Production locale réunie :

Le monde agricole réunionnais "décrète l'alerte rouge"


Publié / Actualisé
Seize acteurs du monde agricole se regroupent sous la bannière "Production locale réunie". Une action collective pour plus de poids auprès de l'Etat. Car l'agriculture quelle qu'elle soit à La Réunion est en danger. Ses trois piliers - canne, végétal, animal - dépendent les uns des autres et les différentes filières agricoles s'unissent pour défendre ensemble une agriculture globale réunionnaise malmenée. Ce mercredi 26 juin 2019 ils tiraient ensemble la sonnette d'alarme et appellent une fois pour toutes l'Etat à prendre ses responsabilités... et honorer ses engagements. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Seize acteurs du monde agricole se regroupent sous la bannière "Production locale réunie". Une action collective pour plus de poids auprès de l'Etat. Car l'agriculture quelle qu'elle soit à La Réunion est en danger. Ses trois piliers - canne, végétal, animal - dépendent les uns des autres et les différentes filières agricoles s'unissent pour défendre ensemble une agriculture globale réunionnaise malmenée. Ce mercredi 26 juin 2019 ils tiraient ensemble la sonnette d'alarme et appellent une fois pour toutes l'Etat à prendre ses responsabilités... et honorer ses engagements. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

"Aujourd'hui on décrète l'alerte rouge". Les mots sont forts mais donnent le ton. Daniel Moreau, en sa qualité de président de l'ADIR (Association pour le Développement Industriel de la Réunion), menait une conférence ce mercredi 26 juin rassemblant tous les acteurs concernés du secteur agricole. "Il règne une profonde inquiétude, dans toutes les filières, qui ne peut plus continuer."

Selon lui, c'est tout un "triptyque" qu'il faut dénoncer. D’abord la normalisation qui voudrait que les DOM gardent une image exotique tout en s’alignant sur la métropole, sans prendre en compte ses spécificités en terme d’agriculture. Ensuite, la libéralisation des économies, qui engendre un risque pour les emplois. Enfin, il pointe du doigt "les économies budgétaires" du gouvernement : "il faut croire que les DOM coûtent trop chers, et que quoi qu’il arrive, la Métropole reste prioritaire".

Son sentiment est partagé par tous les acteurs réunis. En tout, 16 noms – syndicats, associations… - s’unissent sous la bannière "Production Locale Réunie". "Il faut faire comprendre au gouvernement qu’il y a des filières à entretenir ici, qu’il ne faut pas les oublier", ajoute Daniel Moreau. A quelques mètres de lui, Olivier Robert, président de la SICAREVIA (coopérative de la filière viande) : "On veut parfois nous opposer les uns les autres, mais les trois piliers de l’agriculture ici se valent autant. La canne, le végétal et l’animal représentent à peu près chacun un tiers de l’agriculture réunionnaise."

La filière canne-sucre en train de mourir

Bien sûr, impossible de ne pas aborder les menaces qui pèsent sur la filière cannière. Isidore Laravine, co-président du CPCS (Comité Paritaire de la Canne et du Sucre) s’alarme et pose une simple question à distance : "L’Etat va-t-il oui ou non reconduire l’aide de 38 millions d’euros destinés aux Outre-mer pour la canne ?"

Rappelons que le 18 juin, lors d’une séance de questions au gouvernement, la députée de La Réunion Huguette Bello a demandé si cette aide serait inscrite dans le plan budgétaire de 2020. Ce à quoi la ministre des Outre-mer Annick Girardin a répondu que les arbitrages étaient en cours, et que la réponse serait connue prochainement. Pour l’instant "aucune réponse", nous dit Huguette Bello.

Lire aussi : Sans les 28 millions du gouvernement, la filière canne - sucre est menacée de disparition

"Ce jour-là, j’interroge le ministère de l’Agriculture en pleine session, qui est absent, alors je me dirige vers le Premier ministre qui lui se dirige vers la ministre des Outre-mer… personne ne semble s’inquiéter du problème !" s’inquiète-t-elle. La députée réclame d’ailleurs des états généraux de la canne avec le nouveau préfet Jacques Billant, afin de rassembler tous les acteurs concernés autour de la table, et parler plus sérieusement du problème.

Les planteurs sont plus qu’inquiets, et avec eux Philippe Labro, président du syndicat du sucre de La Réunion. "On est face à un coup dur", admet-il. "L’Etat avait pourtant pris des engagements fermes avec la Convention canne, qui se poursuit jusqu’en 2021." L’engagement va même plus loin puisqu’Emmanuel Macron en personne avait promis que cette aide ne bougerait pas, lorsqu’il menait campagne en tant que candidat à la présidentielle en 2017.

Les petits pêcheurs en danger

Sur le plan de la pêche, c’est Gérard Zitte, président de l’ARIPA (Association réunionnaise interprofessionnelle de la pêche et de l'aquaculture) qui intervient. "Concernant le renouvellement des flottes, cela fait au moins 7 mois que nous attendons des propositions concrètes", explique-t-il.

En juin dernier, le ministère de l'Environnement et le ministère de l’Agriculture présentaient un rapport concernant le renouvellement de la flotte dans les départements d'Outre-mer. Le dispositif d’aides ne concernerait que les navires inférieurs à 12 mètres. L’association ARIPA, elle, prône un renouvellement pour l’ensemble de la flotte.

Les bateaux réunionnais de plus de 12 mètres, qui ne serait alors plus conformes si la prérogative change, pêchent la majeure partie du temps près des côtes de Maurice et Madagascar. L’autorisation de partir en mer pour ces bateaux est aujourd’hui menacée, c’est ce que dénonce l’ARIPA. "Ils vont donc pêcher uniquement dans la zone réunionnaise, ce qui va créer une ceinture tout autour de l’île", explique Gérard Zitte. ""Et ils entreront donc en concurrence avec les petits bateaux, qui faute de poissons, resteront à quai."

Les fruits et légumes dans une impasse

La filière maraîchage, elle, est plutôt dynamique. Jean-Charles de Cambiaire, vice-président de l’ARIFEL (Association réunionnaise interprofessionnelle fruits et légumes) applaudit le chemin parcouru : "C’est une filière jeune et en croissance depuis 6 ans. Nous avons su reconquérir un marché avec des produits comme les carottes, l’ail ou les pommes de terre, et gagner en compétitivité." Mais aujourd’hui la filière fruits et légumes est dans une impasse : "Les produits manquent de mise en valeur."

L’exportation est insuffisante pour les maraîchers alors que certains produits gagneraient à faire fructifier La Réunion en partant à l’extérieur, comme les letchis ou les ananas. "Nous devons aussi travailler sur la transformation de nos fruits pour faire face à la concurrence." Le développement de l’agriculture biologique pourrait également être une piste.

Une inquiétude vive pour les jeunes agriculteurs

Tous les acteurs sont d’accord sur un point essentiel : quel avenir pour les jeunes agriculteurs ? Du côté de la SICAREVIA, on s’inquiète du "risque d’endettement". "Le dialogue est interrompu avec l’Etat à ce niveau-là", se désole Olivier Robert. Idem pour les représentants de la SICALAIT : "les jeunes éleveurs laitiers qui se lancent aujourd’hui n’ont absolument aucune garantie de revenu sur les années à venir."

La Chambre d’Agriculture pointe également un retard constant dans les aides versées par l’Etat, retard qui menace donc d’autant plus les nouveaux arrivants qui se lancent dans l’agriculture, secteur déjà suffisamment malmené et peu attractif pour les jeunes.

Vers plus d’auto-suffisance ?

Plusieurs politiques apportent leur soutien à la Production Locale Réunie. Parmi eux, les députées Ericka Bareigts et Huguette Bello. La première a tenu - via un appel visio - à rappeler deux points essentiels. D’abord la sécurité alimentaire, à savoir développer les circuits courts et la durabilité des ressources. Puis la sauvegarde nécessaire des emplois, voire la création de nouveaux postes dans un secteur qui pourrait en regorger.

Huguette Bello, elle, s’indigne devant le retard accumulé sur le chemin de l’auto-suffisance. "Nous avons d’excellents fruits et légumes ici, pourquoi ne pas plus les valoriser dans les écoles par exemple." Opinion rejointe par Daniel Moreau : "la sécurité alimentaire est un gros enjeu pour notre territoire : on l’a vu avec le blocage de nos ports en 2018, très rapidement La Réunion se trouve en rupture d’approvisionnement." Pour lui, "ce serait justement les productions locales qui pourraient prendre le relai dans ce cas -là. Nous devons gagner en auto-suffisance." Valoriser les produits locaux et gagner en exportation : le monde agricole de La Réunion compte bien défendre bec et ongles ses ressources.

mm/www.ipreunion.com/redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Jocelyne de l 'Etang-Salé, Posté
Où sont les voix des députés ? Du président de région ? Ah c 'est vrai , ils ne sont plus de notre monde d 'en bas , une fois élus ! Curieux tout de même que tout devienne urgent alors qu' à L ADEFAR on tire la sonnette d 'alarme depuis plus de 10 ans !! Enfin , ne désespérons pas ! L 'éveil des consciences n ' a pas la même vitesse chez chacun de nous , selon que nous soyons plus ou moins perméables au pouvoir et à l 'argent ......
La vérité si je mens !, Posté
A lire l'article de IMAZ PRESS très intéressant ! Une question se pose comment en est-on arrivée à cette alerte maximale sur la production locale ? La faute en revient à ces élus qui ne savent pas lire un rapport , un bilan et surtout à ces technocrates qui tirent les ficelles en fonction de leur propre intérêt carriériste . On a les élus qu'on mérite ... Alléluia !
Aterla, Posté
Les subvenions pour la canne s'arrêteront sans doute un jour, on le sait depuis longtemps.

Pour le reste et face à la concurrence de Madagascar ou de la Chine, les agriculteurs réunionnais n'ont qu'un porte de sortie, le bio.