Depuis l'exode massif :

Dans le "no man's land" rohingya en Birmanie, des rizières pourrissent


Publié / Actualisé
Des milliers d'hectares de rizières pourrissent dans l'ouest de la Birmanie, personne n'étant là pour faire la récolte depuis l'exode massif vers le Bangladesh de la minorité musulmane rohingya qui vivait là.
Des milliers d'hectares de rizières pourrissent dans l'ouest de la Birmanie, personne n'étant là pour faire la récolte depuis l'exode massif vers le Bangladesh de la minorité musulmane rohingya qui vivait là.

Avant même cette crise qualifiée de nettoyage ethnique par l'ONU, les Rohingyas étaient déjà privés de tout droit en Birmanie, où ils sont considérés comme des immigrés illégaux du Bangladesh voisin. La plupart vivaient, très chichement, de l'agriculture, employés au noir comme ouvriers agricoles ou en cultivant leur lopin.
"Nous travaillions dans l'agriculture ou la pêche. Mais nous n'avons plus de travail", les Rohingyas qui nous employaient ayant fui au Bangladesh, explique Osoma, 25 ans, rencontrée par l'AFP sur une plage de l'Etat Rakhine, près du village de Ale Than Kyaw, lors d'un voyage de presse organisé par l'armée birmane ce week-end.
Cette mère de trois enfants, dont un bébé de quelques semaines, attend depuis près d'une semaine de pouvoir effectuer la traversée, au milieu de centaines d'autres candidats au départ incapables de payer les passeurs au prix fort.
"Nous ne pouvons pas trouver de quoi subsister ici en allant de village en village", explique celle qui vient d'un petit village du nord de l'Etat Rakhine.
Traditionnellement, cette région, l'une des plus pauvres de Birmanie, vivait de la culture du riz.
Mais depuis le départ en exil de plus de 600.000 Rohingyas suite à des violences entre rebelles rohingyas et forces de l'ordre birmanes fin août, la main d'oeuvre pour récolter la précieuse graine vient à manquer, en ce début de la saison de récolte.
Avant la crise, la population rohingya vivant dans l'Etat Rakhine était estimée à près d'un million de personnes.
Dans le nord de cette région de l'ouest de la Birmanie, la plus touchée par les violences, des villages entiers sont transformés en "no man's land" notamment autour de Maungdaw. Seuls quelque 150.000 Rohingyas y vivraient encore, selon les estimations des travailleurs humanitaires internationaux.
Rebelles rohingyas et armée se rejettent la responsabilité de cette politique de la terre brûlée qui vaut à la Birmanie de se retrouver sous pression de la communauté internationale. Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson se rend mercredi en Birmanie pour rencontrer la dirigeante civile et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi mais aussi le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing.
Sur la plage près de Ale Than Kyaw, certains Rohingyas ont construit un impressionnant radeau, alliage de bambous et de bidons de plastique jaunes utilisés comme flotteurs.
"Nous mettrons les enfants dessus pour traverser. Nous n'avons pas peur de mourir", assure Ro Shi Armad, père de cinq enfants à tout juste 18 ans. "Nous partons car nous n'arrivons pas à vivre ici", explique cet ancien ouvrier agricole.


- Rizières à l'abandon -


Les journalistes de l'AFP ont pu constater que les rizières étaient largement laissées à l'abandon.
Quelques moissonneuses étaient garées près de la route, mais dans les champs ne travaillaient que quelques bouddhistes (majoritaires dans le pays mais minoritaires dans cette zone du nord de l'Etat Rakhine, berceau des Rohingyas).
Les autorités reconnaissent elles-mêmes avoir un problème avec près de 8.000 hectares à l'abandon autour de Maungdaw, épicentre des violences.
"J'avais une boutique et des fermes avant. Je ne peux plus rien faire faute de main d'oeuvre ici", se lamente Kyaw Zeyar Oo, un musulman rohingya de 47 ans vivant dans le village de Ale Than Kyaw.
Il n'a pas envie de partir au Bangladesh.
"La plupart des gens s'enfuient à cause de la menace terroriste", assure-t-il, ressortant l'argument des autorités selon lequel les candidats à l'exil fuient les violences de la rébellion rohingya. Les interviews réalisées par l'AFP se faisaient en présence de représentants de l'armée.
Au Bangladesh, les exilés dénoncent quant à eux les exactions de l'armée birmane, les incendies de villages et cultures.
Le ministère birman de l'Agriculture tente d'organiser la récolte de riz en envoyant des ouvriers agricoles d'autres régions, mais le journal officiel The Global New Light of Myanmar a reconnu la semaine dernière les difficultés à susciter les vocations.

Par Hla-Hla HTAY - © 2017 AFP

   

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