Tribune libre de Bruno Bourgeon :

Réutilisable ou jetable : un enjeu écologique et économique


Publié / Actualisé
Bien avant la pandémie, les masques jetables se sont banalisés dans les établissements de santé, de même que des dizaines de produits à usage unique. Une ample révolution passée inaperçue. Surtout au bloc opératoire. Masques, charlottes, tenues professionnelles en matière synthétique, sabots en plastique couvrant les chaussures... tous sont jetables. Jetables aussi après une seule utilisation, des outils en métal ou en plastique, ciseaux, pinces, lames de laryngoscope. (photo rb/www.ipreunion.com)
Bien avant la pandémie, les masques jetables se sont banalisés dans les établissements de santé, de même que des dizaines de produits à usage unique. Une ample révolution passée inaperçue. Surtout au bloc opératoire. Masques, charlottes, tenues professionnelles en matière synthétique, sabots en plastique couvrant les chaussures... tous sont jetables. Jetables aussi après une seule utilisation, des outils en métal ou en plastique, ciseaux, pinces, lames de laryngoscope. (photo rb/www.ipreunion.com)

De même aux urgences et dans la plupart des services de soins. En obstétrique, les ciseaux en métal à usage unique pour couper le cordon ombilical ; en maternité, les biberons en plastique couvertes de perturbateurs endocriniens. Idem pour le synthétique, qui peut contenir des substances chimiques
nocives. Les maternités et les pédiatries sont en première ligne, l’Agence nationale de sécurité sanitaire soulignant que les périodes du développement fœto-embryonnaire et de la petite enfance présentent une sensibilité accrue aux perturbateurs endocriniens.

Tous ces déchets vont gonfler les poubelles des établissements de santé et médico-sociaux qui produisent 700 000 t de déchets par an, dont 166 000 tonnes de déchets d’activités de soins à risques infectieux (Dasri), selon l’Ademe en 2011. Une filière coûteuse en raison d’un protocole strict et de l’incinération du rebut. L’épidémie de Covid-19 n’a fait que décupler cette filière. Un ensemble de facteurs favorables est à l’origine de l’essor de l’usage unique dans le secteur de la santé. Une offre industrielle croissante a conjugué performances d’hygiène, praticité et prix nettement plus bas que ceux des produits réutilisables. En temps de restrictions budgétaires et d’insouciance écologique, les arguments ont vite porté. Les crises sanitaires ont accéléré ce tournant. Lors de la crise de " la vache folle ", la réglementation a favorisé l’usage unique par crainte du prion, comme avec les lames de laryngoscope.

La peur des infections nosocomiales a également incité le milieu médical à adopter les dispositifs jetables. Pour garantir un haut niveau d’hygiène, il fallait investir dans la mise aux normes et le regroupement des unités de stérilisation et des blanchisseries inter-établissements. Mais là aussi, les restrictions budgétaires ont conduit à des fermetures ou de moindres investissements. Pourtant, rien ne s’oppose à ce que les établissements de santé privilégient le réutilisable. Selon l’étude menée par la Société Française d’Anesthésie-Réanimation, dans les textiles non stériles de bloc opératoire, il n’y a pas plus de risque infectieux avec le réutilisable. De fait, certains établissements de santé continuent d’utiliser des tenues, équipements, outils réutilisables, désinfectés, lavés, stérilisés selon les normes en vigueur.

Enfin, le réutilisable évite l’écueil écologique du jetable qui gaspille des ressources, entraîne des émissions de gaz à effet de serre, et produit massivement des déchets... Ce qui explique que le jetable pourrait revenir plus cher, voire être tout aussi coûteux que le réutilisable. Mais il semble que tout dépende des produits et du contexte local. Par exemple, le coût unitaire des tenues et draps réutilisables s’avère moins élevé que celui de leurs équivalents à usage unique s’ils sont lavés dans une blanchisserie de grande capacité, partagée entre plusieurs établissements de santé, selon une étude italienne.

La crise sanitaire a mis en évidence d’autres faiblesses de l’usage unique : envolée des prix des masques, en quantité insuffisante les premières semaines, dépendance à l’égard de l’industrie chinoise, et des millions d’équipements à stocker... Réhabilitons le réutilisable !

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID

   

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