Temps de travail :

Menace sur les 35 heures


Publié / Actualisé
Interrogé par le Parisien, Hervé Novelli, secrétaire général adjoint de l'UMP, a laissé entendre qu'il souhaitait la suppression des 35 heures si Nicolas Sarkozy remportait l'élection présidentielle en 2012. A La Réunion, les syndicats de salariés vantent les bienfaits de la semaine des 35 heures, tandis que le Medef, syndicat patronal, critique le système. Cependant, tous s'accordent à dire que le changement voulu par l'UMP est une mauvaise idée.
Interrogé par le Parisien, Hervé Novelli, secrétaire général adjoint de l'UMP, a laissé entendre qu'il souhaitait la suppression des 35 heures si Nicolas Sarkozy remportait l'élection présidentielle en 2012. A La Réunion, les syndicats de salariés vantent les bienfaits de la semaine des 35 heures, tandis que le Medef, syndicat patronal, critique le système. Cependant, tous s'accordent à dire que le changement voulu par l'UMP est une mauvaise idée.
L'idée du secrétaire général adjoint de l'UMP est de laisser les entreprises négocier avec les partenaires sociaux pour fixer la durée de travail qui leur convient le mieux. Certaines entreprises pourront néanmoins rester aux 35 heures si elles le souhaitent, car "d'un secteur à l'autre, les besoins ne sont pas les mêmes" a expliqué Hervé Novelli. En contrepartie, la détaxation des heures supplémentaires sera supprimée à partir de 2014, et les allègements de charges patronales seraient aussi revus.

Pour Eric Marguerite, secrétaire général de l'union départementale FO de La Réunion, "il n'est pas question d'accepter la suppression des 35 heures". Selon lui, "ce serait allonger le temps de travail, sans pour autant augmenter les salaires, ce qui engendrerait un impact économique catastrophique". Christian Picard, de la FSU, surenchérit : "C'est une nouvelle provocation de la majorité UMP. Avec cette mesure, les salariés vont devoir travailler plus longtemps, tout en perdant de l'argent et des avantages".

"L'UMP est en train de faire n'importe quoi", s'insurge pour sa part Pierre Savigny, conseiller juridique de la CFDT-Bâtiment. "Nous ne les laisserons pas faire", assure-t-il. Du côté de la CGTR-BTP, c'est l'incompréhension qui règne : "Comment peut-on émettre l'idée de supprimer les 35 heures ?", s'interroge le secrétaire général Jacky Balmine. Avant d'ajouter : "Depuis sa mise en place, la loi sur les 35 heures a été bénéfique, elle a notamment créé de l'emploi. Et dans un contexte économique difficile, supprimer les 35 heures, c'est une très mauvaise idée".

Ces syndicats soulignent les avantages de la réforme mise en place par Martine Aubry, sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, en 2000. "C'était une longue bataille, et on a eu gain de cause. Les 35 heures ont permis de réduire le temps de travail, et le progrès social qui en a résulté est important. On ne peut pas se permettre de tout remettre en cause aujourd'hui", signale Eric Marguerite. "Dans le secteur du BTP, de nombreux emplois ont été créés. Les salariés ont également obtenu plus de temps disponible et de meilleures conditions de travail. Pour la vie de famille, c'était essentiel", indique Jacky Balmine.

Christian Picard concède : "Les 35 heures ont permis de créer de l'emploi, même si c'est vrai que ce n'était pas à la hauteur des espérances, et que le chômage est toujours existant. Mais mettons les choses au clair : le chômage n'est pas dû aux 35 heures, c'est le gouvernement qui ne propose pas de travail". Il poursuit sur les côtés positifs de la loi : "Elle a permis la réduction de la pénibilité au travail, ce qui n'est pas négligeable. Pour moi, c'est une évidence, sa remise en cause n'a pas lieu d'être".

Cependant, les 35 heures ont aussi leurs détracteurs. "La mesure de 2000 est une idiotie, c'est l'une des décisions les plus stupides qui ont été prises pour les entreprises. Les 35 heures ont eu un effet dévastateur pour l'économie. La France est en situation déficitaire, ses firmes ont beaucoup perdu en compétitivité. Nous sommes moins productifs parce que nous travaillons moins", assure Yann de Prince, président du Medef à La Réunion. Malgré tout, il n'est pas en faveur de la réforme voulue par l'UMP : "Il doit y avoir une remise en cause, mais ce que nous voulons avant tout, c'est de la stabilité. Nous ne voulons pas d'un grand chamboulement. La proposition de l'UMP consistera à créer une nouvelle complexification dans les entreprises, ce qui n'est pas bénéfique pour nous".

Si l'UMP persiste dans sa volonté de se débarrasser des 35 heures, les organisations syndicales ont bien l'intention de se faire entendre. "Le dialogue social est rompu, le gouvernement ne veut pas nous écouter. Les syndicats ont un défi à relever pour les salariés et nous serons présents pour les défendre. La rentrée risque d'être chargée au niveau social", annonce déjà Christian Picard.

Samia Omarjee pour
   

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Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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