Yézidis :

Leur difficile intégration dans un camps de réfugiés en Grèce


Publié / Actualisé
Déjà un an que la famille yézidie d'Ibrahim Hondeta est arrivée en Grèce pour échapper aux persécutions en Irak.
Déjà un an que la famille yézidie d'Ibrahim Hondeta est arrivée en Grèce pour échapper aux persécutions en Irak.

Mais la peur et l'inquiétude règnent toujours dans cette minorité religieuse, ayant vécu combats, tueries, invasion et esclavage.
Installée initialement dans le camp de Kilkis (nord-ouest), la famille Hondeta a dû cohabiter l'hiver dernier avec des réfugiés de diverses nationalités et vécu des rixes entre Arabes et Kurdes.
Lors d'une célébration yézidie, "ils (les Arabes) nous ont menacés de nous tuer", se souvient Ibrahim Hondeta, âgé de 55 ans.
"Ils nous ont pourchassés avec des couteaux et des matraques et nous nous sommes cachés dans la forêt pour nous sauver", poursuit-il.
Les Yézidis, une minorité kurdophone adepte d'une religion pré-islamique, en partie issue du zoroastrisme, ne sont ni arabes ni musulmans.
Il y a quelques mois, pour "garantir la sécurité de sa famille", Ibrahim Hondeta a alors réclamé et obtenu des autorités grecques leur transfert dans le camp de Serres (nord-est) où n'habitent que des yézidis, environ 350 personnes.
Mais même dans ce camp aux maisons préfabriquées, équipées d'air conditionné et d'eau chaude, avec un jardin pour les enfants, les yézidis s'inquiètent: la capacité du camp est de 700 personnes et le gouvernement souhaite actuellement transférer des familles vulnérables de diverses nationalités, qui vivent dans les camps surchargés des îles en Egée.


- Incidents -


Les yézidis s'y opposent et demandent le transfert à Serres des familles de leur seule communauté. Actuellement, 200 de leurs compatriotes vivent dans d'autres camps à travers le pays.
Les yézidis de Serres ont récemment bloqué l'entrée dans le camp d'une soixantaine des mères congolaises et sénégalaises et de leurs enfants, tous catholiques, selon une source gouvernementale.
"Ils étaient enragés et nous avons décidé de ne pas laisser les nouveaux arrivés dans ce camp par peur de nouveaux incidents", explique cette source sous couvert d'anonymat.
Le ministère de la Politique migratoire assure que les autorités font "tout effort" susceptible de faciliter et de protéger les yézidis.
"Mais il n'est pas possible ni viable de créer un camp uniquement pour les yézidis", a affirmé à l'AFP un responsable du gouvernement, chargé du dossier..
"Certains (yézidis) empêchent tout effort d'intégration", a déploré cette source.
"Respecter la religion d'autrui et créer des sous-groupes parmi les communautés de réfugiés, sont deux choses complètement différentes", ajoute-t-elle, rappelant l'existence d'un camp dans le nord du pays qui comprend 25 nationalités différentes, et où "aucun problème n'a été signalé".
La Grèce se bat pour gérer plus de 50.000 réfugies et migrants, bloqués dans le pays après le pacte UE-Turquie de mars 2016 et la fermeture de la voie des Balkans, d'où la plupart des réfugiés avaient réussi à gagner en 2015 l'Europe du nord.


- 'Pas là pour le plaisir' -


Plus de 15.000 réfugiés vivent actuellement dans des camps insalubres sur les cinq îles d'entrée et d'enregistrement en mer Egée, en face de la Turquie.
Une manifestation des maires et habitants de ces îles a eu lieu mardi à Athènes réclamant le transfert des réfugiés dans des camps du continent.
En Irak, des milliers de femmes et adolescentes, en particulier celles issues de la minorité yézidie, ont subi de terribles exactions dans des zones contrôlées par l'EI, tels que des viols, enlèvements, esclavage et traitements inhumains, estimait l'ONU fin août.
En 2014, des jihadistes ont tué des milliers de Yézidis dans leur fief du mont Sinjar, dans le nord de l'Irak, et enlevé des milliers de femmes et d'adolescentes, pour les réduire à l'état d'esclaves sexuelles.
Environ 3.000 d'entre elles seraient encore en captivité, selon un rapport récent de la mission d'assistance des Nations Unies pour l'Irak et le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU.
Les yézidis en Grèce ont récemment écrit une lettre au ministère de la Politique migratoire, réclamant l'attribution du camp de Serres à leur seule communauté.
"Nous demandons que notre communauté ne soit pas dérangée et qu'elle vive en sécurité", indique Hajdar Hamat, un porte-parole des yézidis de Serres.
"Tout le monde est au courant du génocide de notre peuple. Nous n'avons pas quitté Sinjar pour le plaisir. Il faut que l'Europe nous protège", conclut-il.

Par Vassilis KYRIAKOULIS - © 2017 AFP

   

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