Le cyclone a causé près de 62 millions d'euros de dégâts :

Bejisa : pertes astronomiques et assurances hors de prix pour les agriculteurs


Publié / Actualisé
Estimées à 55 millions d'euros mercredi matin, les pertes totales subies par les agriculteurs réunionnais causées par le cyclone Bejisa s'élevaient ce jeudi 9 janvier 2014 à près de 62 millions d'euros, selon le président de la chambre d'agriculture Jean-Bernard Gonthier. Des dommages considérables pour des exploitants dont à peine 20 % bénéficient d'une assurance, souvent bien trop chère pour les planteurs réunionnais.
Estimées à 55 millions d'euros mercredi matin, les pertes totales subies par les agriculteurs réunionnais causées par le cyclone Bejisa s'élevaient ce jeudi 9 janvier 2014 à près de 62 millions d'euros, selon le président de la chambre d'agriculture Jean-Bernard Gonthier. Des dommages considérables pour des exploitants dont à peine 20 % bénéficient d'une assurance, souvent bien trop chère pour les planteurs réunionnais.

Ce samedi 11 janvier 2014, un peu plus d’une semaine après le passage destructeur du cyclone Bejisa, Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricole), doit se rendre à La Réunion pour venir à la rencontre des paysans sinistrés. Tout comme le ministre de l’Outre-mer Victorin Lurel il y a quelques jours, le patron du premier syndicat agricole au niveau national – mais minoritaire sur l’île – pourra se rendre compte de l’ampleur des dégâts.

Le président de la chambre d’agriculture, Jean-Bernard Gonthier, dresse en effet un terrible état des lieux : "Dans la filière horticulture, il y a 100 % de pertes, la zone du Tampon, principale productrice de fleurs coupées, est la plus touchée. Dans le secteur du maraîchage, il faut déplorer des pertes estimées à 90 %, toute l'île est touchée. Et les pertes sont de 80 % pour les arbres fruitiers de toute La Réunion, la récolte de mangues notamment est totalement perdue." Soit des pertes totales estimées à près de 62 millions d’euros, un chiffre encore susceptible d’être revu à la hausse.

"J’ai perdu toute ma production de mangues, soit environ 80 tonnes de fruits", témoigne ainsi Patrick Serveaux, arboriculteur à la Possession et au Port. Un exploitant qui, comme beaucoup d’autres, ne possède pas d’assurance : "Je ne suis pas assuré parce que c’est beaucoup trop cher et que nous faisons tout pour maîtriser les coûts de production."

Un sinistre comme celui engendré par Bejisa fait ainsi ressurgir ce problème du prix des assurances dans le monde agricole à La Réunion. "A titre d'exemple pour 300 m2 de culture, le montant de l'assurance s'élèvera environ à 2 000 euros par an", explique Jean-Bernard Gonthier. "En général, on estime que les assurances réclament de 2 à 5 centimes par kilo de production assurée. Très peu d'agriculteurs peuvent se permettre de payer de telles sommes", poursuit-il.

Trop de risques à La Réunion

C’est que le contexte insulaire et tropical particulier à La Réunion n’est pas pour rassurer les assureurs, comme le souligne le président de la chambre d’agriculture : "En général, les assurances refusent d'assurer les planteurs, estimant que le risque est beaucoup trop important. La Réunion est une zone à risque en termes de catastrophes naturelles, je pense aux cyclones mais également à la sécheresse. En plus, l'île est très petite et lorsqu'il y a une catastrophe, c'est toute La Réunion qui est touchée. Du coup, il est impossible de créer une quelconque caisse de péréquation, le principe d'une assurance est de faire jouer la solidarité de ceux qui n'ont pas été touchés, ce n'est pas possible dans le cas de La Réunion."

Une analyse que confirme Stéphane Marcelli, directeur commercial de la Prudence créole (groupe Generali). "Le problème est qu'il est très difficile d'estimer le risque", avoue-t-il, expliquant : "Par exemple, les serres sont fabriquées pour des pays à climat tempéré, pas pour des zones soumises aux cyclones, et puis quels moyens a un agriculteur de protéger sa production de légumes ou de fruits ? C'est très compliqué. Pour toutes ces raisons les primes d'assurances, lorsque le risque est assuré, sont très élevées et  les agriculteurs préfèrent ne pas s'assurer."

C’est pourquoi les exploitants réunionnais comptent beaucoup sur les indemnités de l’Etat, "parce que nous n’avons pas le choix", tient à souligner Jean-Bernard Gonthier. "Pour obtenir quelque chose de l'État, il faut avoir perdu 25 % de son chiffre d'affaire et on est indemnisé à hauteur de 35 % de ce qu'on a perdu. Donc si on a perdu 10 000 euros, on recevra 3 500 euros 8 ou 9 mois plus tard. Sincèrement je préfèrerais avoir  une assurance avec des primes raisonnables plutôt que de compter sur l'État", conclut-il. Et ce d’autant que les agriculteurs réunionnais sont encore dans l’attente des indemnités consécutives au passage du cyclone Dumile, survenu le 2 janvier... 2013.

www.ipreunion.com

   

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