Tribune libre de Raymond Lauret :

Evenor Boucher nous a quittés....


Publié / Actualisé
Ce lundi 6 Juillet, Evenor Boucher nous a quittés à l'âge de 93 ans. C'est un grand réunionnais qui s'en va, laissant derrière lui, dans le coeur de ses proches et de ses nombreux amis et camarades, l'image de ce que nous devrions être tous, nous qui aspirons à servir notre île et sa population et aider chacun à ne jamais baisser les bras. (Photo d'illustration)
Ce lundi 6 Juillet, Evenor Boucher nous a quittés à l'âge de 93 ans. C'est un grand réunionnais qui s'en va, laissant derrière lui, dans le coeur de ses proches et de ses nombreux amis et camarades, l'image de ce que nous devrions être tous, nous qui aspirons à servir notre île et sa population et aider chacun à ne jamais baisser les bras. (Photo d'illustration)

Je me rappelle. C’était le 23 Décembre 1991, il y a 29 ans, dans les locaux du Conseil Général, Rue Rontaunay, à Saint-Denis. Ce soir-là, le Comité Régional des OMS de La Réunion remettait à Evenor le Trophée du Dirigeant Sportif, une distinction qui soulignait la place de ces hommes et ces femmes dans le Sport réunionnais, de ces militants qui ont tant donné pour que le Sport s’écrive dans nos villes et nos quartiers avec une majuscule.

Le discours que j’ai eu l’honneur de prononcer alors, Evenor à mes côtés, rappelait que celui que l’on appelait affectueusement Nono, avec son regard généreux, cette constante santé et la jeunesse qui l’animaient, était né au Tampon en 1927. Relisons…

" … Evenor Boucher est né en 1927 au Tampon. C’était, vous le voyez, il y a belle lurette. Ce n’est qu’à 17 ans qu’il eut pour la p’tite reine ce que d’aucuns appellent les yeux de Chimène. C’était à la Mairie, pour l’arrivée du Tour. Il en était tout transporté : c’était beau les efforts de ces forçats d’un jour. Il n’en fallut pas plus pour que notre Evenor ne se sente à jamais attiré par ce sport.

" Lorsqu’il quitte le Tampon pour s’installer au Port, il n’a pas encore vu de première licence, mais connaît bien du Tour la fameuse ambiance des pelotons groupés, des coureurs échappés, des côtes à grimper, des longues traversées. La PPA l’appelle, car pour organiser des manifestations sur une longue année et pour chronométrer toutes ces arrivées, qu’il s’appelle Debord ou Germain Désiré, le patron a besoin de fort bons lieutenants. Et Nono fait l’affaire, lui qui a entre-temps obtenu le profil du parfait dirigeant. Retenez bien ceci : Nono n’est pas coureur. Il aide les cyclistes comme organisateur. Retenez bien aussi : il n’est point Président. Il s‘occupe de tout, des petits et des grands, du drapeau à damier, des départs à donner, de tous les attardés qu’il faut ravitailler, de la Miss à trouver pour offrir le bouquet ou bien du médecin qui doit examiner celui qui s’est blessé et qu’on a oublié…pour une simple raison : c’est qu’il est le dernier !..

" …Nono trouve bien sûr du temps pour se diversifier. Il occupe à la Jeanne le poste de trésorier et sera fort longtemps responsable du Judo bien qu’il n’ait jamais mis le moindre kimono. De partout, on l’appelle. C’est le Club des Douaniers, les bals des sam’dis soirs, les fêtes, les défilés des Quatorze Juillet ou bien des Premier Mai. Il est syndicaliste à la CGTR dont il porte fièrement la croix et la bannière et sera solidaire de toutes les batailles que toujours a connu le monde du travail….

" … Toute l’île l’apprécie. Il n‘est point de Mairies, il n’est point de circuits où il ne s’rait chez lui. Il nous a bien aidés, dans sa grande sagesse, à constituer au Port le premier OMS, de même qu’au Comité du Vélo, on ne verra jamais de son fidèle Nono Nativel François s’en séparer… "

J’étais ce 23 Décembre 1991 arrivé alors au bout de mon propos. Il s’était agi pour moi de dire à l’assemblée des dirigeants sportifs réunis à Saint-Denis autour de Nono tout le plaisir et l’honneur que l’on peut éprouver lorsque l’on rend hommage à celui qui symbolise la simplicité, la vitalité, la disponibilité. Evenor Boucher a été un de ces hommes sans lesquels le Sport ne serait pas une grande leçon de courage et de foi.

Evenor est parti pour une autre vie, quelque part où son exemple pourra continuer à souffler à notre jeunesse les mots qui peuvent pousser tout un chacun dans un généreux engagement pour les autres. Son épouse, ses enfants et leurs conjoints, ses  petits-enfants et tous ses proches peuvent être fiers de lui.

Merci, cher Nono, pour tout ce que tu nous as apporté. Repose en paix, auprès de tous les Grands que notre Terre a connus. Ton souvenir sera toujours là…

Raymond Lauret

   

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