La Réunion perd l'une de ses grandes figures :

Militante de la cause réunionnaise, Laurence Vergès n'est plus


Publié / Actualisé
Laurence Vergès, épouse et compagne de lutte de Paul Vergès, fondateur du parti communiste réunionnais, est décédée ce samedi après-midi 3 novembre 2012 Elle était âgée de 88 ans. En épousant le dirigeant communiste en Métropole à la fin des années 40, Laurence Vergès avait épousé la cause du peuple réunionnais. Elle y a consacré toute sa vie en militant dans les rangs du PCR et dans ceux de l'UFR (union des femmes de La Réunion) qu'elle a contribué à fonder. Discrète, dévouée, refusant de se mettre en avant tout en étant ferme dans ses convictions, elle était la mère de Claude, de Françoise, de Pierre et de Laurent Vergès décédé en 1988 dans un accident de la route. La veillée aura lieu ce lundi 5 novembre à partir de 19 heures au domaine des Bois de senteurs, chemin Boeuf mort à la Possession. Nous publions ci-après un article de Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros rendant hommage à celle "qui n'était pas une femme de l'ombre".
Laurence Vergès, épouse et compagne de lutte de Paul Vergès, fondateur du parti communiste réunionnais, est décédée ce samedi après-midi 3 novembre 2012 Elle était âgée de 88 ans. En épousant le dirigeant communiste en Métropole à la fin des années 40, Laurence Vergès avait épousé la cause du peuple réunionnais. Elle y a consacré toute sa vie en militant dans les rangs du PCR et dans ceux de l'UFR (union des femmes de La Réunion) qu'elle a contribué à fonder. Discrète, dévouée, refusant de se mettre en avant tout en étant ferme dans ses convictions, elle était la mère de Claude, de Françoise, de Pierre et de Laurent Vergès décédé en 1988 dans un accident de la route. La veillée aura lieu ce lundi 5 novembre à partir de 19 heures au domaine des Bois de senteurs, chemin Boeuf mort à la Possession. Nous publions ci-après un article de Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros rendant hommage à celle "qui n'était pas une femme de l'ombre".

Laurence Vergès était à la fois une femme engagée, en osmose avec son époque, connectée avec la réalité réunionnaise, internationaliste (ainsi qu'en témoignent les nombreux messages d'hommage publiés par différentes personnalités dès l'annonce de son décès - ndlr). Toujours souriante mais capable de saines colères, la main amicale, l’œil malicieux, elle avait la générosité de ceux que la vie a éprouvés mais savait si nécessaire porter la contradiction à son plus haut niveau. Les épreuves qu’elle a traversées ne lui ont pas ôté pour autant sa capacité à manier l’humour, ni émoussé sa curiosité toujours en éveil, toujours prête à s’émouvoir, s’exalter, résister, dénoncer, s’insurger. Elle avait une manière directe d’attaquer une conversation, jamais dans les détours, toujours avec le mot juste, les idées précises, disposée au débat et mais aussi à l’action. Dans le couple qu’elle formait avec Paul Vergès depuis 65 ans, Laurence Vergès incarnait à merveille la partenaire de toutes les luttes, porte-parole infatigable de la cause des femmes, militante jusqu’au bout de notre identité réunionnaise. Elle était aussi la mère, la grand-mère, l’arrière-grand-mère, qui laisse à tous en héritage " 88 années de générosité et d'amour ". Laurence Vergès est décédée, le samedi 3 novembre 2012, à l'âge de 88 ans. Itinéraire exceptionnel d'une femme qui a été au coeur de l'évolution de la société réunionnaise

C’est en 1954 que Laurence Vergès, née Laurence Deroin le 22 septembre 1924 à Ivry-sur-Seine, arrive à La Réunion. Militante du Parti communiste français depuis 1945, la jeune femme est entrée à la Libération au Ministère de la Reconstruction, dirigé par le résistant Raymond Aubrac. Une administration qu’elle quitte après le départ des communistes du gouvernement, pour travailler à la section coloniale du PCF, qui suit et épaule les mouvements de Libération qui se développent aux quatre coins de l’Empire français. Elle y rencontre les militants et intellectuels en pointe des Antilles, tels que le Martiniquais Aimé Césaire et le Guadeloupéen Rosan Girard, les futurs chefs d’Etat africains Félix Houphouët-Boigny et Modibo Keïta, ainsi que les Réunionnais Léon de Lépervanche,  Raymond Vergès… et Paul Vergès, qu’elle suivra à La Réunion sept ans après leur rencontre, en 1947. 

Femme résistante

A La Réunion, elle milite " sans vouloir se mettre en avant ", disait-elle, dans ce qui est encore la Fédération réunionnaise du PCF. Au début des années 50, elle ouvre à Saint-Denis la Librairie des Mascareignes qui sera vendue en 1958. Elle rejoint alors l’équipe du journal " Témoignages ", installé à l’époque à Saint-Denis. Elle y tient notamment une rubrique hebdomadaire consacrée à la condition féminine...  Sa collaboration au quotidien fondé par Raymond Vergès se poursuivra jusqu’à la fin des années 90, même si dans les dernières années, sa signature se fait de plus en plus rare. En 1958, la section réunionnaise de l’Union des femmes françaises devient l’Union des femmes réunionnaises (UFR). Laurence est impliquée dans la création de l’UFR dont la présidence revient à Marie Gamel tandis que Isnelle Amelin occupe le poste de secrétaire générale. En 1959, la fédération réunionnaise du PCF se transforme à son tour en Parti communiste réunionnais (PCR). Le contexte est alors marqué par une montée aux extrêmes de la violence. La même année, Laurence Vergès est candidate sur la liste municipale menée par son mari. Vainqueur le 15 mars 1959, Paul Vergès ne le restera que quelques heures : le jour même, il est roué de coups, assommé et laissé pour mort dans le chemin, tandis que les nervis de Jean Macé procèdent au bourrage des urnes. Eliard Laude, un militant communiste de 17 ans, est assassiné. Une ère de violence s’instaure, sous l’impulsion du Préfet Jean Perreau-Pradier et de ses successeurs. En 1964, Paul Vergès est condamné pour la parution dans " Témoignages ", deux ans plus tôt, d’articles du " Monde " et de " l’Humanité " consacrés à la répression envers les Algériens. Il entre alors en clandestinité. Face à la pression policière et aux difficultés qui pèsent sur " Témoignages ", Laurence Vergès est sur tous les fronts. Elle  assume la charge du foyer, milite et poursuit son activité de journaliste, malgré la répression omniprésente. " Les forces de l’ordre venaient saisir les numéros du journal qui relataient la saisie de la veille ", racontait Laurence des années plus tard. Le quotidien sera, au total, saisi 43 fois au cours de son existence... 

Sur tous les fronts

Une activité qui se poursuit après la fin du marronnage de son mari, en 1966. Profondément féministe, elle accompagne toujours les activités de l’UFR, dont la présidence est confiée en 1975 à Isnelle Amelin et le secrétariat général à Huguette Bello. " En 1975, nous avons opéré un changement important allant dans le sens d’une véritable émancipation et d’un véritable combat pour la liberté ". Elle demeure engagée, à " Témoignages " comme au Parti communiste, dont elle est la candidate dans le 3e canton de Saint-Denis en 1982. Elle est également active sur le front culturel, où elle anime notamment la " Commission Culture Témoignages " qui organise des débats et conférences en faisant appel à des personnalités d’envergure internationale : Jorge Amado, Zélia Gattaï, René Depestre, Maryse Condé, André Brink, Délia Blanco, etc. Internationaliste convaincue, elle milite activement pour la solidarité entre les peuples et, plus particulièrement, avec la lutte des Sud-Africains contre le régime d’apartheid. Féminisme, liberté de la presse, lutte contre les discriminations à La Réunion et dans le monde... Rarement sous les feux de l'actualité, Laurence Vergès qui déclarait " J’ai toujours eu un idéal de justice et de liberté " aura été au coeur de tous les combats. Femme discrète, elle n'était pas une femme de l'ombre. 

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros


 

 

   

11 Commentaire(s)

Bayoune, Posté
"La même année, Laurence Vergès est candidate sur la liste municipale menée par son mari. Vainqueur le 15 mars 1959, Paul Vergès ne le restera que quelques heures : le jour même, il est roué de coups, assommé et laissé pour mort dans le chemin, " - Il est laissé pour mort, sans doute une feinte pour échapper à la violence des nervis. Nous sommes en mars 1959. Depuis mai 1946 la violence s'est installé. Dans le doute de la réélection de Raymond le 2 juin 46, Alexis de Villeneuve n'a eu aucune chance, une balle en plein coeur fit qu'il ne sera jamais le député de la Réunion et il est définitivement mort.. Sans feinte possible. Eliard Laude, vue son jeune âge a sans doute payer le prix de son inconscience. " Une ère de violence s'instaure, " mais cela avait déjà commencé le 25 mai 1946, avec les pétroleuses et la détonation du pistolet devant la cathédrale de St Denis, là où est tombé A. de Villeneuve." Une activité qui se poursuit après la fin du marronnage de son mari, en 1966. " Son marronnage, si cela l'était vraiment, il ne s'était pas réfugié dans les forêts ou rempart des haut de la Réunion, son marronnage se limitait à quelques visites " des camarades convertis " la nwite, sinon, il doit se souvenir des contours en haut du Pont de la Riv. des Pluies, où résidait le président du Conseil Général de l'époque, un bougue de droite, ce Roger Payet. J'ajoute, ne pas comprendre, comment se fait-il, que recherché par toutes les polices, " le camarade Paul " pouvait tenir ses meetings aux yeux et à la barbe des CRS - té i di kas en fer dan lo temps, somin Bras Canot Sinbnwa koté Dédé - en essayant de nous faire croire que le camarade était invisible des forces de police ou de gendarmerie. I fo arète sarze dolo in moman. Gérard, tu ne pouvais connaître ces temps là, tu suçais encore ton pouce, et tu racontes l'histoire qu'on inocule au sein de leur parti...
Jack ( de Gorée Sénégal), Posté
Loin de mon île , j'apprends avec tristesse la disparition de madame Laurence VERGES , une grande figure de la lutte politique réunionnaise . J'adresse mes sincères condoléances à Monsieur Paul VERGES, à toute sa famille et à ses amis.
Françoise Martin, Posté
Laurence Vergès fait l'unanimité et c'est toute justice. Ayant épousé Paul Vergès, elle a aussi épousé la Réunion. Elle y a vécu et oeuvré jusqu'au bout. C'est un exemple de droiture et d'intégrité qui doit éclairer notre chemin. Elle restera vivante dans mon souvenir, comme l'est toujours Laurent auquel je l'associe encore plus étroitement maintenant.
Myriam Le Goff, Posté
Refusant de se mettre en avant, discrète, elle savait pourtant se montrer fermement déterminée lorsque la défense de la cause des femmes en particulier et des sans voix en général l'exigeait. Laurence Vergès restera vivante dans la mémoire collective de La Réunion
Héloïse, Posté
Laurence était une belle personne, une authentique Réunionnaise. Toutes mes condoléances à la famille
Ludo ljd, Posté
Je m'associe à la douleur de la famille, à qui je présente mes sincères condoléances. La perte d'un être chère est toujours un moment difficile dans la vie.
Franck Grondin, Posté
Je ne connaissais pas Madame Vergès personnellement, mais même si elle ne s'est jamais mise en avant, je sais qu'elle a beaucoup oeuvré pour la reconnaissance de l'identité réunionnaise, pour la cause des femmes, pour la défense des plus faibles. Reposez en paix Madame Vergès, votre vie a été bien remplie
Anonyme, Posté
Sincères condoléances à la famille
Tristesse, Posté
Une bien triste nouvelle et une bien triste journée pour la famille et les proches de Laurence Vergès, mais également pour toute La Réunion. Sincères condoléances à son époux et à ses enfants
Jean-François , Posté
Laurence était une grande dame, avec une grande âme et un énorme coeur. Elle a mis le tout au service de La Réunion pendant un quart de siècle. Repose en paix, tu l'as bien mérité. Toutes mes condoléances à la famille
Amandine, Posté
C'est une grande figure de la lutte pour la dignité du peuple réunionnais que nous quitte. Discrète, efficace, sincère, courageuse, elle restera un exemple pour les jeune générations