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Une famille syrienne de Raqa se reconstruit dans les Cévennes


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Après avoir fui Raqa, principale place forte de l'organisation Etat islamique (EI) en Syrie, la famille Al Fakhry tente de se construire un avenir dans un petit village des Cévennes (Gard), loin de la guerre qui anéantit leur pays.
Après avoir fui Raqa, principale place forte de l'organisation Etat islamique (EI) en Syrie, la famille Al Fakhry tente de se construire un avenir dans un petit village des Cévennes (Gard), loin de la guerre qui anéantit leur pays.

"Nous avons été accueillis avec chaleur ici et avons trouvé un lieu où nous pouvons enfin nous reposer des épreuves que nous avons traversées", explique Asaad qui était libraire à Raqa (nord).
"Notre pays n'existe plus, tout a été détruit", poursuit cet homme de 63 ans qui a perdu la maison familiale, occupée par des membres de l'EI, et sa librairie, détruite. "Nous savons que nous devons construire notre avenir en France".
A Quissac (35 km au nord-ouest de Nîmes), un collectif non religieux d'une quinzaine de personnes s'est mobilisé pour accueillir cette famille depuis le 30 septembre: Asaad, son épouse Shiar, 50 ans, leurs fils Haitham, 23 ans et leurs deux filles Reham, 21 ans, et Rym, 20 ans.
Le presbytère de la commune, une belle maison ancienne à l'entrée de la rue commerçante, a été mis à leur disposition.
"Nous avons décidé d'accueillir une famille syrienne après la diffusion de la photo du petit Aylan", un enfant de migrants retrouvé mort sur une plage turque en septembre 2015 et avons aussi répondu à l'appel du gouvernement français", explique l'un des membres du collectif, le pasteur Caroline Cousinié, de l'Eglise protestante unie.
Les mois passent. La famille syrienne qui devait venir via la Fédération d'entraide protestante, reste finalement à Paris. "Au bout d'un an, on nous a demandé d'accueillir dans les quarante-huit heures les Al Fakhry", raconte Mme Cousinié. Contrairement à certains collectifs qui n'ont souhaité accompagner que des chrétiens, à Quissac c'est une famille musulmane qui a été accueillie à bras ouverts.
"Nous perpétuons la tradition d'accueil des Cévennes" qui ont été un refuge pour des protestants pendant les guerres de religion, des républicains espagnols ou encore des juifs pendant la Seconde guerre mondiale, souligne le pasteur.
-L'exil a écartelé la famille-
En attendant que la procédure de demande d'asile soit actée, le collectif subvient aux besoins des Al Fakhry et les accompagne dans leurs démarches.
Parents et enfants apprennent le français. Seul Haitham parle un peu anglais et sert de traducteur à toute la famille. La barrière de la langue est une réalité quotidienne. "On compense avec les yeux", assure Mme Cousinié, tandis que le couple Al Fakhry multiplie sourires et gestes chaleureux.
Passer de la grande cité de 250.000 habitants au bord de l'Euphrate à la commune cévenole de 3.300 habitants où coule le Vidourle n'est pas aisé, en particulier pour les jeunes.
"C'est petit ici, je n'ai pas beaucoup de contacts avec des jeunes", avoue Haitham, qui rêve de reprendre ses études de mathématiques et d'économie à Montpellier.
Reham, elle, voudrait entrer aux Beaux-Arts à Montpellier. En attendant, elle exprime l'horreur de la guerre à travers ses dessins tel ce "Guernica en Syrie", en allusion au tableau de Picasso sur la guerre civile espagnole.
Rym, la petite dernière, voudrait aller au lycée. Mais aucun des trois ne devrait pouvoir reprendre ses études avant septembre prochain. "On a déjà perdu beaucoup de temps", soupire Haitham.
Les Al Fakhy ont fui Raqa fin 2013, peu avant que la cité millénaire qui connut son apogée sous le califat des Abbassides ne tombe aux mains de l'Etat islamique (EI) après de féroces combats.
Réfugiés pendant deux ans à Orfa en Turquie, ils furent rattrapés par des menaces de mort.
L'exil a aussi écartelé la famille: quatre des filles et sept petits-enfants du couple Al Fakry vivent en Turquie, au Liban et en Arabie Saoudite. "Nous ne savons pas quand nous pourrons les revoir", murmure Haitham.
Le collectif est prêt à les accompagner sur le long terme pour adoucir leur exil. Pour les remercier, Shiar mitonne souvent des plats syriens, dont les parfums délicats font ressurgir le souvenir de sa terre natale.

Par Fran BLANDY - © 2016 AFP
   

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