Le jugement rendu le 2 novembre :

Procès Merah: la lourde tâche des juges face aux victimes et à l'opinion publique


Publié / Actualisé
Il y a la douleur des victimes, la symbolique d'un procès historique et puis le fond du dossier lui-même: les magistrats auront jeudi 2 novembre une lourde tâche au moment de juger le frère de Mohamed Merah et un comparse, après cinq semaines de débats éprouvants.
Il y a la douleur des victimes, la symbolique d'un procès historique et puis le fond du dossier lui-même: les magistrats auront jeudi 2 novembre une lourde tâche au moment de juger le frère de Mohamed Merah et un comparse, après cinq semaines de débats éprouvants.

 

"C'est un procès hors norme, marquant dans l'histoire du terrorisme français", a souligné jeudi Olivier Morice, avocat d'un militaire tué par Mohamed Merah, devant la cour d'assises de Paris.
Le procès de son frère aîné Abdelkader Merah est "également chargé d'émotion: la souffrance ne s'est pas simplement exprimée, elle a été palpable, le choc de deux mondes ne s'est pas seulement manifesté, ça a été une déflagration", a déclaré à l'AFP Simon Cohen, avocat de victimes assassinées dans une école juive.


L'exemplarité du premier des procès des attentats qui ont endeuillé la France depuis 2012 et l'attente des victimes et de l'opinion d'une réponse judiciaire ont d'emblée placé les débats sous haute tension. "Ce qui se joue ici, c'est la capacité d'une justice démocratique à juger des terroristes sans sacrifier le droit", a résumé Me Cohen. L'émotion suscitée par les récits des victimes et témoins a encore alourdi une atmosphère déjà électrique.


Entre le 11 et le 19 mars 2012, Mohamed Merah avait assassiné sept personnes, dont trois enfants, à Toulouse et Montauban, avant d'être abattu par la police. Abdelkader Merah est poursuivi pour complicité dans les crimes de son frère et association de malfaiteurs terroriste criminelle au côté d'un petit trafiquant de cité, Fettah Malki. Invectives, paroles coupées, mimiques de désapprobation: depuis le premier jour, Me Eric Dupond-Moretti, représentant Abdelkader Merah, et certains avocats des parties civiles ont livré un rude combat, s'attirant des rappels à l'ordre et à la dignité du président Franck Zientara.


- "Le procès de Mohamed Merah" -

"Mais la dignité, ce n'est pas le silence, l'absence de débat. Il est normal que les passions s'expriment, les thèses se confrontent, c'est le rôle d'une justice démocratique, le modèle que nous défendons", estime Me Cohen quand son confrère Olivier Morice fustige "une violence indigne d'une enceinte judiciaire". Avant même les réquisitions prévues lundi, Me Dupond-Moretti a dénoncé la tentation de faire payer à son client les crimes d'un frère mort, mais auquel une grande partie des audiences a été consacrée.


Comment pouvait-on éviter de "faire le procès de Mohamed Merah dès lors que l'on abordait la question de l'innocence ou de la culpabilité des deux accusés? On savait que c'était inévitable", a relativisé auprès de l'AFP Edouard Martial, avocat de Fettah Malki, pour qui le débat sur les preuves a bien eu lieu. "Personne ne peut dire que sa liberté d'expression n'a pas été totale". Les qualifications reprochées à Abdelkader Merah se fondent sur son rôle supposé de "mentor" idéologique de son frère, sa participation au vol d'un scooter et à l'achat d'un blouson utilisés lors des attentats. Fettah Malki est, lui, poursuivi pour avoir fourni une arme et un gilet pare-balles au tueur.

Mais, pour tenir, ces accusations supposent que les deux accusés connaissaient les projets du jihadiste, une démonstration qui n'a pas été faite formellement à l'audience. Pour Fettah Malki, dont l'absence de religiosité et l'appât du gain sont apparus évidents, l'affaire semble entendue. "On a beaucoup parlé d'association de malfaiteurs, j'ai peur que la présence de mon client dans le box ait été utilitaire", lâche Me Martial.


Le rôle joué par Abdelkader Merah apparaît nettement plus trouble. S'il s'est présenté comme un musulman "orthodoxe", sa radicalité a transpiré dans ses propos et de nombreux témoignages. Les cours de préparation au jihad qu'il écoutait, ses voyages en Egypte, sa proximité avec son frère au moment des attaques ou encore ses explications tortueuses sur le vol du scooter interrogent également.


Contre lui, "pas de preuves formelles mais un faisceau d'indices", a expliqué un policier à l'audience. "Comme on parle d'un doute raisonnable, on doit parler d'une preuve raisonnable", a lancé Me Cohen, son confrère Me Morice rappelant que c'est "l'intime conviction" des juges qui comptera au final.

AFP

   

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