Tribune libre de Jean-Pierre Marchau :

Derrière la crise sanitaire, la crise écologique


Publié / Actualisé
La crise du COVID 19 ébranle profondément les fondements de notre société. Elle nous met au pied du mur et nous contraint à repenser notre rapport à la nature et notre modèle de développement, notamment de nouvelles formes de production et de distribution.
La crise du COVID 19 ébranle profondément les fondements de notre société. Elle nous met au pied du mur et nous contraint à repenser notre rapport à la nature et notre modèle de développement, notamment de nouvelles formes de production et de distribution.


La crise du COVID-19 est issue de l’altération de notre rapport à la nature.

Le Covid-19 fait partie, comme  le SRAS-Cov (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2002 et le MERS-Cov (Middle East respiratory syndrome) de 2012, des maladies infectieuses appelées zoonoses, des maladies dont l’agent pathogène (virus, bactéries, parasites...) passe d’un réservoir animal à l’homme souvent via un hôte intermédiaire. D’autres types de maladies infectieuses comme les  virus Ebola, Zika, etc. sont elles aussi des zoonoses.

Les deux tiers des maladies émergentes recensées ces dernières années sont des zoonoses. Leur  augmentation est provoquée par les modifications du milieu socio-économique. En perturbant ou en détruisant les écosystèmes (déforestations, construction de routes, élevages intensifs, etc.) nous réduisons la biodiversité́  et faisons disparaître des espèces qui ont un rôle tampon donc protecteur.  Le déclin de la biodiversité́ concomitant avec l’expansion de l’agriculture intensive, avec les fortes concentrations humaines et l’intensification des échanges planétaires, accroît fortement le risque épidémique.

Une fois que le virus a franchi la barrière des espèces et s'est adapté à l'organisme humain, nos sociétés modernes, denses et ultra-connectées, sont idéales pour la propagation d'un virus. Le Covid-19 ne sera sûrement pas la dernière zoonose à menacer la santé humaine.

L’OMS a ainsi établi une liste Blueprint des maladies contagieuses prioritaire, une place y est réservée à la " maladie X " c’est-à-dire la maladie qui sera responsable d'une épidémie de grande ampleur, causée par un pathogène encore inconnu

Une crise globale de notre système

Au-delà des débats et polémiques qui montrent que nous n’étions pas prêts à affronter la pandémie, il nous faut comprendre pourquoi elle affecte la société tout entière et en tirer toutes les conséquences.

La première leçon à en tirer, c’est la carence de l’État, l’état d’impréparation des autorités sanitaires est flagrant. Chacun a pu ainsi constater que la dégradation continue depuis des années du système de santé -dont on nous dit pourtant qu’il est l’un des meilleurs du monde- était une cruelle réalité, les personnels soignants se sont retrouvés en première ligne avec souvent des moyens très insuffisants.

L’autre aspect majeur de cette crise, c’est le choc moral provoqué par le confinement et la restriction des libertés individuelles qu’il suppose. Un choc salutaire d’un certain côté car il a provoqué questionnements, remises en cause et recherches de solutions alternatives.

Car le troisième enseignement à tirer, c’est la fragilité de notre système économique libéral et consumériste :  en privilégiant sans aucun discernement l’implantation de méga zones commerciales en périphérie urbaine, on a sacrifié les centre-ville et commerces de proximité à taille humaine.

Auto organisation et solidarité

Pour pallier les défaillances des autorités sanitaires, notamment l’absence de masques, collectivités et particuliers ont pris les choses en main et se sont mis à en fabriquer de manière artisanale.

Pour pallier le confinement, chacun a pris la mesure des multiples possibilités du travail à distance, depuis chez soi, de l’avantage des visio-conférences, de la téléconsultation pour les médecins et les patients, des cours en visioconférence pour les enseignants et élèves, etc. Bef, d’une façon de travailler qui réduit considérablement des déplacements physiques et leurs impacts sur l’environnement.

A La Réunion, comme partout ailleurs, la crise a fait resurgir les pratiques de l’entraide. Là où prévaut depuis des années, l’idéal de la concurrence économique et de la compétition entre les individus, sont (ré)apparues spontanément des réponses solidaires, des formes d’auto organisation, des pratiques de production et de distribution de proximité.

Dans la plupart des villes, collectivités et particuliers ont multiplié les initiatives pour permettre à chacun de se ravitailler dans son quartier même s’il est regrettable d’avoir autorisé l’ouverture des grandes surfaces et des fast-food. Des particuliers ont mis en place des plateformes de distribution avec livraison dans les quartiers ou à domicile laissant ainsi entrevoir une autre façon de s’approvisionner alternative à la grande surface.

Rompre avec le système libéral consumériste

Les politiques néolibérales de démantèlement des services publics, notamment la santé et l’école, ont fragilisé la société. Les dogmes du néolibéralisme sont les premières victimes de la pandémie mais il ne suffit pas de le dire et de le constater, il faut aussi mettre en place des politiques alternatives. C’est pourquoi EELV préconise pour La Réunion,  la mise en place  d’un Pacte (ou Plan ou Projet) Territorial Alimentaire (PAT) afin de traiter la question cruciale pour notre île de l’autonomie alimentaire. Il s’agit d’enclencher la transition de l’agriculture en favorisant les cultures péri urbaines et urbaines. Le modèle agricole du monde d’après sera non productiviste et contraire à la monoculture spéculative qui a façonné l’histoire de La Réunion et la société coloniale. Un mouvement a déjà commencé partout dans le monde, des jeunes et des moins jeunes, beaucoup de néoruraux (les "nimaculteurs"= pour non issus du monde agricole) , souhaitent retrouver une plus grande autonomie alimentaire et produire des aliments sains et de qualité.

Dans le cadre du Plan Alimentaire Territorial, il s’agit de sécuriser les ceintures alimentaires des villes réunionnaises. Or, depuis des décennies, nous faisons le contraire. Les bonnes terres agricoles sont perdues au profit des grandes surfaces et des parkings qui vont avec. Pire, en privilégiant le tout routier,  pour construire les digues de la NRL, nous prélevons depuis cinq ans des millions de tonnes d’andains qui protégeaient les sols, ce qui fait que lors d’épisodes cycloniques, comme nous l’avons vu avec Birguitta et Fakir, les terres partent à la mer.

A l’opposé de la politique du bétonnage et de la construction de toujours plus de route, le PAT consiste à privilégier la création de ceintures vertes agrobiologiques autour de chaque agglomération, d’en faire des lieux de production de proximité pour l’ alimentation des urbains : maraîchage biologique, petits élevages, etc.  Il faut restaurer la biodiversité́ sauvage et la biodiversité́ " cultivée ", créer des poumons verts pour les habitant.es...

Cette  transition agricole doit être accompagnée par des politiques fortes venant d’en haut, mais appuyées par une puissance d’action qui vient de la base,  des citoyens. Il doit y avoir une convergence entre les deux mouvements, entre une véritable volonté politique et le mouvement citoyen de la base, que ce soit par choix ou par nécessité́. Sans cette convergence, la transition n’est possible.

L’objectif de l’autonomie alimentaire suppose  la sortie de la monoculture cannière et la rupture avec le tout importé, avec  la généralisation du modèle consumériste des grandes surfaces. Il faut donc favoriser l’implantation de filières de transformation locales ou régionales dans un cadre coopératif avec les pays de la zone OI.

   

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