Exposition à Kelonia :

Juan de Nova : territoire des tortues marines


Publié / Actualisé
Kelonia, l'Observatoire des tortues marines de Saint-Leu propose depuis le 15 juin 2010 l'exposition Mada/Nova. Il s'agit du nom d'une mission scientifique pluridisciplinaire menée par Kelonia, l'Ifremer (institut francais de recherche pour l'exploitation de la mer), l'Université de la Réunion et le Muséum d'histoire naturelle il y a deux ans. Cette mission a conduit des chercheurs réunionnais jusqu'à l'île Juan de Nova en longeant la côte malgache depuis Nosy Be. L'objectif est de compléter l'inventaire de la biodiversité de Juan de Nova. Kélonia et Ifremer y ont réalisé des prélèvements pour l'étude de la génétique des tortues marines du Sud-Ouest de l'Océan Indien. "Les sanctuaires, comme Juan de Nova, favorisent la lente reconstitution des populations de tortues marines en garantissant un havre favorable pour leur reproduction" expliquent les responsables de la mission.
Kelonia, l'Observatoire des tortues marines de Saint-Leu propose depuis le 15 juin 2010 l'exposition Mada/Nova. Il s'agit du nom d'une mission scientifique pluridisciplinaire menée par Kelonia, l'Ifremer (institut francais de recherche pour l'exploitation de la mer), l'Université de la Réunion et le Muséum d'histoire naturelle il y a deux ans. Cette mission a conduit des chercheurs réunionnais jusqu'à l'île Juan de Nova en longeant la côte malgache depuis Nosy Be. L'objectif est de compléter l'inventaire de la biodiversité de Juan de Nova. Kélonia et Ifremer y ont réalisé des prélèvements pour l'étude de la génétique des tortues marines du Sud-Ouest de l'Océan Indien. "Les sanctuaires, comme Juan de Nova, favorisent la lente reconstitution des populations de tortues marines en garantissant un havre favorable pour leur reproduction" expliquent les responsables de la mission.
Si la tortue verte est présente dans toute la zone intertropicale, il existe plusieurs populations, chacune constituée de plusieurs colonies présentant des caractéristiques génétiques différentes. La mission est l'occasion de compléter les échantillons déjà collectés aux Comores, à Madagascar, aux Seychelles et en Afrique de l'Est dans le cadre d'un programme de coopération régionale. Il suffit de prélever, à l'extrémité d'une nageoire, 2mm2 de peau qui seront conservés dans l'alcool pour être ensuite analysés à La Réunion. Les tortues échantillonnées sont baguées, photo-identifiées, puis mesurées et pesées avant d'être relâchées sur le lieu de leur capture.

Après une semaine de cabotage et 20h de mer, les scientifiques voient enfin Juan de Nova se dessiner sur l'horizon. Située dans le canal du Mozambique, à environ 150km des côtes ouest de Madagascar, l'île fait partie des Éparses au même titre que Europa, Bassas da India, Glorieuses et Tromelin. Gérés par les terres australes et antarctiques françaises (TAAF), ces espaces sont classés en réserve naturelle, réglementant ainsi la pêche et le séjour des personnes sur ces îles. Un détachement militaire et un gendarme assurent une présence permanente sur l'île, l'entretien des installations et le contrôle de la réglementation. La faible présence humaine fait de ces îles des milieux de référence pour les études scientifiques.

L'île en forme d'enclume mesure 6 km de long. Son rivage est constitué presque exclusivement de plage de sable blanc d'une grande finesse. Un vaste lagon et une barrière de corail protègent l'île de la houle et des vents du Sud.

Laissée à l'abandon pendant une décennie, l'île de Juan de Nova sommeille, avant que ne renaisse une activité grâce à un français, Hector Paturau, qui restera le maître de l'île jusqu'à l'abandon définitif de son exploitation en 1968. L'exploitation du guano, du phosphate et du coprah débute et va laisser une empreinte encore visible sur l'île. Au début du XXe siècle, la cocoteraie produisait 12 tonnes de coprah par an. En 1973, une station météorologique permanente est installée. L'année suivante, un détachement militaire viendra compléter la présence française sur l'île. L'arrêt de l'exploitation permet à l'île de retrouver peu à peu son aspect sauvage. La végétation envahit les vergers et les potagers, les pintades se dispersent dans la savane. À la saison de la reproduction, chaque soir, le ciel s'obscurcit d'un nuage bruyant de centaines de milliers de sternes.

Systématiquement chassées pour leur viande et leurs oeufs, afin de nourrir les ouvriers et leurs maîtres, les tortues qui avaient pratiquement disparu refont leur apparition sur les plages. La nuit, les tortues vertes (chelonia mydas) se hissent lentement jusqu'au sommet des plages pour y déposer leurs oeufs dans le sable. Plus légères, les tortues imbriquées (eretmochelys imbricata) choisissent parfois de monter pondre en plein jour. Les oeufs resteront protégés dans le sable plusieurs semaines avant que les bébés tortues ne déchirent la coquille souple et n'entament leur remontée vers la surface, puis leur course effrénée vers le large. Quelques années plus tard, les jeunes tortues reviennent, au rythme des marées, dormir dans les zones peu profondes du lagon à l'abri des requins.

"Les nombreuses tortues observées durant la mission montrent cependant que leur statut varie beaucoup selon les sites étudiés. La présence des tortues est un excellent indicateur de l'état de santé des écosystèmes. Les sanctuaires, comme Juan de Nova, favorisent la lente reconstitution des populations en garantissant un havre favorable pour leur reproduction" expliquent les responsables de la mission. Mais les tortues sont des espèces migratrices. Elles occupent au cours de leur vie des habitats diversifiés et souvent éloignés de plusieurs centaines de kilomètres, qui "ne peuvent tous être sanctuarisés" tempèrent-ils.

"Comment dans ces conditions, assurer leur préservation sur l'ensemble de leur aire de répartition", s'interrogent les scientifiques. "Sur les îles habitées, l'implantation de campements de pêcheurs ou d'hôtels sur les plages génèrent des nuisances qui s'ajoutent à la collecte des ?ufs et la capture des tortues. L'éco-tourisme proposé sur l'îlot Iranja notamment est une solution qui démontre qu'une nature préservée a plus de valeur qu'une nature dégradée" assure l'Observatoire des tortues marines. "Mais il n'existe pas de modèle universel de préservation et de gestion des ressources naturelles. Chaque projet doit prendre en compte la taille et la fragilité des écosystèmes, mais également la légitime volonté des communautés humaines à se développer et à valoriser les richesses naturelles qui les entourent dans le respect de leur culture ancestrale. De nouveaux modèles de développement durable restent encore à inventer" conclut Kelonia.

L'exposition Mada-Nova est en place jusqu'en octobre 2010. Elle est visible gratuitement (elle est située dans le hall d'accueil de Kélonia, soit séparément de l'exposition permanente qui reste payante - 7? tarif plein et 5? tarif réduit).

Plus d'informations : www.kelonia.org
   

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