Etats-Unis :

Harvey: l'ampleur des dévastations émerge


Publié / Actualisé
Les opérations de secours dans les régions inondées du sud des Etats-Unis redoublaient d'intensité jeudi, les accalmies dans les précipitations permettant d'accélérer les hélitreuillages des victimes tout en révélant l'étendue des sinistres.
Les opérations de secours dans les régions inondées du sud des Etats-Unis redoublaient d'intensité jeudi, les accalmies dans les précipitations permettant d'accélérer les hélitreuillages des victimes tout en révélant l'étendue des sinistres.

Au sixième jour de la catastrophe, les sauveteurs étaient confrontés à de nouveaux défis, comme l'évacuation dans l'urgence d'un hôpital privé d'eau courante ou des incendies de produits chimiques aux fumées potentiellement dangereuses. L'hôpital en question se trouve dans le sud-est du Texas, dans la ville de Beaumont dont le réseau de distribution d'eau a été mis hors service sous les coups des bourrasques de la tempête Harvey.

Il était le théâtre jeudi d'un ballet d'hélicoptères pour prendre en charge les plus fragiles des quelque 200 patients de l'établissement, les autres étant évacués par voie terrestre. Dans toutes les zones inondées du Texas et de la Louisiane, les pompiers et les policiers procédaient en parallèle à un harassant travail de porte-à-porte à la recherche de personnes coincées par les eaux.

Certains sinistrés ont dû attendre pendant des jours sans courant électrique ni vivres, parfois longtemps juchés sur leur toit, avant de voir un canot de secouristes venir les chercher. Ces derniers craignaient que la décrue ne révèle davantage de morts, au nombre d'une quarantaine selon les derniers bilans provisoires. Mercredi a été annoncé le décès de six membres d'une même famille, noyés dans leur minivan.

Au fléau des inondations s'est ajouté la peur d'une pollution chimique, après un incendie accidentel dans une usine texane qui libérait un panache de fumée irritante mais pour l'instant sans concentration toxique.

- Produits très inflammables -

Ces produits instables et très inflammables se consumaient dans un site industriel opéré par le groupe français Arkema, autour duquel a été mis en place d'un périmètre d'évacuation de trois kilomètres. Les services de secours ont d'abord signalé deux explosions nocturnes et des fumées noires dans cette usine située près du bourg de Crosby, au nord-est de la métropole de Houston.

"Ce panache est extrêmement dangereux", a déclaré plus tard Brock Long, directeur de l?Agence fédérale des situations d'urgence (FEMA), dans une conférence de presse. Le shérif du comté de Harris, Ed Gonzalez, a annoncé que 15 de ses agents avaient consulté à l'hôpital après avoir inhalé ces particules en suspension, et qu'ils en étaient ressortis peu après.
Lors d'un point presse au petit matin, il s'est voulu rassurant, parlant d'une "série de réactions chimiques" plutôt que d'explosions massives.

Inondée et privée d'électricité donc de capacité de réfrigération de ses matériaux hautement inflammables, l'usine d'Arkema fabrique des peroxydes organiques, un composé entrant dans la fabrication de plastiques et de produits pharmaceutiques.
Le feu n'a pas généré "une concentration inquiétante de matériaux toxiques à l'heure actuelle", a affirmé l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA).

Avec son épouse Loyce, Lane Averett a dû abandonner sa maison située dans la zone à évacuer, pour s'installer dans un abri géré par une église de Crosby. Il a laissé ses animaux: un chien, trois chats et un petit veau. "Ils ont besoin de boire et d'être nourris aujourd'hui", s'inquiétait-il. "Ils parlent (de nous garder ici) aussi longtemps que sept jours. Le veau sera mort d'ici-là, les bovins ne peuvent survivre après 72 heures sans eau".

Les secours ont augmenté jeudi leurs capacités de fourniture de denrées, pour dépasser plus de trois millions de repas quotidiens et répartir deux millions de bouteilles d'eau potable, a détaillé M. Long.

- Le vice-président en prière -

Le vice-président Mike Pence s'est rendu à la rencontre de victimes des inondations, dans la bourgade côtière de Rockport, entrant directement en contact avec les habitants, ce que le président Donald Trump n'avait pas fait lors de sa visite mardi. "Nous sommes avec vous. Le peuple américain est avec vous. Nous sommes ici aujourd'hui. Nous serons ici demain. Et nous serons ici chaque jour jusqu'à ce que cette ville, cet Etat et cette région soient reconstruits encore davantage et mieux que jamais", a déclaré le vice-président.

Sa femme Karen a ensuite animé une prière, les résidents entonnant "Dieu bénit l'Amérique", puis M. Pence a enfilé des gants pour aider symboliquement des bénévoles à nettoyer des débris. De son côté la Maison Blanche a demandé jeudi au Congrès de débloquer des fonds d'urgence, face à l'ampleur de la catastrophe.

Outre les pertes humaines, le Texas s'inquiète des dégâts matériels, qui pourraient atteindre entre 30 et 100 milliards de dollars.
Selon la Maison Blanche, 100.000 foyers ont été touchés par la catastrophe. Le Texas, importante région pétrolière, craint de voir son économie handicapée: quinze raffineries de la région représentant 20,9% des capacités totales de raffinage aux Etats-Unis, étaient fermées ou en cours de fermeture mercredi, faisant bondir le prix de l'essence.

La métropole de Houston, quatrième ville américaine, tentait jeudi de restaurer plusieurs services municipaux, comme le métro et la collecte des ordures. Certains résidents ont commencé à quitter les abris pour rentrer chez eux, et le nombre de personnes privées d'électricité a également été réduit à 59.000.

- Elans de solidarité -

Plusieurs autoroutes ont également rouvert à la circulation, tout comme les deux principaux aéroports de la ville. Beaucoup de Texans multipliaient les actes de solidarité envers leurs voisins. "Ici, si vous voyez quelqu'un, vous allez le voir et vous faites ce que vous pouvez pour aider", a raconté à l'AFP Cynthia Guillory, 51 ans, une conductrice de camions originaire de Louisiane. Des élans de solidarité similaires ont été observés à La Nouvelle Orléans, ville frappée par Katrina en 2005 et désormais sous les nuages pluvieux de Harvey.

La Louisiane a reçu jusqu'à 56 cm d'eau et les pluies s'étendaient jeudi aux Etats du Mississippi et de l'Alabama.
A Lake Charles, un refuge visité par l'AFP était rempli de 400 à 500 sinistrés, étendus sur des lits de camp. Certains collectaient de quoi se changer sur des piles de vêtements offerts par la population. "Ils ont été amenés trempés jusqu'aux os durant la nuit", expliquait Angela Jouett, la responsable du centre.

AFP

   

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