. Les briefings quotidiens sur la crise, sensés démontrer l’Unité Nationale face à la crise, n'a été utilisé par Trump que pour semer confusion et division.

Dans l’exercice du pouvoir, la représentation des États-Unis comme nation leader du monde s'est quasi évaporée. Hormis Jair Bolsonaro, l'alias de Trump au Brésil, qui donc à présent se tournerait vers les États-Unis pour y trouver quelque exemple ?

Trump a absorbé le conservatisme traditionnel. Toute la moitié à droite de la politique américaine s'est livrée à lui. Elle a sacrifié sur l'autel de la bêtise les idées de responsabilité, de soins et de sécurité. Ainsi, encore à la toute fin du mois de mars, 15 gouverneurs républicains n'avaient pas ordonné aux
gens de demeurer chez eux ou aux entreprises non essentielles de fermer.

Nier la réalité de la pandémie a un but politique. Fox News et certains sites d'extrême droite y ont contribué. Les politiciens impliqués reçoivent des millions de dollars de dons en provenance, quel affreux paradoxe, de personnes âgées vulnérables. De telles politiques sourdent d’un édifice où se mêlent des théories du complot, la haine de la science, un fond paranoïaque et le providentialisme religieux (Dieu protège les bons) : idées qui imprègnent en profondeur la droite américaine.

Si Trump incarne, diffuse, promulgue cet esprit, il ne l'a pas inventé. La réponse américaine à la crise sanitaire a été paralysée par une fracturation interne que les Républicains ont insérée au cœur de leur démocratie. Ils veulent le contrôle absolu des leviers du pouvoir gouvernemental. Ils ont joué sur l'idée que le gouvernement est mauvais et sur son corollaire : il ne faut pas lui faire confiance. Il s’agit d’un double point de vue, volonté de contrôle des leviers de l’État, autoritarisme en premier point et son apparent contraire en contrepoint, promouvoir la désagrégation de la confiance en l’État. Il apparaît une contradiction interne dans l’expression de deux déclarations de Trump sur la pandémie : premier principe, il décrète son " autorité totale " ; deuxième principe, il s'exonère " je n’assume aucune responsabilité ". Incohérence.

Ce terreau d’incohérence est fertile. La crise a montré que la présidence de Trump n'est pas incongrue : elle a poussé sur un sol prêt depuis longtemps à la recevoir. Des intérêts puissants sont à l’œuvre qui réclament la " liberté " pour faire ce qu'ils veulent avec l'environnement, la société, l'économie. Ils ont répandu dans une très grande partie de la culture américaine la conviction que la " liberté " est plus importante que la vie. Ma liberté de posséder des armes d'assaut l'emporte sur votre droit de ne pas vous faire tirer dessus. Ma liberté d'aller chez le coiffeur l'emporte sur votre besoin d'éviter l'infection.

Quand on est confronté à ces idioties, s’impose la pensée que si la situation empirait, les Américains dégriseraient. Eh bien non : une grande partie de la population vide la bouteille avec plus d’ardeur. Aucun moment de vérité, de choc de conscience. Personne à droite n'a dit : stop ! Les gens meurent ici !

Et cela va empirer. J’avançais prudemment le 3 avril que les États-Unis dépasseraient les 100000 morts : ils y vont droit. Un épidémiologiste américain chiffre l’hécatombe entre 100000 et 250000 morts. Dans son discours inaugural de 2017, Trump évoquait le carnage américain et promettait d’y mettre fin. A présent que se produit le véritable carnage, il s'en délecte. Il baigne dans son élément. A mesure que s'amplifiera la détérioration de la situation, il déversera plus de haine, de mensonges ; ses défis à la raison et à la décence surferont sur sa pulsion de mort. Si une nouvelle administration lui succède en 2021, elle devra nettoyer le dépotoir toxique. S’il était réélu, la toxicité serait devenue l'élément vital de sa politique. Il faudra beaucoup de temps avant de retrouver une " grande " Amérique. Dans l’immédiat, même s’ils n’en veulent pas, ayons pitié des Étasuniens !

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID

   

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