T. Narayanin membre du conseil de surveillance d'Air Austral : :

On veut "débarquer" les petits actionnaires


Publié / Actualisé
Le vendredi 6 juillet 2012 se tiendra l'assemblée générale de la compagnie aérienne Air Austral. À l'ordre du jour : l'abaissement de la valeur nominale de l'action d'Air Austral, qui passera de 450 euros actuellement à 20 euros. L'opération est appelée "coup d'accordéon". Son objectif est de réduire le capital social et de l'augmenter dans la foulée. Mais ce "coup d'accordéon" ne passe pas auprès du personnel de la compagnie, partie prenante également du capital, et des petits actionnaires, qui s'estiment désavantagés. Ainsi Théophane Narayanin, membre du conseil de surveillance d'Air Austral, et président de R'Finances, se sent "débarqué".
Le vendredi 6 juillet 2012 se tiendra l'assemblée générale de la compagnie aérienne Air Austral. À l'ordre du jour : l'abaissement de la valeur nominale de l'action d'Air Austral, qui passera de 450 euros actuellement à 20 euros. L'opération est appelée "coup d'accordéon". Son objectif est de réduire le capital social et de l'augmenter dans la foulée. Mais ce "coup d'accordéon" ne passe pas auprès du personnel de la compagnie, partie prenante également du capital, et des petits actionnaires, qui s'estiment désavantagés. Ainsi Théophane Narayanin, membre du conseil de surveillance d'Air Austral, et président de R'Finances, se sent "débarqué".
Ce vendredi, Air Austral proposera en assemblée générale le "coup de l'accordéon". Concrètement, pour la compagnie aérienne, qui accumule une dette estimée à 86 millions d'euros, cette solution pourrait permettre de reconstituer des capitaux propres. L'objectif : ramener le capital de près de 29 millions d'euros à un peu plus d'un million d'euro. Conséquence, la valeur nominale de l'action, qui s'élevait à 450 euros devrait passer à 20 euros.

L'opération est exigée par la loi. En effet, selon l'article L225-248 du code du commerce, "la société est tenue, au plus tard à la clôture du deuxième exercice suivant celui au cours duquel la constatation des pertes est intervenue de réduire son capital d'un montant au moins égal à celui des pertes qui n'ont pas pu être imputées sur les réserves, si, dans ce délai, les capitaux propres n'ont pas été reconstitués à concurrence d'une valeur au moins égale à la moitié du capital social". Air Austral entre donc totalement dans le cadre défini par la loi.

Mais cette opération n'est pas sans conséquence et ce sont surtout les petits actionnaires qui vont en faire les frais car ne pouvant suivre l'augmentation de capital. Poussés en 2005 à acheter massivement des actions par le biais de la société financière Réunion Aéro Investissements (RAI) - elle même actionnaire d'Air Austral -, nombreux salariés de la compagnie risquent de perdre la totalité de leur mise.

Pour Théophane Narayanin, membre du conseil de surveillance d'Air Austral et président de R'Finances, la réduction des actions de 450 euros à 20 euros relève surtout "de la malhonnêteté car aucune obligation ne l'impose". "Cette opération est inadmissible. Certains salariés d'Air Austral avaient mis un peu d'argent de côté, d'autres ont eu recours à des emprunts. Ces derniers vont continuer à rembourser leurs emprunts alors qu'il n'y a plus rien en face", s'insurge-t-il.

"La frustration des salariés, qui ont apporté sur la base du volontariat des fonds dans la compagnie en y mettant toute leur confiance, et qui, au passage, perdent plusieurs années de rentabilité sécurisées risque de créer un désordre social. La première force d'Air Austral réside dans son personnel", fustige-t-il. L'actionnaire dénonce également une "man?uvre" qui "vise essentiellement à sortir par le bas les actionnaires en place".

Pour recapitaliser la compagnie, Théophane Narayanin affirme qu'"une multitude d'options existent" et que ce coup d'accordéon ne peut être qu'une ultime alternative envisageable en dernier lieu. "Pour nous, cette option n'est donc pas opportune et en contradiction avec des discours tenus par ailleurs. Car elle n'apporte pas de trésorerie dans l'immédiat et ne reflète pas en transparence les comptes au regard des provisions importantes passées", indique-t-il.

Lorsqu'on lui fait remarquer que l'opération était pourtant légalement obligatoire, Théophane Narayanin souligne que "la compagnie a trois ans pour reconstituer ses fonds propres". Pour cela, il préconise "des apports en comptes courants", la vente d'actions et l'arrêt des pertes, notamment par la suppression de certaines lignes non rentables. "Nous, actionnaires, avons le sentiment d'être débarqués. Nous sommes peut-être gênants", confie-t-il. "Le problème de fond: il faut que le personnel et les actionnaires locaux restent dans le capital d'Air Austral", lance-t-il.

Émilie Sorres pour
   

2 Commentaire(s)

Pffff!, Posté
Il s'agit d'un hold up sur les petits actionnaires lesquels ne pouvant suivre la recapitalisation devront lâcher leurs actions au prix du cours le plus bas, soit 20 euros.
Les bénéficiaires de cette opération sont les actuels actionnaires principaux de la compagnie. Ces derniers ont la capacité financière de suivre. Ils vont avoir accès à des positions de portefeuille considérable, inespérées jusqu'à présent. Personne ne doute d'une remontées du cours de l'action, même si cela s'inscrit dans le temps. Leur plus value sera alors inédite. Les petits actionnaires en revanche...
Mais ce n'est pas le seul impact. La disparition du petit capital de Air Austral est avant tout celle du capital "social" de la compagnie.
Faire disparaitre les salariés du Conseil d'administration c'est éliminer la réflexion social et, en quelque sorte, "coopérative" ( le terme est économiquement inapproprié, mais il faut en retenir l'esprit).
Autrement dit, la dimension humaine de l'entreprise va disparaitre de son assemblée dirigeante. Et il n'y a pas à douter que très rapidement on voit s'exprimer l'arsenal anti-social qui sied comme solution de facilité à ces moments difficile d'une entreprise.
Bernard Louis Dumont, Posté
Diviser l'action de 450 € à 20 € dans le cadre de cette recapitalisation, sans contrepartie pour les actionnaires et surtout pour les petits actionnaires n'est pas concevable/convenable.

Dans ce sens, il y a lieu de défendre les intérêts de la Cie certes, mais aussi ceux de tous les actionnaires. Il pourrait être judicieux alors, de diviser le cours de 450 € par 22,50 et de créer autant de nouvelles actions au nouveau nominal de 20 €, avec 22,50 fois plus d'actions.

Tous les actionnaires sont alors gagnant et la recapitalisation peut alors se faire dans la défense de tous les intérêts communs.
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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