Tribune libre de l'Anses :

La lutte contre le Covid-19 ne doit pas occulter les risques liés aux épidémies de dengue


Publié / Actualisé
Dans le contexte de pandémie de Covid-19, l'Anses a été saisie en urgence par la Direction générale de la santé pour évaluer le rapport bénéfice-risque du maintien des pratiques de lutte anti-vectorielle (LAV) habituellement mises en oeuvre contre la dengue et d'autres maladies endémiques diffusées par des moustiques. En effet, les mesures prises contre le Covid-19 tendent à limiter les interventions des professionnels et de la population, alors que les Départements et Régions Outre-Mer français sont, selon les zones, en situation épidémique ou pré-épidémique pour la dengue. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Dans le contexte de pandémie de Covid-19, l'Anses a été saisie en urgence par la Direction générale de la santé pour évaluer le rapport bénéfice-risque du maintien des pratiques de lutte anti-vectorielle (LAV) habituellement mises en oeuvre contre la dengue et d'autres maladies endémiques diffusées par des moustiques. En effet, les mesures prises contre le Covid-19 tendent à limiter les interventions des professionnels et de la population, alors que les Départements et Régions Outre-Mer français sont, selon les zones, en situation épidémique ou pré-épidémique pour la dengue. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Dans ce cadre, l’Agence pointe la nécessité de ne pas relâcher les efforts de lutte contre les moustiques vecteurs de la dengue. Elle donne des indications sur les mesures permettant aux acteurs de la LAV de poursuivre leur action, tout en veillant à limiter la propagation du virus Sars-Cov2. Enfin, elle souligne le besoin de continuer à délivrer une information soutenue sur les risques épidémiques associés aux moustiques (dengue, zika, paludisme…) alors que l’attention générale se focalise sur la pandémie Covid-19.

Epidémie de dengue : une stratégie de lutte anti-vectorielle (LAV) mise à mal pendant le confinement

Pour prévenir l’épidémie de dengue, des stratégies intégrées de lutte anti-vectorielle  - c'est-à-dire la lutte contre les moustiques transmettant les pathogènes et parasites à l’origine de la dengue, du chikungunya, du paludisme… - sont mises en œuvre chaque année dans les Départements et Régions Outre-Mer français (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Saint-Barthélemy, La Réunion, Mayotte...). Ces mesures comportent plusieurs volets :

    - La mobilisation sociale : porte à porte, campagnes de communication dans les médias, animations dans les marchés et réunions de quartier, sensibilisation dans les écoles, lycées et universités, etc. ;
    - La lutte mécanique ou physique, qui consiste essentiellement à éliminer les lieux de pontes des moustiques (vases, gouttières, dépôts sauvages de déchets…favorisant la stagnation des eaux et l’installation de gîtes larvaires) dans l’espace public comme chez les particuliers ;
    - La lutte chimique à l’aide d’insecticides et de répulsifs pour tuer ou repousser les moustiques.

Le confinement instauré le 17 mars dans l’ensemble des territoires français pour lutter contre la propagation du Covid-19 a freiné voire stoppé la mise en œuvre de ces actions. Dans le même temps, l’augmentation des “dépôts sauvages”, due aux opérations de nettoyage des foyers confinés, à la fermeture des déchetteries les premières semaines du confinement et aux perturbations de la collecte des déchets, a également contribué à une multiplication des gîtes larvaires de moustiques.

Même en période de Covid-19, l’Agence souligne la nécessité de poursuivre les actions de LAV

Dans ce contexte, et en pleine période épidémique de dengue, l’arrêt des opérations de LAV pourrait avoir des conséquences sanitaires graves : augmentation du nombre de cas de dengue, engorgement des services hospitaliers, survenue possible de cas de co-infections dengue-Covid-19, diminution de la déclaration des cas de dengue et par voie de conséquence de la mise en place des actions de LAV autour des foyers de dengue, etc.

De plus, l’observation de la situation épidémiologique dans les territoires français d’Outre-mer entre le 1er janvier et le 20 avril 2020 révèle un nombre de cas de dengue déjà élevé (5 410 cas confirmés à La Réunion, 3 163 cas enregistrés à Mayotte et 12 décès signalés, près de 7 680 cas en Guadeloupe, etc.).

Par conséquent, à l’exception des actions nécessitant des rassemblements de personnes et sous réserve de la mise en place des conditions minimisant les risques de transmission de la Covid-19 tant pour les professionnels de la LAV que pour les populations, l’Agence préconise la reprise des actions de LAV habituellement prévues.

Ainsi, l’Agence recommande :

    - de garantir aux services de LAV les moyens matériels et humains pour assurer leurs missions en permanence ;
    - de maintenir la surveillance des cas de dengue dans les territoires français, cette surveillance déterminant les actions de LAV (autour des cas isolés, des foyers…) ;
    - de maintenir vis-à vis du public, dans un espace médiatique fortement préempté par le Covid-19, une communication active et mobilisatrice sur la lutte contre la dengue incitant la population à :
     - consulter un professionnel de santé en cas de signe suspect de dengue, en respectant les mesures barrières préconisées contre la diffusion du Covid-19,
     - faciliter le travail des opérateurs de LAV tout en observant les mesures barrières contre la diffusion du Covid-19,
     - s’approprier et mettre en application les mesures de lutte physique : port de vêtements longs, élimination des gîtes larvaires… ;
    de renforcer le ramassage des déchets et des encombrants et de s’assurer de leur élimination.

L'ANSES

   

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