Mortalité de masse des poissons côtiers :

Jean-Pascal Quod : "Une maladie émergente, au même titre que le chikungunya"


Publié / Actualisé
Des milliers de poissons qui meurent au beau milieu des lagons de la réserve marine, et au-delà de la barrière de corail, victimes d'une bactérie, c'est un scandale en soi. Mais l'incrimination du "Streptococcus iniae" ne suffit pas à répondre pleinement aux questionnements posés par cet épisode de mortalité de masse. Pour Roland Troadec, de l'association Vie Océane, qui a participé à la mise en place du précédent schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux de La Réunion (SDAGE), cette épidémie (épizootie plus précisément) constitue un phénomène "un peu surprenant, car même les parties extérieures, les pentes externes, ont été touchées..." Jean-Pascal Quod, de l'ARVAM, partage ce constat et place cette épidémie des poissons côtiers sur le même plan que le chikungunya en tant que maladie émergente. D'autant que le "Streptococcus iniae" n'est pas si anodin qu'il y paraît pour les hommes avec qui il entre en contact.
Des milliers de poissons qui meurent au beau milieu des lagons de la réserve marine, et au-delà de la barrière de corail, victimes d'une bactérie, c'est un scandale en soi. Mais l'incrimination du "Streptococcus iniae" ne suffit pas à répondre pleinement aux questionnements posés par cet épisode de mortalité de masse. Pour Roland Troadec, de l'association Vie Océane, qui a participé à la mise en place du précédent schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux de La Réunion (SDAGE), cette épidémie (épizootie plus précisément) constitue un phénomène "un peu surprenant, car même les parties extérieures, les pentes externes, ont été touchées..." Jean-Pascal Quod, de l'ARVAM, partage ce constat et place cette épidémie des poissons côtiers sur le même plan que le chikungunya en tant que maladie émergente. D'autant que le "Streptococcus iniae" n'est pas si anodin qu'il y paraît pour les hommes avec qui il entre en contact.

Pour Roland Troadec, géologue, universitaire spécialisé dans la dynamique des littoraux, la dernière épidémie suscite  "de grosses interrogations", quand bien même on a été confronté à un précédent en 2002, "mais il est difficile de comparer ces épisodes, même s'ils ont été suivis à l'époque par l'association Parc Marin, et l'ARVAM. N'étant pas spécialiste en la matière, j'observe et j'apprends. Et je n'ai pas de réponse toute faite. Néanmoins, il y a eu une explosion bactérienne. Alors, peut-être que le manque de renouvellement des eaux dû aux conditions météorologiques a suscité l'installation de masses stagnantes sur des zones à priori abritées… De là, s'il y a des germes, ils peuvent se développer et contaminer. Mais pour qu'il y ait une faune bactérienne, il faut un support enrichi en éléments organiques ou minéraux ; avant que la bactérie responsable de l'épidémie prospère, il est possible que se développe une chaîne biologique propice…"

Sur l'origine des matières en suspension qui peuvent provoquer l'enrichissement organique propice à la création du bouillon de culture que l'on sait, Roland Troadec pointe du doigt un angle mort dans la gestion des eaux. "Il n'y a aucune prise en compte des eaux pluviales et des eaux de ruissellement, qui ne sont ni gérées, ni traitées quand elles lessivent les sols de tous les polluants qu'elles rencontrent. Si un réel effort est en cours sur les stations d'épuration, en ce qui concerne les eau de ruissellement on en est encore aux grandes recommandations synonymes d'aveux d'impuissance. Le facteur ruissellement n'est pas le moins du monde considéré dans l'attribution des permis de construire et de lotir, aucun contrôle dans l'obtention des conformités…"

Le fait est qu'à La Réunion, météo oblige, on se retrouve souvent confronté à des pluviométries abondantes qui suscitent des écoulements torrentiels. Les eaux pluviales saturent les réseaux domestiques et les réseaux collectifs, les stations d'épuration sont sursaturées et rejettent directement leurs effluents, dans les ravines, c'est le cas à l'Ermitage, dans le lagon de Saint-Leu…

L'état chimique de l'ensemble des masses d'eau côtières réunionnaises est inconnu

L'état des lieu 2013 _du district hydrographique de La Réunion traite de ces rejets incontrôlés qui véhiculent "divers micropolluants vers les milieux aquatiques : métaux lourds, hydrocarbures, pesticides, nutriments…" et qualifie de "fort" leur impact sur la zone récifale. Sont cités en référence deux événements d'importance : "en 1989, les peuplements coralliens ont été ensevelis sous une épaisse couche de boue qui a été responsable d’une mortalité corallienne de 99 % sur la majorité du platier récifal de Saint-Leu…" En février 2012, toujours à Saint-Leu, "les précipitations importantes ont généré des coulées de boue ayant recouvert une partie des récifs coralliens et entrainé une forte turbidité des eaux côtières durant plusieurs semaines…"  

Dans le même document, il apparaît que l'on ignore à peu près tout de l'impact de la fertilisation azotée et phosphatée résultant des activités agricoles : "Les transferts dans les sols et dans les masses d'eau des flux d'azote générés par l'agriculture n'ont pas fait l'objet d'études jusqu'à présent. La problématique est complexe, les quantités d'azote mobilisées sont difficilement quantifiables à partir des données existantes (…) La pression liée à la fertilisation phosphatée en agriculture à La Réunion n'a pas fait l'objet d'études jusqu'à présent. La problématique est très peu connue, notamment la capacité des sols réunionnais à mobiliser le phosphore…" Néanmoins il est dit que "L’impact de cette pression peut contribuer à une augmentation des teneurs en nutriments dans les milieux et au risque de développement algal et d'une dégradation de la faune fixe…"

Au-delà, l'état des lieu 2013 _du district hydrographique de La Réunion constate que "l'état chimique de l'ensemble des masses d'eau côtières réunionnaises est donc inconnu puisque disposant de stations de surveillance dont les données ne sont pas encore disponibles ou bancarisées. L'indice de confiance est qualifié de " Pas d'information " puisqu'aucune substance de la DCE n'a pour le moment été suivie…"

En l'état actuel des choses, Roland Troadec s'avoue pessimiste dans la perspective de l'application de la norme européenne sur la qualité des eaux à l'horizon 2021 sur La Réunion.

Pour sa part, Jean-Pascal Quod, à la tête de l'ARVAM, et qui a été un précurseur à La Réunion dans l'étude de la ciguatera, se garde bien d'avancer des réponses politiquement correctes face à une épidémie qu'il compare et assimile aux maladies émergentes, ou réémergentes, telles que le chikungunya qui a martyrisé les Réunionnais en 2005-2006.

Un nombre croisant d'infections contractées dans le lagon

En l'occurrence, la bactérie responsable des moralités de masse constatées cette année mais aussi en 2002, est vraisemblablement présente à l'état latent depuis longtemps. Rien ne permet d'expliquer aujourd'hui le temps de latence entre ces deux épidémies distantes de 12 ans. Mais remarque M. Quod, elles sont fatalement liées à des modifications des milieux provoquées par le réchauffement et les climatique et la dégradation des conditions environnementales.

Fait notable mis en exergue par M.Quod, l'épizootie n'a pas touché que le seul lagon, ou des poissons proches des pentes, "de zéro à 150 m de profondeur un grand nombre d'espèces des pentes extérieures a été touché, y compris des gros poissons de fond, qui sont remontés morts…"

Quant au caractère bénin de l'infection pour les hommes, il est encore à relativiser. M. Quod qui a manipulé un grand nombre des poissons morts pour les disséquer, a pris soin de se doter d'antibiotiques à tout hasard. Et l'on sait que des cas d'infections poisson-homme ont été constatés en divers lieux du monde, notamment parmi les professionnels de la pêche.

Au Québec, en avril 2012, un cas de contamination liée de "Streptococcus iniae" et de la fameuse bactérie mangeuse de chair,  en fait une fasciite nécrosante à streptocoque, a été constaté après une blessure causée par la carapace d'une crevette… Le Streptococcus iniae, transmis par certains poissons, serait à l'origine de cellulite de la mains, une infection grave qui se propage sous la peau, s'attaquant aux tissus mous comme la peau et à la graisse sous-jacente ; la fasciite nécrosante en est une forme grave.

Pas de quoi paniquer, encore, mais les réactions d'usagers du lagon faisant état d'un nombre croisant d'infections contractées dans le lagon sont à prendre en considération.

Alors, à quand un plan d'action pour des aux côtières propres et saines ?

Pour 2021 Europe oblige, c'est pour ainsi dire demain et l'effort nécessaire pour garantir un bon état des eaux côtières de La Réunion semble colossal. D'ici-là, que restera-t-il de nos lagons transformés en pédiluves, la population ne disposant pas d'autres zones de baignade accessibles et sécurisées ?  Un challenge qui dépasse la seule administration de la réserve marine semble-t-il.

 

Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com

   

8 Commentaire(s)

Mulder, Posté
A la tienne FOX, avec un peu de pastaga peut-être ? Amitiés
FOX, Posté
Merci MULDER pour ton explication, ceci étant dit je t invite à lever ton verre avec moi.....sans rancune.
Henri larcin, Posté
Mais Martine Payet ne fait pas de commentaires sur l'article de monsieur Le claire
Mulder, Posté
Ben alors Fox, il n'y a de charabia que pour ceux qui ne veulent pas comprendre, les eaux de ruissellement sont chargées tout à la fois par la nature (érosion) et par l'homme (polluants). D'ailleurs le citoyen lambda n'est pas si couillon que ça, si des scientifiques qui parlent aussi simplement que possible évitent de formuler des réponses en mode binaire c'est que la réalité, naturelle ne l'est pas. Ainsi, pour éclairer ta lanterne, les bactéries sont naturelles, les modifications et perturbations du milieu partiellement artificielles. Et c'est la combinaison de deux qui donne des phénomènes tels que les maladies émergentes. Et puis Fox, t'es pas trop poli, avec tes affaires d'emmerdement, si on te parlait comme ça à toi, tu dirais quoi ? Tu mérites de boire un petit peu d'eau du lagon histoire de te remettre les idées en place, et puis tu sais, La Vérité est ailleurs…
Daoud, Posté
"Streptococcus iniae" encore un parasite, ne vous baignez plus dans les rivières ni aux plages de l'ouest c'est contaminé, sale et il y a des déchets d'épurations…
On bosse dur pour développer le tourisme !
Et garantir un bon état des eaux côtières semble désormais IMPOSSIBLE.
Palaxsa , depuis son mobile, Posté
Vite vite faut faire une campagne de vaccination au poisson
Taquin, Posté
On peut se baigner ou non, c'est dangereux ou pas, répondez les Réunionnais ont le droit de savoir !
FOX, Posté
Ton charabia.....d explications en eau trouble......m emmerde terriblement !....et emmerde probablement le citoyen lamda......en clair c est faute de dame nature ou de L HOMME !? C est trop te demander, d étre clair et de te mèttre ....au niveau du citoyen lamda?!