Syrie :

Le régime envoie des renforts et accroit la pression sur la Ghouta


Publié / Actualisé
Le régime syrien a déployé des centaines de combattants en renfort et accru la pression sur le fief rebelle dans la Ghouta orientale, un responsable onusien accusant Damas de planifier "l'apocalypse" dans le pays en guerre.
Le régime syrien a déployé des centaines de combattants en renfort et accru la pression sur le fief rebelle dans la Ghouta orientale, un responsable onusien accusant Damas de planifier "l'apocalypse" dans le pays en guerre.

L'étau se resserre sur l'enclave située aux portes de Damas, soumise à une vaste offensive du régime de Bachar al-Assad depuis mi-février et où la population espère l'arrivée d'une deuxième livraison d'aide humanitaire vitale jeudi.
Après deux semaines de bombardements intensifs, le pouvoir syrien a intensifié ses opérations au sol et contrôle désormais plus de 40% de l'enclave, au prix de la mort de plus de 800 civils depuis le 18 février, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Soutenu par l'allié russe, Damas n'a jamais caché sa détermination à reconquérir l'intégralité de ce fief, le dernier à échapper à son emprise aux portes de la capitale, et où les 400.000 habitants assiégés depuis 2013 subissent de graves pénuries de nourritures et de médicaments.
Les forces du régime progressent actuellement vers la grande ville de Douma et les localités de l'ouest de l'enclave rebelle, après avoir reconquis des secteurs dans l'est et le sud-est, d'après l'OSDH, qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays.
Mardi soir, des centaines de combattants prorégime ont été envoyés en renfort, se déployant sur les fronts d'Al-Rihane, dans le nord-est de l'enclave, et de Harasta, dans l'ouest, selon l'ONG.
"Au moins 700 combattants provenant d'Alep (nord) et appartenant à des milices afghane, palestinienne et syriennes loyales au régime ont été envoyés", a indiqué son directeur, Rami Abdel Rahmane.
L'objectif du régime est de scinder l'enclave en deux, en isolant le secteur nord et Douma du sud, a-t-il ajouté.
Les forces loyalistes se trouvent à ce stade aux abords de plusieurs localités, notamment Misraba, Beit Sawa, Jisrine ou encore Hammouriyé.

- 'Phase d'horreur' -

Mercredi, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad al Hussein, a accusé le régime de planifier "l'apocalypse" en Syrie, estimant que le conflit qui ravage le pays depuis 2011 est entré dans une nouvelle "phase d'horreur".
Le conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir en urgence à huis clos pour discuter d'une résolution adoptée fin février réclamant un cessez-le-feu de trente jours dans toute la Syrie, restée lettre morte.
A ce jour, des raids aériens se poursuivent en dépit d'une trêve quotidienne de cinq heures (07H00 à 12H00 GMT) décrétée par Moscou il y a plus d'une semaine, tandis que l'aviation russe a accru sa présence dans l'espace aérien, selon M. Abdel Rahmane.
"Les frappes aériennes et les tirs d'artillerie se concentrent sur les fronts, et, dans une moindre mesure, sur les zones résidentielles", a-t-il précisé.
Trois civils, dont un enfant, ont été tués mercredi dans des frappes aériennes sur Jisrine, selon l'OSDH.
Depuis le 18 février, le bilan des bombardements est de 810 civils tués, dont 179 enfants, d'après l'ONG.
Pour échapper au déluge de feu, les habitants vivent terrés dans des sous-sol.
Le scénario dans la Ghouta n'est pas sans rappeler celui de 2016 à Alep (nord), où les rebelles avaient dû abandonner leur fief après un siège et des bombardements dévastateurs du régime et de Moscou.

- Aide pour 70.000 personnes -

L'enclave rebelle représente un tiers seulement de la vaste région agricole de la Ghouta orientale. Les deux-tiers restant sont aux mains du régime.
Malgré les combats et le déluge de feu meurtrier, l'ONU doit tenter jeudi d'envoyer un nouveau convoi d'aide humanitaire. Lundi soir, un premier convoi avait dû abréger sa mission en raison des bombardements sur Douma.
Les aides médicales et la nourriture livrées doivent permettre de satisfaire les besoins de 70.000 personnes au total, a indiqué le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).
Lundi, "14 des 46 camions dans le convoi n'ont pas pu être déchargés totalement", selon un communiqué du porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Stéphane Dujarric.
"Près de la moitié de la nourriture transportée par le convoi n'a pas pu être livrée", précise-t-il.
Pour le convoi de jeudi, "nous ne savons pas encore combien de camions il y aura, mais ce sera le reste des aides pour les 70.000 personnes" en question, a déclaré à l'AFP une porte-parole d'Ocha à Damas, Linda Tom.
"Cela comprend les aides médicales dont le chargement n'a pas été autorisé la dernière fois", a-t-il signalé.
Le chef des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé mardi à rouvrir "immédiatement" les couloirs d'accès aux convois humanitaires en Syrie.
Déclenché en 2011 par la répression de manifestations pacifiques prodémocratie, le conflit en Syrie s'est peu à peu complexifié, avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères. Il a fait plus de 340.000 morts et jeté à la rue des millions de personnes.

2018 AFP

   

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