169ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage (actualisé) :

20 désanm, kosa nou fèt ?


Publié / Actualisé
Le mois de décembre est le mois des fêtes et à La Réunion même la nature s'y met avec les bouquets du rouge flamboyant et la douceur des letchis. Alors, faisons la fête, retrouvons-nous pour manger, chanter, danser ensemble ! Oui, mais au-delà des réjouissances partagées, on peut se demander ce que l'on fête.
Le mois de décembre est le mois des fêtes et à La Réunion même la nature s'y met avec les bouquets du rouge flamboyant et la douceur des letchis. Alors, faisons la fête, retrouvons-nous pour manger, chanter, danser ensemble ! Oui, mais au-delà des réjouissances partagées, on peut se demander ce que l'on fête.

Car les fêtes, laïques ou religieuses, s'égrènent au long de l'année pour rappeler un événement passé. Considérée comme essentielle, telle ou telle date est commémorée, solennellement ou joyeusement.

Alors lo 20 désanm, kosa i di anou ?

On connaît, c'est l'abolition de l'esclavage en 1848, il y a 169 ans. Mais une date historique n'est pas qu'une histoire de chiffres. Pour saisir l'importance de cet événement, on a besoin de comprendre pourquoi et comment ce mode d'exploitation et de domination a été imposé, besoin de savoir comment fonctionnait, et à tous les niveaux, cette société esclavagiste.

A travers l'abolition, on célèbre la fin d'un système décrétée par l'État colonisateur lui-même, sans doute contraint par diverses pressions et motifs économiques. Mais avant cela, le désir de liberté des esclaves s'est diversement exprimé : il y a eu des tentatives de retour au pays d'origine, en particulier vers Madagascar, il y a eu des révoltes, également commémorées, il y a eu du maronage dont le cœur de l'île garde les traces, inscrites dans beaucoup de noms de lieux. Il semble que ce phénomène du maronage soit de plus en plus étudié. Il y eut aussi d'autres tactiques de survie, considérées comme des collaborations condamnables avec les maîtres. Il y eut enfin des histoires amoureuses transgressant les interdits de "race" qui inspirèrent des écrivains.

N'est-ce pas de tout cela que nous devons être curieux ? Les spécialistes de l'histoire nous proposent d'n savoir toujours plus et les conférences actuellement sont tellement nombreuses… qu'on peine à en faire le tour. Poètes et groupes musicaux nous font partager dans l'émotion leur manzé pou lo kèr. Aux récits littéraires s'ajoutent et s'ajouteront les films qui permettent de saisir le vécu des ancêtres, tissé de souffrances et de luttes.

Pas qu'une histoire de date

Mais, au-delà du sens premier des mots, qui peut croire qu'une abolition soit vraiment une suppression ? Du jour au lendemain, tout serait effacé ? On aimerait bien y croire et, le temps d'une fête, on fait comme si. C'est un peu l'illusion du Nouvel an : on veut croire que l'année qui commence sera excellente.

Si on veut être lucide, il faut lire l'histoire en repérant toutes les empreintes, évidentes, cachées, refoulées, et laissées par ce "crime contre l'humanité" dans les structures de la société et dans les représentations. Un travail de remémoration, de repérage et d"analyse à mener ici même et lot koté la mèr. Ici et maintenant, à partir de ce que nous sommes devenus et ce que nous voulons devenir.

Depuis 1848, le 20 décembre a été proclamé, brièvement fêté, puis apparemment oublié, sinon censuré ou caricaturé, avant d'être déclaré jour férié - mais non chômé ni payé -. Pour garder tout son sens, il doit être l'occasion de mieux connaître ce qui s'est passé avant et après cette date, l'occasion aussi, à travers l'hommage rendu aux ancêtres qui ont le plus souffert, d'être fidèles à leurs luttes.

www.ipreunion.com

   

2 Commentaire(s)

Michel, Posté
On fête le 20 décembre en référence à la fin d'un système infernal imposé à 62 000 individus privés de toute liberté et réduits à l'état de meuble... il y a 169 ans, ici, à la Réunion. D'accord.
Mais pas un mot, pas une manifestation de protestation dans ce pays pour exiger la libération immédiate de milliers d'Africains esclaves aujourd'hui en Lybie ?
Pas une déclaration d'intellectuel réunionnais, de syndicalistes, de militants de gauche, d'associations très attachés n'est-ce pas à la commémoration de l' abolition de l'esclavage à la Réunion... en 1848 !
Comme l'impression de marcher sur la tête et d'être déconnecté de la réalité. A l'heure où les informations venant du monde entier circulent à la vitesse de la lumière, la nécessité de réagir, de se mobiliser, l'esprit de révolte ont disparu, même devant les pires ignominies.
Maloya la pa nou la fé. Gran moune lontan la fé Maloya.
Effectivement !
Marianne, Posté
En fin de compte l'abolition ce n'est qu'un galet sur le chemin de la liberté : notre libération, individuelle et collective, est sans fin.