Débat :

Ni masque, ni test, la gestion de la pénurie en guise de politique sanitaire


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Nous poursuivons notre série de publications des avis de nos internautes sur la gestion de la crise sanitaire. A vos commentaires et à vos avis
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Si les virus n’ont ni  frontières, ni passeports, l’OMS conservait assez de bon sens, une fois " l'urgence de santé publique de portée internationale " (USPPI) décrétée pour préconiser port du masque et détection des cas positifs. Mais l’usage des masques par le public avait été très tôt décrédibilisé par Agnès Buzyn,  ministre de la Santé (26 janvier) : " Il ne faut pas acheter de masque en pharmacie ". Jérôme Salomon, directeur général de la Santé en avait rajouté une couche (4 mars) : " Le port de masque, en population générale dans la rue, ça ne sert à rien ".

Le premier ministre Edouard Philippe y est allé lui aussi de toute son autorité : " Il n’y a pas de preuve que le port du masque dans la population apportera un bénéfice. Ce serait plutôt le contraire, à cause d’une mauvaise utilisation ". Et Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement a achevé de plomber la crédibilité des ministres  : " Les Français ne pourront pas acheter de masques dans les pharmacies, car ce n’est pas nécessaire si on n’est pas malade ". Le coup de grâce a été porté par le président de la République en personne : " Je refuse de recommander le port du masque pour tous et jamais le gouvernement ne l’a fait ".

Portant, en la matière les experts, tels Flahaut préconisaient le contraire, à bon escient, assimilant le masque à un préservatif antivirus. Mais face au désastre de la pénurie, sans doute valait-il mieux, pour le gouvernement,  mentir aux Français.

Quant aux test enfin, qui auraient permis d’identifier les porteurs du virus et de les isoler afin de limiter au mieux la dynamique épidémique, si l’OMS les préconisait activement, " nous avons un message simple à tous les pays : testez, testez, testez tous les cas suspects de CoVid-19 (…) Pour gagner, nous devons attaquer le virus avec des stratégies agressives et ciblées : tester chaque cas suspect, isoler chaque cas confirmé et retrouver puis placer en quarantaine chacune des personnes avec qui ils ont été en contact proche " déclarait  Tedros Adhanom Ghebreyesus, en mars dernier,  la France les a éludés,  parce qu’en ce domaine, encore, on manquait officiellement de réactifs et de capacité à développer une politique de test intensive, de dépistage systématique grand public.

- Contexte de totale déroute méthodologique et logistique -

Les tests ont donc été limités  aux seuls laboratoires hospitaliers (publics ) de référence et avec beaucoup de retard par rapport à la circulation du virus, au personnel soignant qui avait aussi été privé de matériel de protection ; étaient encore testés les malades hospitalisés lorsqu’ils présentaient des symptômes… Histoire d’aggraver la situation les Agences régionales de santé (ARS) ont refusé longtemps de solliciter les capacités des laboratoires privés, sous prétexte de ne pas aggraver la pénurie en réactifs, ajoutant cette inertie à celle du gouvernement qui n’a rien fait pour garantir un approvisionnement adéquat en matière de réactifs. Comme les masques étaient réquisitionnés et interdits à la vente en pharmacie, les tests et réactifs nécessaires faisaient l’objet d’une thésaurisation absurde, entretenant une pénurie d’essence administrative, quand la capacité de production des fournisseurs français de réactifs n’était pas sollicitée.

C’est dans ce contexte de totale déroute méthodologique et logistique que l’acte majeur de l’exécutif en termes de présumée gestion de l’épidémie est intervenu, au lendemain du premier tour des élections municipales, le 16 mars dernier, le confinement généralisé de la population française. Une décision plus que contestable, car de toute histoire, jamais une épidémie n’a été contrôlée de la sorte, et que l’OMS n’a jamais préconisée. Une action fondée sur un état de panique de l’exécutif dépassé par les événements et incapable de mettre en œuvre une stratégie rationnelle, faute de moyens.

Sans doute la pire des initiatives malheureuses du gouvernement, car séquestrer autoritairement la population, en embastillant tout à la fois personnes saines, personnes séropositives, malades en période d’incubation, sans aucune visibilité ni discernement nous renvoyait aux grandes peurs du passé, le confinement de toute la population étant comparable dans son principe à celui qui avait été imposé à la population de Marseille lors de la dernière flambée de peste, en 1720.

Ce faisant le gouvernement à " confiné " la propagation de l’épidémie au milieu familial, à l’échelle de tout un pays. Une aberration en termes de bon sens, de raison, une monstruosité sanitaire.

La population assignée à résidence, le gouvernement impuissant à gérer la crise sanitaire s’est ingénié à la faire subir aux Français, allant jusqu’à faire adopter une loi sur l’état d’urgence sanitaire, l’autorisant à gouverner par ordonnance, le parlement étant réduit à un rôle consultatif. Les privations de liberté publiques se sont multipliées, sanctionnées manu militari par des contraventions en cascade. L’économie s’est arrêtée… Les Français ont été séquestrés du 16 mars au 11 mai, 57 jours, au bout desquels on a enregistré 26 643 décès, sans compter les morts à domicile. On risque fort d’atteindre, fin juin, les 40 000 morts.

Le gouvernement a gravement failli et un tel bilan ne peut être passé en pertes et profits d’autant que l’on sait aujourd’hui que les pays qui ont le mieux résisté à la pandémie ont opté, comme l’Allemagne, le Portugal, la Suisse, le Japon, la Corée du Sud… pour une stratégie exactement contraire à celle qui a été appliquée en France : dépistage systématique, prévention, mise en quarantaine des malades, traitements rapidement apportés, sur un mode comparable au protocole Raoult, préservation de l’activité économique et restrictions limitées des libertés.

 

   

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