Tribune libre du Parti Croire et Oser :

Déchets : "la peste et le choléra"


Publié / Actualisé
Depuis quelques semaines, le sujet des déchets s'invite dans les colonnes de la presse locale. " Unité de Valorisation Énergétique " pour ne plus dire incinérateur, " ISDND, ISDU " pour ne plus dire enfouissement... le catalogue de la sémantique politique markétée est sorti pour les fêtes ! Retenez tout de même que ça fait cher les cadeaux de Noël (Photo : Alek Lai Kane Cheong rb/www.ipreunion.com)
Depuis quelques semaines, le sujet des déchets s'invite dans les colonnes de la presse locale. " Unité de Valorisation Énergétique " pour ne plus dire incinérateur, " ISDND, ISDU " pour ne plus dire enfouissement... le catalogue de la sémantique politique markétée est sorti pour les fêtes ! Retenez tout de même que ça fait cher les cadeaux de Noël (Photo : Alek Lai Kane Cheong rb/www.ipreunion.com)

> 300 millions d'euros pour le projet RUN Eva (Unité de Valorisation Énergétiques) ;
> 242 millions d'euros (dont 88 millions engagés) pour le Centre Multi filière de Bel Air. En prime, compte tenu de la crise COVID, le(s) ‘Maire(s)’ Noel sont généreux cette année,  notamment pour nos portefeuilles de contribuables :
> augmentation par 4 de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (décidée par le  Gouvernement pour inciter les collectivités locales à réduire la production de déchets, et  l’enfouissement) ;
> ré impactée dès 2021, sur la Taxe Enlèvement des Ordures Ménagères (nos impôts) !

1/ 40 ans d’empoisonnement de notre Bien Commun, par la politique traditionnelle :

Voilà plus de 40 ans que la seule solution trouvée par nos décideurs politiques a été l’enfouissement.  Prorogation, sur prorogation pour les centres d’enfouissement techniques actuels (ex : celui de 3  Frères, Ste Suzanne) déjà saturés !

Nous avons tiré sur la corde, au forçat la transformation des mœurs, des coutumes, des habitudes de  consommation, nous indexant sur des modèles continentaux qui allaient droit dans le mur. Grandes  enseignes, produits importés sur-emballés, modes de déplacement… pour nous rappeler, à coup de  slogans publicitaires ostensibles, qu’il était temps de ‘sort dann fénwar’, de notre ‘archaïsme  primaire’, pour devenir ‘Domoun konm i fo !’, citoyens, parce que consommateurs, donc producteurs  de déchets…

Ces paradigmes de société, encouragés par nos décideurs politiques locaux, en signant les  autorisations à la CDAC pour implanter les grandes surfaces, revoyant les PLU pour implanter les  concessionnaires automobiles, brader la terre agricole nourricière, jusqu’à l’empoisonner par ces  montagnes de déchets, qui s’infiltre un peu plus tous les jours dans l’eau que nous buvons.

Voilà l’hypothèque de notre Bien Commun : de notre eau, de notre air, de nos espaces de  socialisation, de nos terres agricoles, de nos coutumes, et demain même de nos déchets !

2/ La Peste et le Choléra :

Dans cette situation, nos décideurs politiques d’il y a 40 ans, veulent nous faire avaler la couleuvre,  prétextant qu’il n’y a " plus de temps à perdre, nous sommes dos au mur. "

" Nous ne pouvons plus enfouir, donc nous devons incinérer. " Voilà le syllogisme simple qui pourrait  résumer l’affaire SYDNE/ILEVA, Centre Multi filière, Combustible Solide de Récupération (CSR), et  Unité de Valorisation Énergétique.  

• " Incinéra-tueur " :
Mais a-t-on posé l’intégralité des éléments sur la table, en toute transparence, pour la population ? A-t-on parlé de cet incinérateur qui ne devrait pas voir le jour avant 2023, et sa capacité de traitement uniquement de 40% des déchets (en incinération) ? 140 000 tonnes de déchets en bout  de ligne que l’UVE ne sait pas traiter, sur les 349 000 tonnes qui entrent !

A-t-on mentionné les difficultés financières (à mai 2020, 64 millions € de déficit) du mandataire (détenteur de la technologie de combustion) du groupement industriel, qui a reçu depuis 2017 le  contrat de construction et d’exploitation du prochain incinérateur ? Nous a-t-on révélé la finalité du  " monstre-glouton " incinérateur : consommer davantage de déchets, donc encourager la population  à en produire toujours plus (environ 230 000 tonnes par an) pour amortir le modèle économique de  l’UVE ?

• Enfouissement :

Pourtant l’incinération n’apparait ni comme l’alternative, encore moins la solution miracle. Sinon  pourquoi prévoir d’ici 2 ans l’extension du Centre d’enfouissement actuel (3 Frères), en plus de  l’ouverture prochaine d’un centre d’enfouissement pour les déchets ultimes (ISDU) entre Franche Terre et les Cafés (Ste Marie) ? Pour nos décideurs d’il y a 40 ans : une poubelle c’était bien, mais 2  c’est mieux… Pourquoi encore contourner le PLU de St Pierre – par une déclaration de projet – afin  d’ouvrir la tranche n°7 de l’ISDND (installation de stockage des déchets non dangereux, soit un  centre d’enfouissement) de quelques dizaines d’hectare de foncier agricole, dans une ZAC accueillant  près de 7000 personnes ? Que dire de ce CSR : qu’on produit, mais qu’on ne sait pas écouler ? Quitte  à remplacer le charbon des fours d’Albioma d’ici 2023, par des pellets de bois (pour la biomasse) importés des États Unis (1,5 millions de tonnes par an !) A-t-on mesuré l’impact carbone du fioul des  bateaux qui vont assurer l’approvisionnement, alors qu’on pourrait envisager un mix de CSR (150 000  tonnes par an) pour les brûler au Gol et/ou Bois Rouge et faire de l’énergie ? Bienvenue à la  Réunion : " l’île absurde… "

3/ Économie circulaire / Énergie populaire :

Nous n’avons pas à choisir entre la peste et le choléra, pour les incongruités de nos politiques d’il y a  40 ans. Ainsi, l’Etat doit reprendre la main sur le dossier d’ILEVA, pour stopper cette mécanique  infernale et installer une large consultation populaire – pas l’enquête publique tronquée d’octobre à  novembre 2020, alors qu’en 2017 le contrat de construction et d’exploitation a déjà été signé avec le  groupement industriel – en informant la population au plus près.  

Nos déchets sont nos ressources de demain, que nous pouvons trier et valoriser, par un  investissement massif dans un grand plan d’économie circulaire : la création de petites unités de  traitement par filières. Nous en appelons à un grand collectif citoyen qui se mobilise autour de cette  question, afin de combattre l’absurdité que l’on nous impose, tout en faisant émerger – en 2 ans - les  solutions alternatives avec et pour les Réunionnais.  

" Domin po Domoun "
Secrétariat Général du PCO - Alek LAI KANE CHEONG

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !