La ministre des Outre-mer répond à Imaz Press sur le buget 2020 :

Annick Girardin : "il y a deux mondes : celui de la contemplation et du commentaire, et celui de l'action et des vérités"


Publié / Actualisé
Annick Girardin a répondu aux questions d'Imaz Press sur le budget outre-mer 2020, voté le 6 novembre 2019 à l'Assemblée Nationale, sur les réactions - parfois acides -, qu'il a suscité et plus largement sur la situation socio-économique de l'île. Dans le langage direct qui est le sien, la ministre des Outre-mer affirme avoir présenté "un budget stable de 2,6 milliards d'euros d'engagement", souligne que la baisse de 100 millions d'euros relevée par des élus locaux "ne correspond qu'aux crédits de paiement" et "si ces crédits baissent, c'est qu'on a moins de factures, que les projets s'engagent moins bien ou ne se font pas". Concernant les mesures décidées par l'Etat fin 2018 pour répondre aux attentes de La Réunion secouée par la crise des Gilets jaunes, la ministre remarque : "c'est sûr, nous n'avons pas eu de relai politique à La Réunion, je n'ai entendu que des critiques stériles et pourtant si peu de propositions". A ceux qui "ne cessent de répéter que l'outre-mer n'est pas une priorité du gouvernement", elle dit "qu'ils se trompent" et qu'ils feraient mieux de dénoncer des propos qui portent les germes de la division, et même au-delà", allusion aux propos de certains parlementaires l'accusant de "ne pas être née en Outre-mer". Et pour être tout-à-fait claire dans ses propos Annick Girardin relève : "il y a deux mondes : celui de la contemplation et du commentaire, et celui de l'action et des vérités". Entretien.
Annick Girardin a répondu aux questions d'Imaz Press sur le budget outre-mer 2020, voté le 6 novembre 2019 à l'Assemblée Nationale, sur les réactions - parfois acides -, qu'il a suscité et plus largement sur la situation socio-économique de l'île. Dans le langage direct qui est le sien, la ministre des Outre-mer affirme avoir présenté "un budget stable de 2,6 milliards d'euros d'engagement", souligne que la baisse de 100 millions d'euros relevée par des élus locaux "ne correspond qu'aux crédits de paiement" et "si ces crédits baissent, c'est qu'on a moins de factures, que les projets s'engagent moins bien ou ne se font pas". Concernant les mesures décidées par l'Etat fin 2018 pour répondre aux attentes de La Réunion secouée par la crise des Gilets jaunes, la ministre remarque : "c'est sûr, nous n'avons pas eu de relai politique à La Réunion, je n'ai entendu que des critiques stériles et pourtant si peu de propositions". A ceux qui "ne cessent de répéter que l'outre-mer n'est pas une priorité du gouvernement", elle dit "qu'ils se trompent" et qu'ils feraient mieux de dénoncer des propos qui portent les germes de la division, et même au-delà", allusion aux propos de certains parlementaires l'accusant de "ne pas être née en Outre-mer". Et pour être tout-à-fait claire dans ses propos Annick Girardin relève : "il y a deux mondes : celui de la contemplation et du commentaire, et celui de l'action et des vérités". Entretien.

Imaz Press : Madame la Ministre, pouvez-vous présenter les grandes lignes du budget outre-mer 2020, voté le 6 novembre dernier à l’Assemblée Nationale ?

Annick Girardin :  J’ai reçu le 8 juillet dernier au ministère les élus de l’ensemble des territoires pour signer avec eux la charte "Trajectoire outre-mer 5.0 " et les 2,2 milliards d’euros d’engagement des Contrats de Convergence et de Transformation. J’étais aux côtés de 7 ministres et du Premier ministre pour entendre le président de la République s’adresser aux ultramarins. Il a été très clair : il n’y aura pas d’économie sur les outre-mer. Et sa parole est tenue :  je présente cette année un budget stable de 2,6 milliards d’euros d’engagement.

Je rappelle les choses, les ministères techniques appliquent leur politique sur tous les territoires de la République, y compris en outre-mer où ils l’adaptent autant que de besoin, c’est de leur ressort et c’est ce que j’appelle le réflexe outre-mer. Au total, en 2020, l’État consacrera 22,7 milliards d’euros en budget et 5 milliards d’euros en réductions fiscales. Mon ministère porte des actions spécifiques d’adaptation des politiques publiques, c’est ce qui constitue le budget du ministère.

Pour le logement par exemple, qui est l’une de nos priorités en 2020, 215 millions d’euros du budget de l’outre-mer y sont exclusivement consacrés mais cela ne représente qu’une partie de l’action de l’État sur ce sujet. Il faut en effet ajouter 24 millions d’euros à ce financement en incluant le dispositif de soutien à l’accession sociale, l’extension du crédit d’impôt pour les opérations de réhabilitation et pour les opérations de démolition-reconstruction du parc social dans les quartiers politiques de la ville ou encore le plan d’investissement volontaire porté par Action logement et doté de 1,5 milliard d’euros. Mais ces chiffres n’ont de sens que si nous répondons aux problématiques du quotidien des ultramarins ! 

C’est pour cela que le fonds exceptionnel d’investissement a été intégralement préservé. Ce sont 110 millions d’euros au service des projets du quotidien, par exemple : l’ouverture de 200 logements étudiants à Saint-Pierre et 100 au Tampon en août 2019, la création de cinq centres sociaux en 2019, l’ouverture de plus de 700 places en crèche entre 2018 et 2019 ou encore le financement de 12 000 parcours emploi compétences.

- "Mon intérêt c’est de faire gagner les outre-mer" -

Nous devons aussi renforcer les capacités d’action des territoires. En outre-mer comme ailleurs, la mission de l’État est d’accompagner les collectivités. Le budget 2020 traduit notre engagement avec 17 millions d’euros en plus pour les communes d’outre-mer. Mais pour certaines collectivités, le mal est plus profond, la structure même de leurs finances pose problème. J’ai demandé, en lien avec le Premier ministre, qu’une mission parlementaire sur les finances locales soit lancée pour déterminer des modalités renforcées d’appui aux collectivités en difficulté financière. Cette dernière doit rendre ses conclusions avant la fin de l’année.

Dernier volet, l’accompagnement économique. J’ai porté une réforme des aides économiques l’année dernière. Je suis fière de la méthode de travail et du résultat. L’enjeu était énorme, il s’agissait de refondre un "paquet" de 2,5 milliards d’euros d’aides annuelles dans des dispositifs plus simples, plus lisibles et plus performants.

Evidemment, une réforme de cette ampleur, inédite sans véhicule législatif dédié, demande des ajustements. Nous avons réussi, avec des socioprofessionnels responsables, à aboutir à un projet qui rend nos territoires d’outre-mer plus attractifs pour les investissements de toute la France ! J’avais promis une clause de revoyure, et je le dis : promesse tenue ! Nous avons acté un soutien de 38 millions d’euros supplémentaires pour permettre d’exonérer complètement de charges sociales 80% des salariés de certains secteurs ! C’est inédit ! Je m’arrête sur la construction de cette réforme, car c’est un marqueur de notre méthode : j’ai toujours privilégié la concertation avec les socioprofessionnels. Mis à part certains, très minoritaires, qui en ont fait un axe de combat politique, je peux dire que nous avons co-construit les résultats de cette réforme et gagné des arbitrages que jamais la ministre des outre-mer que je suis n’aurait pu gagner seule.

Mon intérêt c’est de faire gagner les outre-mer, et je suis prête à travailler avec tous ceux qui partagent cet objectif.

Je vous donne un dernier exemple, lors de ma venue en septembre dernier, nous avons travaillé avec le président du Conseil départemental sur un sujet qui, je dois l’avouer, n’apparaissait pas sur mes écrans : la résorption des radiers ! Pourquoi ai-je décidé de faire participer mon ministère à ce projet ? Et bien parce qu’il est au coeur de la préoccupation des Réunionnais : il y a près de 160 radiers à La Réunion, à chaque pluie, cela coupe l’île en deux, et au-delà du risque important, cela exclut des milliers de Réunionnais des Hauts. Nous avons donc travaillé en bonne intelligence avec le Conseil départemental pour lancer au plus vite les chantiers. Ce n’est pas une histoire de couleur politique ou je ne sais quoi d’autre, c’est se mettre ensemble dans l’intérêt des Réunionnais. C’est ce qui compte pour moi !

- "Nous devons nous mettre en mode projet" -

Imaz Press : Le budget de la mission outre-mer accuse une baisse de près de 100 millions d’euros par rapport à 2019, provoquant de vives protestations chez les députés ultramarins. Comment expliquez-vous une telle diminution alors que ces territoires enregistrent des retards structurels chroniques, notamment en matière d’emploi et de logement ? Cette diminution est-elle une réponse crédible à cette situation ?

Annick Girardin : La comptabilité publique se fait en deux temps : les autorisations d’engagement, qui permettent d’engager des actions politiques, et les crédits de paiement, qui permettent de financer ces engagements.

Nous avons intégralement maintenu les autorisations d’engagement au niveau historique de 2,6 milliards d’euros. Nous avons exactement la même capacité d’action en 2020 qu’en 2019.

La baisse de 100 millions d’euros ne correspond qu’aux crédits de paiement, qui permettent de régler les dépenses engagées, sur la base des remontées de factures. Si ces crédits baissent, c’est qu’on a moins de factures, que les projets s’engagent moins bien ou ne se font pas. Il faut en comprendre les raisons car c’est doublement inacceptable : d’un part, cela discrédite les efforts engagés pour obtenir des autorisations d’engagement, et d’autre part, cela veut dire que des projets promis ne se réalisent pas. Il y a plusieurs raisons à cela : des difficultés à rassembler des cofinancements auprès des collectivités, des projets insuffisamment bouclés, des financements européens qui tardent, des administrations qui se comportent souvent comme des censeurs et pas assez comme des accompagnateurs.

Je le dis depuis que je suis à ce poste : nous devons nous mettre en mode projet, cela devient urgent !

- "Distordre complétement la réalité" -

Imaz Press : La députée Ericka Bareigts évoque de son côté une diminution de 170 millions d’euros sur "tous les pans de la solidarité nationale", et notamment au détriment du monde associatif. Que lui répondez-vous ?

Annick Girardin : Nous reprenons le Revenu de Solidarité Active à notre charge, la dépense de 137 millions d’euros n’apparaît plus dans ce qui est fléché pour La Réunion mais dans la ligne nationale du RSA. Faire croire que l’on méconnaît cela, c’est être de mauvaise foi. Mais au-delà de cette tentative de polémique, la recentralisation du RSA, ce sont de vraies marges de manoeuvre supplémentaires pour le Conseil départemental l’année prochaine et les années suivantes permettant à la collectivité d’exprimer plus franchement ses compétences sur l’agriculture, le social, l’insertion ou les solidarités avec le troisième âge par exemple.

Cette baisse s’explique aussi par l’absence de territorialisation des crédits relatifs à la conduite et au pilotage des politiques de l’agriculture (-9,3 millions d’euros) et des crédits de la gendarmerie (-93,9 millions d’euros) à la différence de 2019. Sur ces deux postes, ce n’est pas parce que les crédits ne sont pas comptabilisés au niveau de chaque territoire qu’ils ont pour autant disparu de ces territoires. Ces crédits sont bien toujours utilisés au bénéfice de La Réunion.

Vous noterez que le budget dédié à l’enseignement scolaire augmente de 2% entre 2019 et 2020 (+34,6 millions d’euros), ainsi que celui lié au service public de l’énergie (+63,2 millions d’euros, soit +17,7% de 2019 à 2020).

Au total, " parler d’une diminution de 170 millions d’euros sur tous les pans de la solidarité nationale, notamment au détriment du monde associatif ", c’est distordre complétement la réalité.

Sur le soutien au monde associatif, je rappelle que l’aide du ministère des outre-mer a considérablement augmenté. En 2018, le soutien aux associations portait sur 2,5 millions d'euros. En 2019, ce montant s’élève à près de 3,8 millions d'euros, notamment dans le cadre de la Trajectoire outre-mer 5.0, pour répondre aux besoins exprimés par les acteurs associatifs. 

J'ajoute que nous avons lancé, via le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, un appel à projets pour les associations de La Réunion pour 1,5 million d’euros. L'objectif est de faciliter l’insertion sociale et professionnelle des jeunes et d’aider à la structuration des associations pour les jeunes et par les jeunes. Sept associations ont répondu, nous sélectionnerons les lauréats la semaine prochaine.

- "Il serait trop facile de nommer des boucs émissaires et de se dédouaner" -

Imaz Press : La baisse des crédits de paiement s’explique notamment par des "crédits non consommés" pour 66 millions d’euros, avez-vous expliqué, en mettant notamment en avant un manque d’ingénierie locale pour porter les projets. Vous vous dites également "persuadée qu’on ne sera pas capable en 2020 de consommer la totalité des crédits" d’engagement.  On ne peut pas dire que vous n’avez pas un langage franc et direct. Mais qu’est ce qui est vraiment visé ? Un défaut de compétences locales ou un manque de volonté politique des élus ?

Annick Girardin : Ni l’un ni l’autre. Il serait trop facile de nommer des boucs émissaires et de se dédouaner. Il faut reconnaître que les projets ne sont pas immédiatement opérationnels : il manque une autorisation, le permis de construire, ou autre... On privilégie trop souvent l’annonce à la réalité.

Il faut revenir aux fondamentaux, revenir au mode projet, je ne cesse de le demander. Et il faut être honnête : oui, certaines collectivités ne sont pas suffisamment outillées pour porter certains projets. Mais nous devons regarder les choses calmement, nulle part ailleurs sur le territoire national, il n'est demandé à une collectivité de 10 000 habitants de construire deux écoles en 2 ans ! Nous devons tous nous y mettre !

Régler ces urgences, ce sont nos défis, ceux de nos territoires, et face à cela, il existe deux attitudes : pointer du doigt soit l’Etat, soit les collectivités, ce qui ne fera rien bouger, bien au contraire, ou essayer de comprendre les blocages et les lever. Je suis dans cette attitude constructive !

C’est pour cela que j'ai demandé à ce qu'une mission du Contrôle général économique et financier soit lancée le plus rapidement possible afin d'avoir une vision très précise des raisons pour lesquelles certains projets, alors que l'argent est disponible, tardent à sortir. C’est également pour cela que j’ai porté à 7 millions d’euros par an le budget d’intervention en ingénierie de l’Agence Française de Développement et que je compte porter ce budget à 15 millions d’euros en 2020.

Je le répète, il y a deux mondes : celui de la contemplation et du commentaire, et celui de l’action et des vérités…

Imaz Press : Parmi les projets mis au placard, celui du Quadrilatère Océan défendu par le maire de Saint-Denis Gilbert Annette qui fut un des soutiens de la première heure du candidat Emmanuel Macron en 2017. Ne paie-t-il pas son ambiguïté politique et son manque d’implication en faveur de La République en Marche sur l’île ?

Pas du tout ! Je pense que les Réunionnais et les Français sont lassés de ce genre de politique. Qui peut croire qu'un projet de logement, d'école, de lycée, ou d'autres infrastructures essentielles (eau, déchet, transport, santé) puisse encore, en 2019, être lié à des accointances politiciennes. La classe politique qui construira les territoires de demain ne peut plus, ne doit plus fonctionner comme cela. A l’heure de l’information totale, ce n’est plus envisageable !

Pour revenir au quadrilatère océan, il faut être précis, les Dionysiens l’exigent. L'opération n'avance pas pour des raisons qu’il ne m’appartient pas de commenter. Sur ce projet comme sur d’autres, l’État est seulement cofinanceur et non maître d'ouvrage. Je constate que le budget qui devait être consommé en 2018 et 2019 ne l’a pas été. Cela ne présage pas du futur de l’aménagement de cette zone, mais l'opération telle que nous la connaissons ne se fera pas.

- "C’est sûr, nous n’avons pas eu de relai politique à La Réunion, je n’ai entendu que des critiques stériles et pourtant si peu de propositions..." -

Imaz Press : Toutes ces annonces interviennent quasiment un an après le début du mouvement des gilets jaunes qui avait fortement paralysé l’île de La Réunion durant plusieurs semaines. C’est un signal très négatif que vous semblez envoyer là…

Annick Girardin : L’heure n’est plus à la division des Réunionnais. Nous devons au contraire poursuivre nos travaux, continuer à rassembler autour de ce qui fait une société. Je suis lucide sur tout cela, et je vais vous étonner, je n’ai pas découvert les revendications des Réunionnais lors de la crise en arrivant à Gillot. Je connais un peu cette île même s’il me reste beaucoup à découvrir, et je sais que ce territoire est l’un des plus inégalitaires de France, j’ai eu l’occasion de le dire bien avant la crise. Mais j’ai aussi attendu des propositions réalistes pour construire un chemin visant à réconcilier les Réunionnais.

J’ai fait mes propositions et mes promesses sont tenues : le BQP (Bouclier qualité prix – ndlr) a baissé de 10%, l’allocation adulte handicapé a été revalorisée, le minimum vieillesse également, la prime d’activité a été versée et ce sont près de 16 millions d’euros de pouvoir d’achat supplémentaires pour les travailleurs modestes, la taxe d’habitation ce sont 64 millions d’euros rendus aux Réunionnais, soit en moyenne 434 euros de pouvoir d'achat supplémentaires par foyer. Les mesures économiques ont été prises, et mieux, 50 citoyens tirés au sort ont été associés aux travaux de l'Observatoire des prix, des marges et des revenus. Savez-vous qu’il y a eu plus de 1700 candidatures pour ces 50 places ?

Je suis également très fière du dédoublement des classes de CP et CE1 ce qui permet de lutter enfin contre le fléau de l’illettrisme, j’en suis fière car avec Jean-Michel Blanquer, nous menons le combat de l’intégration et de la dignité.

On me dit que certaines mesures sont nationales et pas spécifiques à La Réunion. C’est vrai, mais sont-elles mauvaises ? J’appartiens à ce gouvernement, je suis solidaire de ses choix, de ses initiatives et de ses succès. C’est sûr, nous n’avons pas eu de relai politique à La Réunion, je n’ai entendu que des critiques stériles et pourtant si peu de propositions...

Tout n’est pas si sombre, des liens se sont créés depuis un an ! C’est comme cela que mes propositions reprises dans le plan PETREL ont été annoncées par le président de la République. Je le répète, ce sont 700 millions d’euros investis dans le territoire pour gagner enfin la bataille de l’emploi ! Il sera par exemple possible à La Réunion de cumuler le RSA et un revenu d’activité, nous posons là un vrai contrat d’intégration par la dignité et l’emploi. C’est une des demandes fortes des Réunionnais en colère qui avaient décidé de porter un gilet jaune, et avec les élus du Conseil départemental nous y avons répondu !

- "Ils feraient mieux de dénoncer des propos qui portent les germes de la division, et même au-delà…" -

Imaz Press : Ne pensez-vous pas que vous prêtez ainsi le flanc à certains élus, tels que Didier Robert, qui vous accuse de ne pas tenir vos promesses ou encore Nadia Ramassamy qui a déclaré lors des débats sur le budget : "il faut arrêter de reporter à demain, à quoi ça sert d’être ministre des outre-mer si vous ne vous mettez pas à la place des ultramarins ?", en vous accusant "de ne pas être née en outre-mer" ?

Annick Girardin : Honnêtement, j'ai été assez surprise de ces prises de position. Dois-je vraiment faire un commentaire sur mon lieu de naissance ? Je ne pense pas que cela soit la préoccupation des Réunionnais. Sinon quoi ?  Que me demandera-t-on demain pour avoir le droit de parler au nom de ces territoires ? Cela ne sert pas l’outre-mer et je voudrais dire à ceux qui ne cessent de répéter que l’outre-mer n’est pas une priorité du gouvernement qu’ils se trompent et qu’ils feraient mieux de dénoncer des propos qui portent les germes de la division, et même au-delà…

Pour revenir au débat budgétaire, tous les ans depuis la loi organique relative aux lois de finances de 2001, le rythme des discussions est le même, et comme toujours le budget se vote à l’automne ! Je travaille avec tous les élus qui souhaitent porter des modifications constructives. J’ai convié tous les parlementaires à venir me présenter leurs propositions avant le vote de ce budget, j’ai été reçue par la délégation de l’Assemblée nationale, je suis ouverte au dialogue et ça vous le savez. Mais franchement, des amendements déposés 72 heures avant le débat, modifiant la répartition des crédits, sans avoir été discutés auparavant, ne peuvent pas prospérer car cela voudrait dire que mes choix politiques n’auraient aucun fondement, et je vous assure que ce n’est pas le cas.

- "Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de match avec d'un côté l'Etat et de l'autre les territoires" -

Imaz Press : Le président de Région vous reproche notamment une absence de réponses concernant les questions relatives à la continuité territoriale, à la vie chère liée à celle de l’octroi de mer, des sujets sur lesquels le Président de la République Emmanuel Macron n’a pas donné de réponses précises lors de sa récente visite à La Réunion. L’Etat prendra-t-il des décisions fortes en 2020 sur certains de ces sujets ?

Annick Girardin : La Région Réunion a décidé de mener une politique spécifique en matière de continuité territoriale et d’y consacrer des moyens budgétaires importants. C'est un choix autonome qui est presque un marqueur de la politique de la majorité en place et je n’ai pas à le juger. Du côté de l'État, nous avons un dispositif dont les seuils et les modalités de mise en oeuvre s’appliquent pour l’ensemble des territoires. J’assume cette politique car elle est pragmatique.

La construction budgétaire, ce sont des choix. J'ai fait le choix par exemple de préserver le financement du logement social, de doubler le budget alloué aux associations ou d'augmenter le budget du Service militaire adapté afin d’augmenter le nombre de jeunes accompagnés, plutôt que de renforcer le dispositif de continuité régionale. J’assume ces choix. Ils me semblent en phase avec les attentes de nos concitoyens.

Sur la vie chère, certains pensent que l'encadrement des prix est une solution, mais il faut être concret : qui fixerait les prix et comment ? Un prix, c'est un terrain d'entente entre acheteur et offreur, il ne s'agit pas de décréter une vérité. Si vous le fixez trop haut vous créez une rente, si vous le fixez trop bas, personne ne viendra et vous aurez une pénurie. Et les Réunionnais comprennent parfaitement cela.

Lorsqu'ils nous demandent d'agir sur la vie chère, ils attendent de nous que nous soyons des régulateurs, pas des magiciens. C'est ce que fait l'Autorité de la concurrence, elle régule les marchés. Des amendes ont été prononcées récemment dans le secteur des produits de beauté, je me souviens que sur le barrage du Port j’avais été interpellée sur ce sujet précis. Ce que je veux dire c’est que le cadre existe, il a été renforcé par la loi de régulation économique de 2012, dite Loi Lurel, et précisé par la Loi égalité réelle de 2017, mais il faut l’appliquer et cela prend du temps.

J'ai nommé un délégué interministériel à la concurrence outre-mer, il a conduit des travaux sérieux repris dans le plan préfectoral présenté à l'Observatoire des prix, des marges et des revenus en septembre dernier. Je le redis, les choses avancent.

Sur l'octroi de mer, il faut d'abord bien comprendre que cet outil a deux objectifs : permettre l'émergence de la production locale et financer de manière dynamique les collectivités locales. Il faut avoir en tête que le taux de TVA est réduit en outre-mer, bien au-delà de l'impact de l'octroi de mer.

Je tiens à rappeler quelques chiffres : la réduction de la TVA pour les outre-mer représente 1,7 milliard d'euros, la collecte de l'octroi de mer représente 1,2 milliard d'euros. Donc la contribution de l’Etat pour le pouvoir d’achat des Réunionnais s’élève à 500 millions d‘euros par an. Ce n’est évidemment pas de mon fait, c’est la construction de la fiscalité outre-mer qui est ainsi, depuis des décennies. Et ma conviction, c’est que je ne pourrai pas être seule à défendre les vertus de l’octroi de mer, et il y en a, notamment pour la production locale. J’attends donc des élus, des socioprofessionnels et de la société civile qu’ils se mobilisent et qu’ils produisent une réflexion qu’ils assument ensuite. C’est cela la responsabilité publique.

Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de match avec d'un côté l'Etat et de l'autre les territoires. Ceux qui font croire cela ont des buts que je ne partage pas. Le président de la République l'a redit lors de l’évènement Choose La Réunion, ce territoire a un rôle essentiel à jouer dans notre histoire collective. C’est également ma conviction. Mais ce rôle ne pourra s'assumer pleinement que lorsque nous aurons gommé les inégalités du territoire.

- "Une période électorale s'ouvre et entraîne avec elle des méthodes qui ne sont pas les miennes" -

Imaz Press : Comment vivez-vous toutes ces attaques alors même que vous êtes allée au-devant des gilets jeunes, quasiment seule, sans aucun élu, que vous avez discuté des heures avec eux, et que vous avez défendu la communauté politique qui vous prend à partie aujourd’hui ?

Annick Girardin :  Je crois que personne n'est dupe. Une période électorale s'ouvre et entraîne avec elle des méthodes qui ne sont pas les miennes. Pour ma part, je ne renie pas ce que j'ai dit il y a un an : rien ne sera plus comme avant et nous devons replacer les citoyens au coeur de nos politiques publiques.

Pour revenir à l'épisode de l'année dernière, je n'ai pas défendu une "communauté politique" car je ne sais pas ce que c'est. J'ai défendu notre modèle de société : la démocratie représentative. Les élus sont indispensables aux territoires, je suis une élue, je sais à quel point il faut du courage et de l'abnégation pour présenter sa candidature au vote des citoyens.

Ce que je souhaite profondément, c'est que l'on passe d'une logique de revendication, exprimée notamment par la crise de l'année dernière, à une dynamique d'engagement. Le territoire et ses décideurs doivent tolérer le pluralisme et l'engagement, il ne faut pas le craindre. La contradiction peut être constructive, il faut accepter que des voix émergent ! Je crois que toutes ces énergies doivent se remettre ensemble pour faire gagner La Réunion. J'ai un message aux Réunionnais : engagez-vous dans le secteur associatif, dans les mouvements citoyens et dans la politique pour ensemble, faire changer et rendre notre monde meilleur !

www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Au webmaster, Posté
LAAAAA ministre DEEEES outre-mer : deux fautes pour seulement 4 mots. Ministre est un mot masculin et outre-mer un mot singulier. (Bonjour, "ministre" est un mot aussi bien masculin que féminin. Et "ministre des Outre-mer" est littéralement le nom de la fonction. Mais merci de votre intervention parfaitement inutile, bonne journée - webmaster)
Hinrich Koffee, Posté
Le Président MACRON en venant à La Réunion a présenté un plan quasi industriel, comme si l'île était dans une situation de pays en voie de développement, avec salaires bon marché et équipements au rabais !Et comme si une économie industrielle se décrétait!! Ce n'est pas le bon diagnostic : La Réunion est dans une phase de transition, quelque part entre une économie post coloniale et une économie développée. Mais qui doit passer avant par un "plan pauvreté", car sur un territoire où 42% de la population vit sous le seuil de pauvreté, c'est la moindre des choses - le "93" qui en compte 24% bénéficie d'un plan d'urgence. Il n'y a pas de réponse sur la continuité territoriale (et les corses?) par exemple. C'est là que nous pouvons reprendre le "nom lé pa plis, nous lé pas moin, respekt anou"!!
Anne, Posté
Elle n'a pas tort...