Antananarivo (Madagascar) :

L'armée tire sur la foule : des dizaines de morts


Publié / Actualisé
Une manifestation organisée par Andry Rajoelina, maire déchu d'Antananarivo et principal opposant au président de la République, Marc Ravalomanana, a tourné au drame ce samedi 7 février 2009. Vers 15 heures 30 (heure de La Réunion - 14 heures 30 à Madagascar), les forces de police anti émeutes ont tiré sur la foule qui s'était rassemblée devant le palais présidentiel d'Ambohitforohitra en plein centre de la capitale malgache. Selon les premières informations, une quarantaine de personnes, dont un caméraman d'une chaîne de télé privée malgache, ont été tuées. Des dizaines de personnes, dont des policiers sont blessées. Les tirs se sont poursuivis jusqu'en fin d'après-midi tandis ballet incessant d'ambulances fait la navette le palais présidentiel et les hôpitaux de la ville. Des tentatives de mises à sacs de commerces ont été réprimées par les forces de police. Le président de la République et le Premier ministre ont lancé des appels au calme sur la radio nationale malgache. Le consulat de France recommande à tous les Français habitants à Antananarivo de ne pas sortir de chez eux.
Une manifestation organisée par Andry Rajoelina, maire déchu d'Antananarivo et principal opposant au président de la République, Marc Ravalomanana, a tourné au drame ce samedi 7 février 2009. Vers 15 heures 30 (heure de La Réunion - 14 heures 30 à Madagascar), les forces de police anti émeutes ont tiré sur la foule qui s'était rassemblée devant le palais présidentiel d'Ambohitforohitra en plein centre de la capitale malgache. Selon les premières informations, une quarantaine de personnes, dont un caméraman d'une chaîne de télé privée malgache, ont été tuées. Des dizaines de personnes, dont des policiers sont blessées. Les tirs se sont poursuivis jusqu'en fin d'après-midi tandis ballet incessant d'ambulances fait la navette le palais présidentiel et les hôpitaux de la ville. Des tentatives de mises à sacs de commerces ont été réprimées par les forces de police. Le président de la République et le Premier ministre ont lancé des appels au calme sur la radio nationale malgache. Le consulat de France recommande à tous les Français habitants à Antananarivo de ne pas sortir de chez eux.
Comme lors des émeutes du lundi 26 janvier, c'est à la fin du meeting d'Andry Rajoelina que la situation a dégénéré. L'ex maire de la capitale avait rassemblé 20 000 de ses partisans sur la place du 13 mai, lieu symbolique de la résistance malgache, pour leur dévoiler la composition de son gouvernement de transition.

Après s'être déclaré président de la "Haute Autorité pour la Transition", Andry Rajoelina a annoncé qu'il faisait "don" du palais d'Ambohistorohitra, l'un des sièges de la présidence actuelle, à son Premier ministre de transition Monja Roindefo. Le lieu était anciennement affecté au maire tananarivien. Andry Rajoelina l demandait à ses partisans de se rendre devant ce bâtiment situé à Antaninarenina en plein centre-ville


Les événements se sont alors précipités. La foule s'est rapidement rassemblée devant le palais situé à proximité de la place du 13 mai. Selon les premières informations, diffusées par Radio Viva, proche de l'ex-maire tananarivien et Radio Antsiva, des cordons de sécurité ont été mis en place par le camp Rajoelina pour éviter les débordements. Ils ont été très vite été submergés. Selon les mêmes sources, le cortége des manifestants a fait une première halte à quelques dizaines de mètres du palais.

Une délégation d'opposants au régime en place a alors entamé des négociations avec les forces de police anti émeutes de faction pour pouvoir entrer dans le bâtiment dont était absent Marc Ravalomanana. Sous la pression de la foule, les militaires ont reculé. C'est au moment où les manifestants ont recommencé à marcher vers le bâtiment que les premiers coups de feu ont éclaté. Une quarantaine de personnes au moins, dont un cameraman de TVA, une chaîne de télé privée malgache ont été tuées. Des nombreux manifestants ont été blessés. "C'est terrible, ils se sont mis à tirer comme des fous tout d'un coup. Des gens ont été touchés en pleine tête. Des enfants et des femmes sont tombés à côté de moi" raconte très ému un journaliste de la presse écrite malgache.

Selon un communiqué rendu public par le service de presse de la présidence malgache en début de soirée, le général Dolin, un proche d'Andry Rajoelina, serait le principal instigateur des troubles. "Lorsque l'officier responsable de la sécurité du palais lui a dit que la foule ne peut pas entrer, le meneur principal de Andry Rajoelina revient vers la foule pour lui annoncer le refus des forces de sécurité. Il leur dit " C'est un refus ! C'est un refus ! Ils vont tirer, mais la population ne va pas reculer ! ". Il leur fait signe de la main d'avancer et de forcer le cordon des forces de l'ordre. La foule se rue vers le Palais" relate le communiqué. "Les forces de l'ordre à l'extérieur du palais lancent une grenade fumigène. La foule continue à courir vers le palais. Suivent des tirs de sommation en l'air, et des tirs" poursuit le service de presse de la présidence qui parle d'un premier bilan de vingtaine de morts et d'une trentaine de blessés. Des chiffres qui ont bien en deçà de ceux donnés par les journalistes et les manifestants.

Des ambulances ont dû faire plusieurs navettes entre le lieu du drame et les hôpitaux de la ville. "Au centre hospitalier HJRA à Anosy (le plus proche du centre) les salles de soins et la morgue sont pleins. Le personnel hospitalier fait appel aux étudiants et aux stagiaires pour leur venir leur venir en aide" indique un patient hospitalisé sur place.

Le président de la République, Marc Ravalomanana, s'est exprimé à la télévision et sur la radio en milieu d'après-midi. Il a demandé à la population de "travailler avec les forces de l'ordre pour rétablir le calme". Il a aussi dénoncé "l'irresponsabilité de ceux qui se permettent de lancer la foule sur un palais présidentiel. Ceux-ci sont allés trop loin". Un mandat d'arrêt a été lancé contre le général Dolin.

Rappelons que soutenu par une trentaine de députés et plusieurs personnalités politiques proches de l'ex président Didier Ratsiraka, Andry Rajoelina réclame la démission ou la destitution de l'actuel président, Marc Ravalomanana pour "violations répétées de la constitution". Le samedi 31 janvier, devant plusieurs milliers de personnes, il s'était autoproclamé dirigeant du pays. "C'est moi qui prend le pouvoir. C'est moi qui vais diriger le pays. Nous allons mettre en place un gouvernement de transition" disait-il. le même jour Marc Ravalomanana - le président démocratiquement élu en décembre 2006 -, sortait pour la première fois du silence. Dans une brève conférence de presse, il refusait d'entrer dans la polémique. Il se bornait à déclarer : "je reste le dirigeant de ce pays. J'ai le soutien de la communauté internationale"


Le lundi 2 février, il avait fait déposer une requête en déchéance du chef de l'État devant la haute cour constitutionnelle malgache. Deux jours plus tard, la haute juridiction se déclarait incompétente pour juger du dossier. Dans le même temps, le ministère de l'Intérieur destituait Andry Rajoelina de son mandat de maire "pour ne pas avoir assuré le ramassage des ordures ménagères". Une délégation spéciale était installée pour gérer les affaires courantes. Andry Rajoelina ne la reconnaissait pas et nommait l'une des adjointes, Michelle Ratsivalaka pour lui succéder.

Le jeudi 5 février, l'opposant de Marc Ravalomanana promettait à quelques milliers de ses partisans réunis sur la place du 13 mai qu'il rendrait public son gouvernement de transition ce samedi. Il a tenu parole et a appelé à marcher sur le palais. Un nouveau drame venait de commencer.
   

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