Espagne :

Madrid affirme que la crise en Catalogne menace la croissance


Publié / Actualisé
Le gouvernement espagnol a averti vendredi que la crise en Catalogne pourrait l'amener à revoir à la baisse sa prévision de croissance pour 2018, renforçant encore la pression sur le leader séparatiste, Carles Puigdemont, déjà aux prises avec la faction la plus dure de son propre camp.
Le gouvernement espagnol a averti vendredi que la crise en Catalogne pourrait l'amener à revoir à la baisse sa prévision de croissance pour 2018, renforçant encore la pression sur le leader séparatiste, Carles Puigdemont, déjà aux prises avec la faction la plus dure de son propre camp.

"Les événements en Catalogne mettent en péril la reprise économique", a déclaré la vice-présidente du gouvernement conservateur, Mme Soraya Saenz de Santamaria, à la sortie d'un conseil des ministres.
Madrid tablait jusqu'à présent sur une croissance de 2,6% en 2018. "S'il n'y avait pas une solution rapide à cette affaire, nous serions obligés de revoir à la baisse" ce chiffre, a averti Mme Santamaria.

"Quand l'incertitude s'installe, la facture est toujours payée par les citoyens de Catalogne, les entreprises et les travailleurs", a-t-elle insisté, appelant les séparatistes à opérer un retour à la "normalité institutionnelle".
Le leader séparatiste Carles Puigdemont a déclaré unilatéralement l'indépendance de la Catalogne mardi, avant de la suspendre aussitôt pour laisser une chance au "dialogue" avec Madrid.

Rejetant toute médiation, le gouvernement espagnol lui a donné jusqu'à jeudi prochain pour faire machine arrière. Dans le cas contraire, Madrid annoncera les mesures nécessaires pour suspendre l'autonomie de la Catalogne, un acte inédit depuis le rétablissement de la démocratie en Espagne et susceptible de mettre le feu aux poudres. Depuis cet ultimatum, le leader séparatiste est pris entre deux feux. Avec d'un côté les milieux d'affaires qui prédisent une "catastrophe" en cas de divorce d'avec Madrid. Et, de l'autre, la frange la plus dure des indépendantistes qui réclame un passage en force.

- Mouvement irréversible -

"Nous ne serons capables de respecter ce que la majorité a exprimé dans les urnes qu'à travers une proclamation de la République", a averti vendredi dans une lettre ouverte la CUP, allié d'extrême gauche de l'exécutif catalan, dont certains membres s'étaient sentis "trahis" par le discours ambigu de M. Puigdemont mardi.
Les séparatistes affirment avoir gagné le référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre avec 90% des voix et 43% de participation.

L'influente association indépendantiste Assemblée nationale catalane (ANC) a également pressé M. Puigdemont d'aller de l'avant "face au rejet par l'Etat espagnol de toute proposition de dialogue". Carles Puigdemont, qui hormis quelques tweets s'est fait discret depuis mardi, n'a pas réagi à ces injonctions. Concernant la situation économique, il avait déclaré mardi que la décision de dizaines d'entreprises de transférer leur siège social hors de Catalogne n'avait "pas un véritable impact sur notre économie".

Mais du côté des milieux d'affaires, le ton est tout autre. Ils sont nombreux à craindre un mouvement irréversible et une répétition du scénario au Québec lorsque, après l'arrivée au pouvoir des indépendantistes en 1976, plus de 200 entreprises avaient déménagé leurs sièges sociaux en quelques mois, pour ne jamais revenir.

- Le tourisme touché -

"C'est une catastrophe pour la Catalogne et son économie. Je doute fortement qu'une seule entreprise revienne avant au moins trois à cinq ans de stabilité absolue", s'alarme Juan Ignacio Sanz, spécialiste des questions bancaires à l'Ecole de Commerce de Barcelone ESADE.

Jeudi, l'agence de notation Standard and Poors (SP) a même pointé le risque d'une récession en cas de crise prolongée dans cette région qui est, avec 19% du PIB espagnol en 2016, l'une des plus riches d'Espagne mais aussi l'une des plus endettées, à hauteur de 35,4% de son PIB.

L'impact sur le tourisme commence à se faire sentir en Catalogne, qui accueille un visiteur sur quatre en Espagne. Dans certains hôtels de Barcelone, les prix des chambres ont chuté de moitié. La vice-présidente du gouvernement a fait état vendredi d'une "chute spectaculaire" de "20 à 30% sur les réservations à Barcelone". Selon le journal économique en ligne El Confidencial, l'ouverture fin février dans cette ville du Congrès mondial de la téléphonie mobile (MWC), le plus grand salon du genre dans le monde et source majeure de revenus pour Barcelone, est susceptible d'être retardée.
"Nous continuons à surveiller les événements en Espagne et en Catalogne et à évaluer tout impact potentiel", a réagi une porte-parole du Congrès, interrogée par l'AFP, sans démentir l'information.
 

AFP

   

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