Route du littoral :

La falaise de toutes les peurs


Publié / Actualisé
La purge de la route du littoral a commencé ce samedi 25 mars 2006. Les 30 000 tonnes de rochers qui se sont effondrées sur la route vendredi en tuant deux personnes, seront déblayées à partir de dimanche. Les ouvriers travailleront jour et nuit. En viste éclair dans l'île, François Baroin, ministre de l'outremer, a estimé urgent de "de définir les conditions de sécurité de cette route". Cette dernière restera totalement fermée à la circulation pendant au moins une semaine
La purge de la route du littoral a commencé ce samedi 25 mars 2006. Les 30 000 tonnes de rochers qui se sont effondrées sur la route vendredi en tuant deux personnes, seront déblayées à partir de dimanche. Les ouvriers travailleront jour et nuit. En viste éclair dans l'île, François Baroin, ministre de l'outremer, a estimé urgent de "de définir les conditions de sécurité de cette route". Cette dernière restera totalement fermée à la circulation pendant au moins une semaine
En ce samedi matin, les engins de travaux publics attendent que les ouvriers spécialisés dans les travaux acrobatiques, les cordistes, aient fini de "purger" la falaise. Ensuite ils commenceront à déblayer les énormes blocs de pierres sous lesquels sont mortes écrasées au moins deux personnes, Antoinette Nelle, 39 ans et Sébastien Acadine, 28 ans. Ils étaient ambulanciers. Deux autres personnes, des camionneurs, ont été blessées.
Le bilan est provisoire. Nul ne sait encore si d'autres victimes ne se trouvent pas sous l'impressionnant amas rocheux qui occupe les 4 voies de circulation sur 150 mètres de long et une dizaine de mètres de haut. En explorant le site, Otis, le chien d'avalanche des secouristes, a "marqué" à trois reprises signalant ainsi la présence possible de victimes, mortes ou vivantes, sous les pierres. Les sondages d'écoutes effectuées par les sapeurs-pompiers et l'armée sont restés sans réponse.
Après vérifications par les gendarmes et la police, toutes les personnes supposées disparues, sont finalement rentrées chez elles. "Il n'est malheureusement pas exclu que des automobilistes sans attache dans l'île, des touristes par exemple, se trouvent sous l'éboulis sans que leur disparition ait été signalée" remarque l'un des gendarmes de faction à l'entrée de la route coté Ouest.

Une peur légimite

Un grondement sourd se fait entendre. Solidement harnachés tout en haut de la falaise, les cordistes font tomber plusieurs gros rochers. Ils s'aident de barres à mines. Parfois la seule pression du pied ou de la main suffit à détacher les blocs rocheux. C'est dire si la paroi est instable.
Tout le monde le sait, y compris la DDE (direction départementale de l'Équipement). Depuis son inauguration en 1976 et jusqu'au drame de vendredi, les chutes de pierres sur la route en corniche, comme on dit ici, ont déjà tué à une vingtaine de reprises. Mais la récente succession des éboulis - trois en un mois dont déjà un mortel le 20 février -, en raison des fortes pluies a déclenché la colère. Laquelle est peut-être attisée par Le fait que le dernier éboulement se soit produit à l'entrée Ouest de la route dans une zone réputée sûre. "Rien ne laissait présager un tel scénario à cet endroit" reconnaît Yvan Martin, chef du service de gestion de la route du littoral à la DDE. Et il y a aussi la peur bien légitime d'être la prochaine victime de cette route empruntée quotidiennement par plus de 50 000 véhicules.

Dangereux

Alors la polémique enfle depuis vendredi. Principaux accusés: l'État qui ne prendrait pas toutes les dispositions pour sécuriser la route, le conseil régional et son président communiste, Paul Vergès, qui tarderaient à trouver une vraie solution alternative à la route en corniche. Un arrêté du Conseil d'État prononcé il y a quelques années exonère l'État de toutes responsabilités en cas d'éboulis ou d'accident sur cet axe routier. La Région a fait savoir qu'elle refusait d'accepter la délégation de compétences que la décentralisation lui donne en matière de gestion de routes "tant que l'État n'aura pas la route du littoral en conformité sur le plan de la sécurité".
Du coup, même si toutes les solutions fusent dans l'opinion publique, percement d'un tunnel, construction d'une route sur la mer, dynamitage de la falaise..., le problème reste entier. Dangereux pour la sécurité des usagers, pénalisant pour l'économie. Le port marchand est situé à la Pointe des Galets à l'Ouest, l'aéroport à Sainte-Marie au Nord et la route de la Montagne, alternative à la route en corniche en cas de fermeture de cette dernière, est interdite aux véhicules de plus de 7 tonnes.
Arrivé à La Réunion samedi matin, en compagnie du directeur général des routes et de trois experts, dépêchés par le ministre des Transports, François Baroin, ministre de l'Outremer, s'est rendu sur le site de l'éboulis. Il a estimé urgent "de définir les conditions de sécurité de cette route". En attendant la route est totalement fermée pour au moins 10 jours.
   

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