Retour de l'expédition archéologique sur l'île de Tromelin :

L'île aux esclaves oubliés livre ses secrets


Publié / Actualisé
De retour à La Réunion, l'expédition archéologique partie sur l'île de Tromelin le mois dernier, présentait, vendredi 10 novembre 2006, le résultat de sa campagne de fouilles. Plus de 300 objets, ce qui pourrait être une habitation et un four figurent parmi les principales trouvailles. De quoi connaître un peu mieux, la vie isolée des rescapés du naufrage de "l'Utile", en 1761, pendant une quinzaine d'années
De retour à La Réunion, l'expédition archéologique partie sur l'île de Tromelin le mois dernier, présentait, vendredi 10 novembre 2006, le résultat de sa campagne de fouilles. Plus de 300 objets, ce qui pourrait être une habitation et un four figurent parmi les principales trouvailles. De quoi connaître un peu mieux, la vie isolée des rescapés du naufrage de "l'Utile", en 1761, pendant une quinzaine d'années
Comment ont fait ces huit esclaves rescapés du naufrage de "l'Utile" en 1761, pour survivre 15 ans sur ce bout de terre perdu au milieu de l'océan indien? L'expédition archéologique "Esclaves oubliés" apportait les premiers éléments de réponse, le vendredi 10 novembre, suite à sa campagne de fouilles sur l'île de Tromelin. D'abord, il a fallu effectuer des recherches sous-marines et "on savait déjà que l'épave ne révèlerait que très peu de choses, un naufrage sur récif corallien est très destructeur", explique Max Guerout, chef de chantier. Ces recherches ont été faites dans des conditions météorologiques souvent très difficiles et le travail a nécessité 120 plongées. Plusieurs objets ont néanmoins pu être retrouvés dont deux fragments de la cloche du navire, des canons ainsi que l'ancre et des lests.

Un four et un mur d'habitation

Ce sont les fouilles terrestres qui ont donné des résultats "au-delà des espérances". Très vite, l'équipe a découvert un four, dont elle a rapporté plus de deux cents fragments. "Ce succès rapide nous a surpris", poursuit Max Guérout. Il servait à la fabrication de biscuits. Fait encore plus marquant, une partie du mur de l'habitation des esclaves a pu être dégagée. Un mur d'un mètre soixante de long et 50 centimètres de large témoigne de l'état d'esprit des survivants : ils ont compris que leur séjour sur l'île allait durer. Le sol avoisinant a également livré de précieuses informations concernant leur alimentation. Il apparaît que les esclaves aient dû se nourrir principalement de tortues et d'oiseaux et que le feu a pu être conservé jusqu'à leur départ, grâce au bois de l'épave. Autre découverte importante : six récipients de cuivre qui, par leurs multiples réparations, démontrent la volonté des rescapés à faire durer leurs objets. "Ils se sont organisés et pas laissé abattre par la situation", indique Max Guérout.

Pas de trace des survivants

Pourtant, le scandale humain de l'histoire de ce naufrage ne fait pas de doute. Embarqués à Madagascar, certainement de manière frauduleuse, pour être vendus à l'Île Maurice, ces esclaves auraient dû être secourus par les Français qui ont réussi à rejoindre Madagascar grâce à une embarcation de fortune. Car quand "l'Utile" s'échoue sur l'île de Tromelin le 31 juillet 1761, les Français à bord ne restent que deux mois sur la petite île avant de repartir en promettant de revenir chercher les 60 Malgaches. Mais il n'en fût rien et seuls huit esclaves survivants, dont un bébé de huit mois, furent récupérés quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776 et ramenés sur l'île Maurice. Malheureusement, malgré les recherches, aucun témoignage des survivants n'a pu être retrouvé par l'équipe de "Esclaves oubliés". Seule une rumeur court : un descendant de l'enfant né sur Tromelin aurait été repéré...

Potentiel de recherches

Ce projet placé sous le patronage de l'UNESCO, dans le cadre de l'année internationale de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition, devrait faire l'objet d'une exposition, d'un film, de publications scientifiques et pourquoi pas d'un musée sur l'île de la Réunion. Car les objets en lien avec la période de l'esclavage sont rares. Quant à la poursuite des recherches, elle n'est pas encore à l'ordre du jour, mais le potentiel est réel. La recherche des sépultures des marins et des esclaves noyés n'a pas encore porté ses fruits malgré une prospection systématique par sondage dans l'arrière plage. Par ailleurs, mise à part la construction d'une station météorologique, l'île a peu été dégradée par l'activité humaine ou les cyclones. Les possibilités de recherches, donc de découvertes, existent encore. Tromelin n'a pas encore dévoilé tout son mystère.
   

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