Tribune libre de Valentin Chambon :

Entre une défaite historique du "bloc départementaliste" à droite et le renouveau d'une partie de la classe politique Réunionnaise


Publié / Actualisé
Ce deuxième tour des élections municipales à La Réunion marque une rupture dans l'histoire politique réunionnaise. Au-delà de la participation et du contexte inédit de cette crise sanitaire, les urnes ont parlé. Plusieurs scrutins attestent d'une nouvelle dynamique. A moins d'un an des départementales et des régionales ce scrutin municipal pose les premières pierres d'un nouveau rapport de force à La Réunion.
Ce deuxième tour des élections municipales à La Réunion marque une rupture dans l'histoire politique réunionnaise. Au-delà de la participation et du contexte inédit de cette crise sanitaire, les urnes ont parlé. Plusieurs scrutins attestent d'une nouvelle dynamique. A moins d'un an des départementales et des régionales ce scrutin municipal pose les premières pierres d'un nouveau rapport de force à La Réunion.

A Saint-Paul, Huguette Bello revient aux responsabilités après avoir mis en “échec les politiques départementales et régionales”. Le scrutin Saint-Paulois, c’est le fruit de l’union de la gauche porté par l’équipe Bello, un embryon d’une plateforme de la gauche face à la traditionnelle plateforme de la droite qui a réuni tous les ténors de la droite locale (Michel Fontaine, Cyrille Melchior, Didier Robert et le maire déchu Joseph Sinimalé) ; c’est une première défaite pour le “bloc départementaliste”. Avec le concert du Maire du Port, Olivier Hoarau, le PLR aura donc les coudées franches dans l’Ouest pour porter ses projets à travers le TCO.

La seconde défaite et pas des moindres pour ce bloc départementaliste a eu lieu à Saint-André. Joé Bédier signe LA performance de ces élections municipales à La Réunion ; il met un terme à 50 ans de règne de celui qui se revendique comme “le fils spirituel de Michel Debré”, Jean-Paul Virapoullé, père du fameux “73-5”. Cette victoire bouleverse l’équilibre droite/gauche dans l’est de l'île ; accompagnée par l’accession au pouvoir de Patrice Selly à Saint-Benoît, la gauche a un boulevard devant elle pour marquer son empreinte dans l’Est, notamment via la CIREST. Néanmoins, la droite n’a pas dit son dernier mot à Bras-Panon, Jeannick Atchapa fait office de dernier rempart dans ce secteur. Grande déception à Bras-Panon, notre Jean-Hugues Ratenon national n’a pas su exporter son aura dans sa ville de prédilection, il a certainement dû payer son ancrage "assimilationniste" au sein de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon pour cette élection locale.

A Sainte-Suzanne Alexandre Laï Kan Cheong surprend tout le monde en arrivant en deuxième position. Il enterre donc Daniel Alamélou soutenu par la Région et conforte sa position de premier opposant à Maurice Gironcel, le match redémarre. Le Parti Croire et Oser a incarné tout au long de cette campagne l’espoir d’une jeunesse désireuse de changement, ils ont mené une campagne en phase avec les réalités réunionnaises. Ni de droite, ni de gauche, ils ont su identifier les besoins du territoire. Axé sur l'émancipation de la population face aux logiques clientélistes et de “l'assistanat municipale”, le Parti Croire et Oser constitue désormais un mouvement politique qui pèsera dans les décisions à venir que ce soit à Sainte-Suzanne ou à la CINOR. La campagne de Vanessa Payet sur la capitale est également à saluer, à sa manière, elle a porté la parole de cette majorité silencieuse à Saint-Denis. Il ne fait aucun doute que cette nouvelle génération accédera aux responsabilités au plus haut niveau, ce n’est qu’une question de temps…

Restons à Saint-Denis où Ericka Bareigts devient la première femme maire de la capitale, une victoire historique face au Président de Région, Didier Robert. La gauche s'est donné les moyens pour battre le Président de Région, l'alliance avec la liste Dindar a donc porté ses fruits. Cette alliance, c’est aussi très certainement le début d’une épopée comprenant une gouvernance partagée avec une partie de la liste Dindar au plus haut dans l'organigramme municipal ou bien intercommunal.

Dans le Sud la droite se maintient, Juliana M’doihoma éteint la paire Hoarau/Hamilcaro, au Tampon TAK nous confirme qu’il est indéboulonnable, à l’Étang-Salé, coup de théâtre ;  Lacouture devance Hoarau d’une seule voix. L’équipe de Mathieu Hoarau fera très certainement un recours… Affaire à suivre.

Face à cette défaite du “bloc départementaliste”, il appartient à la droite de renouveler sa doctrine afin de s'inscrire enfin, dans un projet réunionnais avec un regard tourné vers La Réunion elle-même. La gauche quant à elle peut laisser libre cours à son imagination et ressusciter ses aspirations d'émancipation...  

Avec ce nouveau “cru”, nous espérons tous que les pratiques d'en temps s'estompent ; que ces nouveaux maires agissent en responsabilité et espérons-le une bonne fois pour toute, pour les intérêts de La Réunion et des Réunionnais.

Valentin Chambon

   

3 Commentaire(s)

Babouk loswoir, Posté
Effectivement, il faut au moins espérer que les 24 maires, ou 23..., s'occupent uniquement et seulement des compétences octroyées par le législateur...
Pour le reste, on verra, chaque échéance en son temps, laissons le peuple savourer et surtout qu'il se réconcilie avec la démocratie et lui-même !
GaÃ"lle, Posté
Nou crois nous ose!
Legros, Posté
Didier fé pitié