La Région engage 243 953 euros pour un festival en Australie :

Très chère Adélaïde...


Publié / Actualisé
La Réunion sera l'invitée d'honneur du French Festival du 12 au 14 novembre 2010, à Adelaïde, en Australie. Imaz Press Réunion l'avait indiqué dès le 3 septembre dernier. Le conseil régional y conduira une délégation composée d'artistes, d'artisans, de professionnels du tourisme et du monde économique, des étudiants ainsi que des administratifs et des élus de la collectivité pour faire la promotion de la destination Réunion. Tous les frais d'organisation de l'opération, des billets d'avions à l'hébergement en passant par les cachets des artistes invités, la communication autour du festival et l'animation sur le site de Carrick Hill (un parc de 5 hectares) seront pris en charge par la collectivité. Coût total, 243 953 euros. La participation financière de Culture France, de la direction régionale des affaires culturelles et du ministère de l'Outre-mer est "attendue". Mais la Région préfinancera la totalité de l'opération. Certains professionnels du tourisme sont sceptiques quant au bénéfice d'une manifestation aussi coûteuse.
La Réunion sera l'invitée d'honneur du French Festival du 12 au 14 novembre 2010, à Adelaïde, en Australie. Imaz Press Réunion l'avait indiqué dès le 3 septembre dernier. Le conseil régional y conduira une délégation composée d'artistes, d'artisans, de professionnels du tourisme et du monde économique, des étudiants ainsi que des administratifs et des élus de la collectivité pour faire la promotion de la destination Réunion. Tous les frais d'organisation de l'opération, des billets d'avions à l'hébergement en passant par les cachets des artistes invités, la communication autour du festival et l'animation sur le site de Carrick Hill (un parc de 5 hectares) seront pris en charge par la collectivité. Coût total, 243 953 euros. La participation financière de Culture France, de la direction régionale des affaires culturelles et du ministère de l'Outre-mer est "attendue". Mais la Région préfinancera la totalité de l'opération. Certains professionnels du tourisme sont sceptiques quant au bénéfice d'une manifestation aussi coûteuse.
Tous les deux ans, l'Alliance Française d'Adélaïde, en Australie du Sud, organise le "French Festival", une manifestation qui met en valeur une région française. Après la Provence en 2008, l'édition 2010 qui se tiendra du 12 au 14 novembre sera consacrée à La Réunion. La Région qui a décrété "2010, année régionale du tourisme" y a visiblement vu une aubaine...

Ainsi, lors de la commission permanente du 19 octobre dernier, les conseillers régionaux ont voté l'engagement "d'une enveloppe globale de 243 953 euros pour la participation de La Réunion en sa qualité d'invitée d'honneur au French Festival, y compris un préfinancement de 72 000 euros correspondant à la participation attendue d'autres partenaires", à savoir Culture France, la Drac et le ministère de l'Outre-mer.

Le conseil régional décompose ce montant en 4 catégories : 173 953 euros pour "la promotion et la valorisation culturelle", 30 000 euros pour "les actions de relations publiques" (précision de la collectivité : dépenses et actions d'animation des partenaires économiques), 30 000 euros pour "l'organisation et la logistique" (précision de la collectivité : location de salle, interprétariat, déplacements internes, déjeuner protocolaire, transport, prestations d'ingénierie, fret et dépenses assimilées) et 10 000 euros pour ce que la Région qualifie de "divers et imprévus".

Concrètement, cette somme servira à couvrir tous les frais d'organisation de l'opération, des billets d'avions à l'hébergement en passant par les cachets des artistes invités, la communication autour du festival et l'animation sur le site de Carrick Hill (un parc de 5 hectares). Près de 140 personnes sont du voyage, à savoir des partenaires institutionnels (Parc national, IRT, Arer...), des administratifs et des élus de la Région, des acteurs économiques (la Saga du Rhum, le Club des épicuriens de La Réunion) et culturels (artistes, Kélonia, Maison du Volcan) ainsi que 40 élèves et enseignants de centres de formation et d'enseignement (Centhor, lycées Renaissance, Boisjoly Potier, Victor Schoelcher, Mahatma Ghandi).

Durant 3 jours, cette délégation va, selon la Région, promouvoir la destination Réunion dans les domaines économique, touristique, culturel mais aussi éducatif. Dans le domaine économique d'abord, "les accords de coopération en cours d'examen avec différents partenaires seront finalisés", avec notamment le musée Tandanya ou encore le South Australia Museum. Une convention de coopération décentralisée, ou à défaut une déclaration d'intention, sera signée entre Didier Robert et le gouvernement de l'Australie du Sud. Par ailleurs, la Saga du Rhum et le Club des épicuriens de La Réunion devraient proposer une dégustation de divers produits locaux.

Dans le domaine touristique, l'IRT y tiendra "un stand aux couleurs de l'île". Elle a lancé une campagne de communication (affiches, flyers, annonces TV et radio) et a fait le v?u de nouer des partenariats professionnels avec des professionnels du tourisme, notamment le tour opérateur "Above and Beyond Australia". "Un plan marketing sera mis en ?uvre afin de soutenir et accroître les ventes vers la destination Réunion. Il intègre la réalisation de kit vitrines pour les agences de voyages, la participation à la brochure Océan Indien et au catalogue de vente édité à 20 000 exemplaires et destiné au réseau des agences de voyages dont 10 pages seront consacrées à l'île", peut-on lire dans le document de présentation du festival australien.

Côté culture, Meddy Gerville, Pat'Jaune, JF Gang, Fabrice Legros, Nathalie Natiembé et Les Tambours Sacrés pour la musique ainsi que Soul City pour la danse seront présents à Adélaïde. Des ?uvres de David Imaho, Richard Blancquart, Jimmy Cadet et de Richard Riani seront exposées. Les cachets de ces artistes seront payés par la Région, alors qu'en règle générale, "ce sont les festivals qui prennent contact avec les agents des artistes. Ce n'est pas le conseil régional qui organise et qui paye tout" notait l'un des artistes invités, dans l'article publié par Imaz Press Réunion le 3 septembre dernier. ""Si la Région a les moyens de monter ce type d'opérations extrêmement coûteuses, pourquoi pas? Assurer la promotion culturelle de La Réunion est une excellente chose, mais je ne suis pas persuadé qu'il faut s'y prendre de la sorte", remarquait dans le même article un organisateur de concerts. 


Par ailleurs, deux musées réunionnais seront aussi représentés à la "French Week", à savoir Kélonia et la Maison du Volcan. Enfin, la Région prévoit l'établissement des premières pistes de partenariats entre "le Conservatoire à rayonnement régional, l'Ecole des beaux arts, le Fonds régional d'arts contemporain et leurs équivalents en Australie".

Le dernier axe de promotion concerne le volet éducatif. 40 élèves et enseignants de lycées et centres de formation de l'île seront du voyage dans le cadre du projet "Festinglish" porté par l'Académie de La Réunion. L'objectif est de "développer les échanges en matière éducative et professionnelle avec l'Australie". Les élèves participeront à plusieurs ateliers thématiques, notamment des échanges autour de la cuisine réunionnaise, la promotion des arts de la table à la française ou encore l'organisation d'un dîner de gala et de cours de cuisine réunionnaise. Le coût de l'opération "Festinglish" est évalué à 289 126,86 euros. La Région y participera à hauteur de 44 874,61 euros. Une somme distincte de celle engagée pour le French Festival.

Le programme de ce festival est donc très riche. Mais on peut s'interroger sur le bénéfice d'une opération si coûteuse qui attire en moyenne 10 000 personnes sur 3 jours. Du 1er janvier au 30 septembre 2010, 7 763 voyageurs (chiffres de la chambre de commerce) sont arrivés sur l'île, en provenance de Sydney en empruntant la seule ligne directe reliant La Réunion à l'Australie, celle d'Air Austral. Ce chiffre regroupe des voyageurs d'affaires locaux, des groupes scolaires de La Réunion, des étudiants réunionnais et d'éventuels touristes australiens. Parmi eux, on dénombre 1 287 ressortissants Australiens qui sont entrés à La Réunion depuis le début de l'année (information de la préfecture), une part marginale à côté des plus de 400 000 touristes qui ont visité l'île en 2009 (chiffres de l'IRT et de l'Insee).

"Dépenser autant d'argent pour faire la promotion de la destination Réunion à Adélaïde n'a pas de sens", s'insurge un professionnel du tourisme. Et pour cause, cette ville n'est pas desservie directement, ni à partir de La Réunion, ni au départ de l'île Maurice. En effet, Air Austral effectue la liaison entre La Réunion et Sydney tandis qu'Air Mauritius rejoint Perth depuis Plaisance. "Qu'on fasse une opération de promotion dans une de ces deux villes, pourquoi pas", reconnaît ce professionnel, "mais Adélaïde est loin d'être la destination idéale. Les touristes devront d'abord faire escale à Sydney s'ils souhaitent venir sur l'île. Les trajets à rallonge n'attirent pas forcément", ajoute t-il.

"Je pense que l'Alliance Française a flairé la bonne affaire. Elle obtient un festival clé en main sans avoir un centime à dépenser. La totalité de la manifestation étant financée par le conseil régional", conclut le professionnel du tourisme. Analyse que partage un organisateur de concerts interrogé dans l'article d'Imaz Press Réunion du 3 septembre dernier: "si on leur propose une opération clé en main, c'est-à-dire entièrement financée, il est évident que les festivals, les villes, et dans le cas présent une Alliance Française seront preneurs. Ils n'ont rien à débourser. Mais quid d'une véritable politique de promotion, asseyant la réputation des artistes de La Réunion à travers le monde?", s'interroge t-il. "Proposer à des festivals de leur fournir gratuitement des artistes, car c'est bien de cela qu'il s'agit, est à la limite de la dévalorisation" avait tranché cet organisateur de concerts .

Mounice Najafaly pour
   

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