Notre-Dame-des-Landes :

Autorités et zadistes se préparent à l'évacuation


Publié / Actualisé
A quelques semaines de la décision sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les différents scénarii s'échafaudent pour l'évacuation de la ZAD, présentée comme un "bocage" alternatif par ses occupants, comme un "camp retranché" par les autorités.
A quelques semaines de la décision sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les différents scénarii s'échafaudent pour l'évacuation de la ZAD, présentée comme un "bocage" alternatif par ses occupants, comme un "camp retranché" par les autorités.

Après la remise du rapport d'experts le 13 décembre, l'exécutif a assuré qu'une décision de maintenir ou d'abandonner le projet serait prise "d'ici la fin du mois de janvier". Cette décision doit "permettre (...) de garantir un retour à la normale, notamment s'agissant des questions relatives à l'ordre public", selon le Premier ministre Edouard Philippe.
Dès lors la fréquence des réunions interministérielles envisageant les différentes hypothèses d'intervention s'est accélérée place Beauvau. Selon que le projet d'aéroport soit maintenu ou non, la mobilisation sur place ne sera pas la même. En 2012, une tentative d'évacuation a mobilisé plus de 2.000 CRS et gendarmes.
A 25 km au nord-ouest de Nantes, la ZAD - "zone d'aménagement différé" pour les autorités, "zone à défendre" pour ses occupants - de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) s'étend sur 1.650 hectares. Pour les "zadistes", c'est un "bocage" où ils construisent "pas à pas depuis des années des formes de vie, d'habitat et d'activités fondées sur le partage, la rencontre". Pour les autorités, la ZAD ressemble plutôt à un "camp retranché" qui compte dans ses rangs des "militants extrémistes" prêts à en découdre violemment avec les forces de l'ordre.
Actuellement environ 150 personnes y vivent en permanence et 200 personnes la fréquentent régulièrement, selon une source policière. Les autorités ont dressé trois profils de "zadistes" : les "institutionnels" (riverains et exploitants), les "militants" et les "extrémistes". Ce sont ces derniers qui inquiètent le plus les autorités.
Si la décision était prise de créer un aéroport, on pourrait passer en quelques heures à 800 personnes, souligne une source des renseignements.
"Miradors", "tranchées", "engins incendiaires" font craindre le pire aux forces de l'ordre qui gardent en mémoire la mort de Rémi Fraisse militant écologiste tué par une grenade tirée par un gendarme sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn) en 2014.


- "Couteaux entre les dents" -


"Pour préparer l'opinion à une éventuelle évacuation de la ZAD, il faut, de nouveau, créer l'image la plus étrangère et la plus anxiogène possible des personnes que l'on s'apprête à réprimer", dénoncent ses habitants dans un communiqué.
"On présente les pièges, les tunnels, les boules de pétanque avec les lames de rasoir. On pourrait en rire mais ça a des objectifs politiques. (?) Ces campagnes visent à stigmatiser, diviser, isoler", a réagi un zadiste auprès de l'AFP.
Présenter les occupants de la ZAD comme "150 fous furieux qui attendraient tapis dans le bocage avec les couteaux entre les dents, cela vise à faire peur aux gens pour justifier une opération de répression brutale", selon lui.
"Il y a toujours une tentative de diviser les gentils historiques, les néo-ruraux et les méchants ultra-violents.(?) Si l'intention est de diviser, ça ne fonctionnera pas", explique une zadiste.
En cas d'abandon du projet de l'aéroport, riverains et agriculteurs pourraient se désolidariser notamment concernant la route D281, dite aussi "route des chicanes". Malgré une tentative de nettoyage au printemps des associations "institutionnelles", elle est toujours entravée de pneus, barricades et mirador.
Pour les associations et les paysans "historiques", en cas d'abandon du projet, la "libération" de ce "symbole" et le retour à une circulation normale pourraient constituer des signes de "bonne volonté" et un début de "régularisation, normalisation de la ZAD", suffisants selon eux pour éviter une intervention des forces de l'ordre.
Mais en cas de maintien du projet, la résistance s?organise depuis des mois : tracteurs protégeant les fermes, barricades, formations à l'auto-défense et à l'escalade dans les arbres, etc...
Une fréquence radio rebaptisée "Radio klaxon" est réactivée à chaque fois que c'est nécessaire, une vigie sur la départementale signale tout véhicule approchant et un "phare" de 19 m de haut avec des sirènes alerte la moindre approche des forces de l'ordre.

AFP

   

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