Entretien à l'occasion de ses 10 ans à la tête du conseil général :

Nassimah Dindar : "Je sais où je veux aller et comment"


Publié / Actualisé
Élue pour la première fois présidente du conseil général en avril 2004, Nassimah Dindar revient sur ses dix années passées à la tête du Département. Celle qui est aussi présidente de l'UDI 974 s'explique sur son action, se confie sur son parcours et son positionnement politique, mais donne aussi ses ambitions et sa vision pour La Réunion de demain. "Je sais où je veux aller et comment", assure celle pour qui n'exclut pas un quatrième mandat de présidente, jugeant que "l'avenir de La Réunion ne se fera pas sur des projets partisans".
Élue pour la première fois présidente du conseil général en avril 2004, Nassimah Dindar revient sur ses dix années passées à la tête du Département. Celle qui est aussi présidente de l'UDI 974 s'explique sur son action, se confie sur son parcours et son positionnement politique, mais donne aussi ses ambitions et sa vision pour La Réunion de demain. "Je sais où je veux aller et comment", assure celle pour qui n'exclut pas un quatrième mandat de présidente, jugeant que "l'avenir de La Réunion ne se fera pas sur des projets partisans".

Dix ans à la tête du conseil général : quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

" Il y a du chemin parcouru, pas à titre personnel, mais pour La Réunion et pour la collectivité. D’une assemblée de maires, le conseil général est devenu vraiment une collectivité au service des Réunionnais et identifiée par tous les Réunionnais, ce qui n’était pas trop le cas. Aujourd’hui, je pense que le conseil général, en 10 ans, a gagné en vraie identité, en légitimité et en proximité. "

Ressentez-vous une certaine fierté d’avoir atteint ce cap des 10 ans ?

" Il y a surtout une fierté de travailler pour son pays, c’est toujours valorisant et c’est ce qui nous permet de continuer. La vie politique, elle est violente, mais ce qui vous permet de rester débout et d’avancer, c’est que vous défendez vous-mêmes des convictions, et que vous défendez un territoire, une population. C’est ce qui motive. "

Imaginiez-vous ce parcours à l’orée de votre carrière politique ?

" Non, je n’avais pas de carrière construite, pensée. Je ne viens pas du sérail politique, avec derrière moi un parti qui me pousse ou me soutient. D’ailleurs on le voit dans mon parcours politique. Je ne suis pas une femme du sérail, je reste une militante convaincue et de base, une militante de ce que je crois être bon pour mon pays. "

"À l’école, j’étais déjà chef de classe"

Avez-vous toujours eu une envie profonde d’exercer des responsabilités politiques ?

" On ne peut pas faire de la politique sans que soi-même, on n’ait pas quelque chose de personnel qui vous donne envie d’aller vers quelque chose. Je pense que ça je l’ai toujours eu. La quête de ma propre liberté, peut-être parce que dans les familles musulmanes traditionnelles, les filles n’avaient pas le droit à la parole... C’est cette quête là qu’on continue à avoir, avec des va-et-vient, avec nos propres contradictions dans notre identité. Ça c’est le tempérament, ce qui vous motive au plus profond de vous. À l ‘école, j’étais déjà chef de classe, puis présidente d’une association d’étudiants, puis d’une association de femmes... Et demain, même quand je ne serai plus en politique, je sais que je continuerai à me passionner pour une cause, pour quelque chose, c’est comme ça. "

En dix ans à la tête du conseil général, avez-vous pu mener la politique que vous souhaitiez ?

" On a eu les moyens de donner une certaine ligne politique à ce que nous voulions faire. Un conseil général, il peut fonctionner seul, avec des compétences obligatoires, des agents qui connaissent leur travail, une administration, etc. Le rôle de l’élu, c’est de dire quelle est la ligne que je veux donner pour aider au mieux la population. La moitié vit au dessous du seuil de pauvreté et moi, je veux passer de la solidarité passive à la solidarité active. "

Qu’appelez-vous "solidarité passive" ?

" Les conseils généraux ont l’obligation de payer trois allocations individuelles de solidarité, trois allocations qui correspondent au modèle social français. Mais ce dont je me suis rendu compte, c’est qu’elles n’ont pas permis aux Réunionnais d’être plus heureux. Au contraire, on a créé les conditions de plus d’individualité, d’isolement, à la place de la solidarité intergénérationnelle et familiale qui existait à La Réunion. Par exemple, pour toucher un RSA, vous ne pouvez pas vivre chez votre maman et pour toucher l’API femmes seules, vous ne pouvez pas avoir un compagnon. Nous avons créé les conditions de l’isolement. "

Et la "solidarité active" ?

" Quels sont les moyens que nous pouvons mettre en place pour faire en sorte que les gens soient un peu plus heureux ? Il faut créer de la cohésion par rapport à ce qu’on donne de manière passive et qui peut se transformer en de la solidarité publique si j’arrive à imbriquer mes politiques publiques pour les personnes âgées, les personnes porteuses de handicap... Et avec ce social, sur 700 millions d’euros, nous avons aussi créé de l’emploi. Tout cela a le même but : transformer la solidarité passive en solidarité active, en imbriquant le social avec du développement, avec de l’insertion par l’économie. Et sur cette dernière mandature, j’y ajoute la jeunesse qui est devenue un public vulnérable. "

"L’Arast ça a été difficile, mais j’ai assumé"

Vous avez également dû traverser quelques crises, comme le dossier de l’Arast. Comment l’analysez-vous aujourd’hui ?

" L’Arast a été un dossier difficile. Il y a eu une prise de décision collégiale en commission permanente de ne plus subventionner à outrance, parce que c’était un trou financier. Une décision vécue douloureusement par les salariés, parce que pour la première fois, le tribunal prononce la liquidation sans reprise d’activité. Mais je m’interroge encore sur le pourquoi. Beaucoup de mes prédécesseurs ont été présidents sous des mandatures qui ont vu des associations être liquidées et qui faisaient les mêmes activités, pour le même public. C’est une décision prise collégialement, mais décision assumée seule par la présidente. Et quand on est présidente, on assume. "

Si c’était à refaire aujourd’hui, géreriez-vous le dossier de la même manière ?

" Si vous demandez aujourd’hui, en sachant que vous alliez vivre tout ça, est-ce que vous auriez donné les 10 millions d’euros ? Je vous dirais que non, je ne les aurais pas donnés. C’est de l’argent public et de toute façon on me l’aurait reproché. Au final, est-ce que nos missions auprès des personnes âgées ont été préservées ? Oui.  Aujourd’hui un peu plus de personnes âgées sont prises en charge, pour un montant moins important que ce que nous donnions à l’Arast. Je ne dis pas que ça a été facile, mais j’ai assumé. "

Vous avez gouverné avec une majorité de droite, puis une majorité alliant le centre et la gauche. Dans quelle mesure cela a-t-il influencé votre politique ?

" Sur les trois mandats, je n’ai pas changé de politique. Mon premier discours de politique général, mon cap, je l’ai poursuivi sur mon deuxième mandat et sur le troisième. "

"Je n’ai rien négocié"

Est-ce à dire que gauche et droite appliquent finalement la même politique ?

" Est-ce qu’il y a 10 000 manières de faire de la solidarité active à La Réunion pour des publics vulnérables ? Non. Un élu, il n’est qu’au service de sa population, de son territoire. Est-ce qu’il y a 10 000 façons de développer notre territoire ? Non. Au contraire, je pense que le futur de La Réunion ne peut que se construire sur une voie partagée par tous, avec les acteurs du monde économique, avec les petites et moyennes entreprises, avec les familles réunionnaises et avec l’Etat français, que le gouvernement soit de droite ou de gauche. "

Comment parvient-on à garder une cohérence avec une majorité hétéroclite comme la vôtre, où il y a eu certaines dissensions ?

" En dehors des périodes de campagne électorale, les élus ont tous été intelligents. On a respecté les engagements, la gouvernance. On pense que c’est difficile, mais depuis deux mandatures, on a fait une majorité ouverte sur une gouvernance partagée. "

Cela a tout de même soulevé pas mal d’interrogations de vous voir gouverner avec la gauche…

" Mais ça ne s’est pas fait derrière la cuisine. Ça s’est fait de manière ouverte, transparente et assumée. C’était tellement transparent que les gens se sont dits Nassimah Dindar a négocié quelque chose. Sur mon premier mandat avec Paul Vergès, on a dit que j’avais négocié les sénatoriales. Résultat, je n’ai pas été candidate aux sénatoriales. Pour la deuxième mandature, on a dit que j’avais négocié les européennes avec le PS. Mais au final, je n’ai rien négocié. On l’a fait de manière transparente, libre et claire. Et je suis persuadée que c’est la voie aujourd’hui des gouvernances à venir. "

"Les partis sont des pièges à cons"

Quelles traces a laissé cet épisode de 2008, où vous avez été lâchée par la droite ?

" Les choses se sont faites comme ça, c’est une question de circonstances. La droite m’aurait gardée… Mais on ne m’a jamais fourni d’explications jusqu’à aujourd’hui. Et je n’en cherche même plus. Ce qui m’aide à rester droite, c’est que je ne confonds pas la présidente du conseil général et ce qu’on peut dire d’elle avec moi, Nassimah Dindar en tant que personne. Si je n’avais pas la capacité de faire ça, je serais restée fâchée avec pas mal de monde… Quand on se fait traiter des tous les noms… J’ai appris à ne pas confondre, je ne m’identifie pas à la présidente du conseil général, c’est une fonction que j’occupe. Mais moi, je suis moi, avec mes qualités, mes défauts, mon tempérament… "

Cela a-t-il marqué un tournant dans votre manière de faire de la politique, en dehors des partis ?

" Je ne suis pas une femme de partis. Un parti pour moi ce n’est qu’un outil. Je ne suis pas du sérail et mentalement j’ai du mal avec ça. Les partis, ce sont des pièges à cons. Je préfère rouler pour le parti de La Réunion et  comme ça je peux aller parler sans problème avec un Paul Vergès, un Jean-Claude Fruteau, un Patrick Lebreton, un Michel Fontaine, un Jean-Paul Virapoullé ou une jeune élue comme Vanessa Miranville… Car ce sont des gens qui se situent plus dans des lignes de construction que dans des lignes partisanes. L’avenir de La Réunion ne se fera pas, et ne se fera plus sur des projets partisans. "

Mais cela n’entretient-il pas le flou sur votre positionnement politique ?

" Je le dis et je pense que ça va finir par rentrer et être accepté : je n’ai pas d’ennemis en politique, je peux travailler avec la droite comme avec la gauche, je ne m’en défends pas au contraire. Je ne renierai jamais les amitiés que j’ai, les hommes pour qui j’ai de l’admiration qu’ils s’appellent Jean-Claude Fruteau, Jean-Paul Virapoullé ou Paul Vergès. Je ne vais pas renier mon propre ressenti. C’est toute la différence entre moi et certains autres. Après, les gens ont besoin de batailles de camps, mais moi je crois qu’on construit quand il n’y a plus de guerres politiques. "

"Je ne suis pas rancunière, mais j’ai de la mémoire"

Pour les prochaines élections régionales, vous travaillez sur un projet centriste avec Thierry Robert et Jean-Paul Virapoullé. N’est-ce pas une déclaration de guerre au président sortant Didier Robert ?

" On est sur un projet. Après on verra s’il y aura une liste du centre, ou une seule liste sur un candidat qui fasse l’unanimité au centre droit. Pourquoi pas ? Personne n’en sait rien. Si il y a un candidat consensuel, on ne rêve que de ça. "

On vous imagine mal avec Thierry Robert d’un côté, et avec l’UMP derrière Didier Robert de l’autre…

" Moi je n’ai pas de problème avec qui que ce soit. C’est vrai que j’ai eu des relations plus compliquées avec Didier Robert qu’avec Paul Vergès, alors qu’on pouvait travailler sur plein de sujets en commun. Comme c’est un de ceux qui ont voulu ma tête en 2008, c’est peut-être plus gênant pour lui que pour moi… Je ne suis pas vindicative, ni rancunière, mais j’ai de la mémoire. La mémoire aide aussi à savoir ce qu’on peut construire ou pas avec des politiques. Il y a ceux avec lesquels on peut vraiment construire, auxquels on peut vraiment se fier. "

Du coup, comment appréhendez-vous ces élections régionales ?

" Pour le moment, personne ne sait quoi que ce soit. On ne sait pas qui va aller aux régionales, quelles seront les listes en présence, on ne sait pas quelles seront les investitures… Ce que je sais, c’est que le plus important, c’est de donner la ligne et la voie pour La Réunion de demain. Parce que l’année prochaine, si les élections se font - et je pense qu’elles se feront l’année prochaine -, elles vont inscrire le conseil général sur ses six dernières années et la Région sur un projet d’une réforme à venir. Avec les communautés d’agglomérations, le Département, la Région, l’Etat, on va engager de vrais bouleversements pour La Réunion. "

"Un quatrième mandat, pourquoi pas ?"

Avec la réforme territoriale envisagée par le gouvernement se reposera la question d’une assemblée unique à La Réunion. Y êtes-vous favorable ?

" Oui, mais est-ce que c’est une fusion, est-ce que c’est une disparition ? Aujourd’hui il y a trop d’impréparation. Il ne peut pas y avoir disparition des missions et disparition des agents du conseil général. Il y a à mettre en place les outils nécessaires pour faire face aux défis à relever. Nous on commence déjà à se mettre là-dedans. Quand on crée un syndicat mixte des transports pour toute la Réunion on est là-dedans. Si vous enlevez la clause de compétence générale, vous allez la donner à qui ? C’est maintenant qu’il faut commencer. "

Envisagez-vous un quatrième mandat à la tête du conseil général pour accompagner ces évolutions ?

" Pourquoi pas ? Aujourd’hui j’ai une certaine expérience et je pense avoir une vision. Je pense aussi savoir où je veux aller et comment. Un quatrième mandat ou pas de quatrième mandat ? Dans tous les cas je veux y être pour mettre à contribution toute cette réflexion, tout ce projet, toute cette énergie, tout le désir que j’ai. Ce dont je suis sûre, c’est que je me présenterai sur mon canton. Les six dernières années du conseil général, j’y serai, peu importe à quel titre. "

www.ipreunion.com

   

8 Commentaire(s)

GIROUETTE, Posté
MOI aussi, je sais où vous irez , mais avant, regardons la situation madame l'ARAST, on a pas oublié comment vous avez humilié des femmes de ménage,en les jetant dans les rues, en honorant les DIRECTEURS A COUP DE MILLIONS bon, pas que ça, bon !
La gauche socialo communiste est en perdition, tout le monde ne veut PLUS de hollande, il reste la droite, même avec une courte victoire la droite sera majoritaire, EH BIEN VOUS SEREZ AVEC LA DROITE , ce n'est pas un mystère.
Si c'était la gauche, vous trahirai vos amis de droite et vous SEREZ AVEC ANNETTE pas mystère aussi.

Et ne vient pas pleurer quand le FN sera le premier parti de la Réunion quand les réunionnais cette mascarade et on les prends pour des couillons.

ET VOUS FEREZ la même politique un copier collé de ce qui fait dans CG de métropole avec une spécificité ici dans une république , bananière oui, mais , une République quand même.


Arroser d'argent publique les communautés religieuses, mettre en valeur le communautarisme communautaire, des ethnies en finançant à gros bouillons d'argent publique leur fêtes nationales, leurs religions pour construire leur identité afin qu'ils se distinguent sous l'appellation HYPOCRITE DE NOTRE VIVRE ENSEMBLE pendant que nous réunionnais on nous dit na poin pou les vié ; .on serre la ceinture.

Et nous ! on regarde sans bouger sinon , on nous traite de raciste et d'être fermer sur nous même, comme ci les ethnies en glorifiant leur pays d'origine et honorant leurs dieux sont ouvert à MDR !

Alors ! ne vous étonnez pas que le FN SERA LE 1er PARTI DE LA REUNION
La redactrice, Posté
Bonjour,

L'avenir de la Reunion ne se fera pas sur des projets partisans ?
Mais Mme Dindar, vous incarner avec excellence une position partisane en butinant discretement dans chacunes des formations politiques reunionnaises !
Bravo, Posté
nravo mme
Assumer jusqu'au bout l'ARAST, Posté
Tout d'abord il est intéressant de noter que mme. la présidente confirme que c'est une décision politique qui a acté la destruction de 1200 emplois ; espérons que les magistrats de la Cour d'appel ont intégré cette affirmation.
Ensuite quand elle avance le chiffre de 10 millions d'euros nécessaires pour sauver cet outil, il faudrait des précisions : sur quelle période, pour quels motifs, s'il s'agissait des financements prévus au plan de reprise de l'ASJD et non versées à l'ARAST, cette dernière était légitime pour recevoir ce montant. S'il s'agissait des sommes nécessaires pour le bon fonctionnement des activités, pareil.
Apparemment, aucune autorité administrative, judiciaire et notamment la Chambre régionale des comptes n'ont estimées que cet outil était un gouffre financier. Même les audits commandés par mme. la présidente et payés avec nos impôts ne sont pas allés dans ce sens.
Donc, décision collégiale ou personnelle, aujourd'hui il faudra ASSUMER. Bien sûr vous dites avoir provisionné les sommes nécessaires, mais les dommages et intérêts causés à ces personnes, et leur éventuelle réintégration dans vos services, y avez-vous pensé?
Citoyens lambda, Posté
Wouaw! elle a fait trimer ses employés qui ont bien abusé du Photoshop! Elle se prend pour une superstar de Bollywood, ou koué?! En tous cas, ceux qui l'ont vu en vrai savent bien qu'elle n'est pas bien jolie... mais alors très très culottée ;-)
Henri, depuis son mobile, Posté
Entre dindar nassimah et Didier Robert je prefere la premiere elle ne se gave pas trop par rapport a l'autre il suffit de lire le point de cette semaine
JORI, Posté
Je retourne ma veste toujours du bon côté!!!

Le caméléon peï a parlé, notre politicienne qui a le plus changé de couleur, qui a renié sa famille politique et qui ose dire qu'elle est de droite, MAIS QUEL DELIRE!!!

Comment ose -t-elle qu'elle est toujours de droite alors qu'elle gouverne depuis 6 une assemblée de gauchiste et qu'elle s'associe au Ti Roquet de St-Leu le communiste LPA = PCR = Paul Verges!

Nous ne voulons pas d'une personne manipulable à la Région!
Regard, depuis son mobile, Posté
Belle femme ,belle photo