Mondiaux et Jeux... :

Quand la géopolitique s'invite dans le sport


Publié / Actualisé
A l'image du boycott diplomatique et royal annoncé par le Royaume-Uni pour la Coupe du monde en Russie, les grands rendez-vous sportifs sont souvent rattrapés par la géopolitique, surtout les Jeux olympiques, plus politiques encore que les Mondiaux de foot.
A l'image du boycott diplomatique et royal annoncé par le Royaume-Uni pour la Coupe du monde en Russie, les grands rendez-vous sportifs sont souvent rattrapés par la géopolitique, surtout les Jeux olympiques, plus politiques encore que les Mondiaux de foot.

- Le Mondial-1978 et la dictature argentine -

Dans l'histoire des Coupes du monde, l'une des plus politiques reste le Mondial-1978 organisé par l'Argentine en pleine dictature de Videla. La junte militaire utilise le Mondial comme outil de propagande, comme l'avait fait l'Italie de Mussolini en 1934.
Un comité pour le boycott de la compétition est lancé en France et en Europe, rassemblant des intellectuels et militants de la société civile, mais ne parvient pas à infléchir les responsables politiques ou sportifs.

Parmi les rares à manquer la compétition, la star des Pays-Bas Johan Cruyff invoque des motivations politiques, même s'il reconnaîtra plus tard des raisons personnelles et son choix de rester en famille, après avoir été traumatisé par une tentative d'enlèvement à son domicile à Barcelone. L'Argentine de Videla remporte la compétition dans des conditions controversées, jusqu'à des soupçons de match truqué face au Pérou, pour accéder à la finale.

A l'image de 1978 et à l'exception de compétitions sans l'URSS et ses alliés pendant la guerre froide, il n'y a toutefois jamais eu de véritable boycott pendant une Coupe du monde, dans un football où les dirigeants demandent souvent de laisser la politique à la porte des stades. Le monde du football, professionnalisé - au contraire de la plupart des sports olympiques, amateurs - apparaît souvent coupé des réalités du monde.

En 2014, pendant l'annexion de la Crimée, Michel Platini, alors président de l'UEFA, avait fait part de son "ras-le-bol" au moment où des intellectuels ou responsables politiques réclamaient le boycott du Mondial russe. "Les politiques avaient boycotté l'Ukraine pendant l'Euro-2012, au début... mais après, pendant la finale, il y avait les premiers ministres espagnols et italiens...", avait-il ironisé. "Pour le Mondial en Argentine, en 1978, moi j'avais dit: +On va en Argentine et on s'exprime là-bas+."

Parmi les autres grandes compétitions de football bouleversées par la géopolitique, on peut citer l'Euro-1992. En pleine guerre civile en Yougoslavie, l'UEFA suspend le pays pour le tournoi. Le Danemark , qui n'était pas qualifié, est donc repêché au dernier moment. Clin d'oeil de l'histoire, à la surprise générale, ce sont les Danois qui remporteront l'Euro...

- Des JO très politiques -

Pas de véritable boycott dans les Mondiaux?  On ne peut pas en dire autant des Jeux olympiques où le cas est fréquent. En 1976, les Jeux d'été de Montréal sont boycottés par 22 pays africains, qui veulent protester contre la présence de la Nouvelle-Zélande, alors qu'une équipe de rugby de ce pays est partie en tournée quelques mois plus tôt en Afrique du Sud où règne l'apartheid.
Quatre ans après Montréal, les États-Unis boycottent les JO d'été de Moscou, en réaction à l'intervention soviétique en Afghanistan l'année précédente. Ce boycott, qui vise à isoler l'Union soviétique en pleine Guerre froide, est suivi par des dizaines d'alliés des États-Unis. L'URSS, suivie par quatorze pays du bloc de l'Est, lui rendra la pareille lors de l'édition suivante, à Los Angeles en 1984.

Outils de propagandes ou tribunes médiatiques, les JO sont souvent l'occasion de prolonger la politique par d'autres moyens. En 1936, les Jeux d'été de Berlin restent un symbole fort d'instrumentalisation du sport par un régime. Des voix s'élèvent pour demander le retrait des Jeux à l'Allemagne, alors que les premières mesures antisémites sont prises par Adolf Hitler. Lors de la cérémonie officielle, 100.000 bras se dressent pour le salut nazi. Mais un champion américain à la peau noire, Jesse Owens, fait voler ses plans en éclat, en remportant quatre médailles d'or, dont les 100 et 200 m, mais aussi la longueur en battant l'Allemand Lutz Long.

Trente-six ans après Berlin et 27 ans après la défaite du régime nazi, l'Allemagne accueille à nouveau les Jeux d'été 1972, à Munich, où va se nouer le pire drame des JO, sur fond de conflit israélo-palestinien. Le 5 septembre, huit membres de l'organisation palestinienne Septembre noir font irruption dans le village olympique, tuent deux athlètes israéliens et en prennent neuf en otage. L'intervention des services de sécurité allemands, sur une base militaire où doivent s'envoler le commando et ses otages, s'achève par la mort des neuf athlètes, d'un policier ouest-allemand et de cinq ravisseurs.

Les Jeux olympiques d'hiver 2018, à Pyeongchang en Corée du Sud, ont quant à eux été le théâtre d'un rapprochement diplomatique spectaculaire entre les deux Corées. Alors que leur relation tumultueuse a souvent rythmé les précédentes olympiades, entre rapprochement sous une bannière commune ou division comme à Séoul en 1988 où la Corée du Nord avait boycotté la compétition, après avoir réclamé en vain une organisation conjointe avec la Corée du Sud.

AFP

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !