Projet de sanctions en cas d'absentéisme à l'école :

Suppression des allocations familiales : la controverse


Publié / Actualisé
Nicolas Sarkozy a annoncé le 20 avril 2010 que son gouvernement allait déposer une proposition de loi sur une "suspension systématique" des allocations familiales en cas d'absentéisme chronique d'un enfant à l'école. Cette annonce fait débat à La Réunion. Alors que la FCPE (Fédération conseils des parents d'élèves) "condamne" cette annonce. Marie-Thérèse Baillif, présidente du Cevip (collectif pour l'élimination des violences intra familiales) estime que "c'est une bonne chose à condition que la sanction soit précédée d'un dialogue avec les parents".
Nicolas Sarkozy a annoncé le 20 avril 2010 que son gouvernement allait déposer une proposition de loi sur une "suspension systématique" des allocations familiales en cas d'absentéisme chronique d'un enfant à l'école. Cette annonce fait débat à La Réunion. Alors que la FCPE (Fédération conseils des parents d'élèves) "condamne" cette annonce. Marie-Thérèse Baillif, présidente du Cevip (collectif pour l'élimination des violences intra familiales) estime que "c'est une bonne chose à condition que la sanction soit précédée d'un dialogue avec les parents".
Ce mécanisme de sanction en cas d'absentéisme d'un élève existe en réalité depuis 1959. L'inspection académique, avertie par les chefs d'établissements, pouvait contacter la caisse d'allocation familiale en cas d'absentéisme aggravé, entraînant la suspension voire la suppression des allocations familiales mensuelles. Cette loi sera plus ou moins appliquée jusqu'en 2004. Elle est alors remplacée par un nouveau texte qui prévoit des contraventions plutôt que des sanctions.

L'ancien système sera finalement remis au goût du jour en 2006 avec la loi sur l' "égalité des chances". C'est le conseil général qui a alors la charge de ce dossier. En cas d'absentéisme chronique, le Département doit proposer aux familles de signer un "contrat de responsabilité parentale". En cas de non respect, la collectivité peut décider de sanctionner les parents, notamment en suspendant les allocations. Cette loi n'est quasiment pas appliquée aujourd'hui.

C'est dans ce contexte que le Président de la République a annoncé le dépôt de cette nouvelle proposition de loi. Elle prévoit la "suspension systématique" des allocations en cas d'absentéisme d'un enfant à l'école. Plus précisément, si l'enfant est absent pendant au moins 4 demi-journées en un mois et sans apporter de justificatif, il recevra un avertissement. Le directeur de l'établissement scolaire en informera l'inspecteur d'Académie qui rencontrera les parents. En cas de récidive, l'inspecteur pourra demander la suspension des allocations.

"Ce n'est pas par ce moyen que nous parviendrons à faire revenir les enfants à l'école", s'insurge Benoît Blard, président départemental de la FCPE. Selon lui, "c'est le système éducatif qui pose problème. Les élèves ne s'y retrouvent plus". Il dénonce notamment le manque de personnels et d'équipements dans les établissements scolaires. "Quand un enfant se retrouve dans une classe de 35 élèves, il ne se sent pas écouté. Il va donc se désintéresser de cet univers", estime Benoît Blard. "Et pendant la récré ou les heures de pause, s'il n'y a pas d'équipement sportif, informatique ou culturel, il ne verra pas d'intérêt à rester dans l'enceinte de l'établissement", ajoute t-il.

Pour le président de la FCPE, "sanctionner les parents ne va faire qu'aggraver les difficultés des familles". Même s'il reconnaît que le contexte familiale "joue en partie" dans l'absentéisme de l'enfant, il met une fois de plus la faute sur le "système scolaire". "Des parents normalement constitués veulent que leurs enfants réussissent. Mais il n'y a pas assez de dialogue entre l'école et les parents", explique t-il. "Avec toutes les réformes dans l'éducation nationale, même les enfants s'y perdent alors comment les familles peuvent-ils se retrouver et porter un intérêt à ce qui se passe à l'école si personne ne les informe ?", s'interroge t-il. "Cette loi n'a qu'un objectif, faire du chiffre", termine t-il.

Marie-Thérèse Baillif, présidente du Cevip, pense quant à elle que cette loi serait "une bonne chose". "Il est important de responsabiliser les parents. Les enfants sont plus négligents et moins obéissants qu'autrefois. Beaucoup de parents ont du mal à se faire entendre", affirme t-elle. "Je suis toujours révoltée de voir des enfants arriver à un certain niveau et ne sachant ni lire ni écrire", lance la responsable du collectif. "Cette loi aura un effet bénéfique pour toute la famille. Les parents seront poussés à agir. Les enfants réintégreront de nouveau le système scolaire", précise t-elle.

La présidente du Cevip nuance ensuite son propos. "Cette loi est bonne mais il faut d'abord privilégier le dialogue avant de recourir à la sanction", dit-elle. Un dialogue qui ne doit pas passer que par l'inspecteur d'Académie mais aussi par l'intervention d'assistantes sociales ou d'association d'aide aux familles. "Avant de sanctionner, il faut comprendre pourquoi on est arrivé à cette situation. Et c'est par le dialogue que nous y parviendrons", souligne t-elle. Elle préconise que les discussions avec les parents soient ouvertes "dès la première absence non justifiée". "Je suis bien consciente que cette loi ne va pas tout résoudre mais si elle parvient à réintégrer ne serait-ce que 50% des enfants absentéistes, ce sera une bonne chose", conclut-elle.

   

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