Togo :

Les Togolais appelés aux urnes: un "piège", une "provocation" selon l'opposition


Publié / Actualisé
La Commission électorale au Togo a créé la surprise en annonçant cette semaine non pas une, mais trois élections avant la fin de l'année : un nouveau sujet de crispation entre le pouvoir et les partis de l'opposition, qui perdent du souffle un an après des manifestations massives dans le pays. Il y a tout juste un an, une marée humaine s'était emparée des rues de Lomé et de plusieurs grandes villes du nord du pays, à l'appel de la coalition de l'opposition, pour demander la démission du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, après la mort de son père, qui avait lui-même dirigé ce petit pays d'Afrique de l'Ouest pendant 38 ans.
La Commission électorale au Togo a créé la surprise en annonçant cette semaine non pas une, mais trois élections avant la fin de l'année : un nouveau sujet de crispation entre le pouvoir et les partis de l'opposition, qui perdent du souffle un an après des manifestations massives dans le pays. Il y a tout juste un an, une marée humaine s'était emparée des rues de Lomé et de plusieurs grandes villes du nord du pays, à l'appel de la coalition de l'opposition, pour demander la démission du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, après la mort de son père, qui avait lui-même dirigé ce petit pays d'Afrique de l'Ouest pendant 38 ans.

Après des dizaines de manifestations, des mois de confrontations, des centaines de blessés, une quinzaine de morts, et des jours de pourparlers entre ce regroupement de 14 partis politiques de l'opposition et le pouvoir, sous l'égide de diplomates de la région, tout est revenu à la normale dans les rues du pays. Ou presque.

Les négociations se sont achevées avec un goût amer pour l'opposition, après les recommandations des chefs d'État de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), encourageant les autorités à organiser des législatives "avant la fin de l'année".

Mais la Commission électorale (CENI) est allée encore plus loin, mardi, annonçant un référendum, ainsi que des élections locales (dont les dernières remontent à 1985) pour le 16 décembre, en plus des législatives, officiellement prévues le 20 décembre.

L'opposition a dit redouter des "fraudes" dans le contexte de crise actuel, mais n'a pas vraiment d'autre choix que de participer aux législatives si elle veut avoir une chance de peser au Parlement.

- "Mascarade" -

Cette décision va incontestablement dans le sens du pouvoir, favorable à la tenue prochaine d'élections, qui permettraient de casser la cohésion nouvelle au sein de la coalition entre 14 partis de l'opposition: chacun désormais doit faire campagne pour son propre camp afin de remporter des sièges au Parlement.

Les principaux membres de l'opposition ont toutefois prévu des réunions d'informations les 22 et 23 septembre à travers le pays, pour mettre en place une stratégie commune.
Pour Jean Pierre Fabre, chef de file de l'opposition, qui a qualifié les législatives de "piège" tendu par le pouvoir, les responsables de la coalition "ne se prêteront pas à n'importe quelle mascarade".
"Les élections se dérouleront quand les tâches nécessaires à un scrutin libre, équitable, transparent et démocratique, seront effectuées", avait-il martelé avant l'annonce de la CENI, qui a assuré être "prête" pour décembre.

L'opposition parlementaire boycotte toujours les 4 sièges (sur 17) qui lui sont attribués au sein de la CENI, demandant un plus juste ré-équilibrage entre les forces politiques togolaises, mais la commission a malgré tout décidé de reprendre ses activités début août.
"Le comportement de ce régime est suspect et la précipitation dans le processus électoral cache mal, la volonté de faire des élections escamotées", a dénoncé jeudi Nathaniel Olympio, président du parti des Togolais (membre de la coalition) dans une déclaration à l'AFP.

- Limitation des mandats présidentiels -

Le président de la CENI n'a pas souhaité s'exprimer sur la teneur du référendum qui sera aussi organisé en décembre, mais il s'agit sans doute de la réforme constitutionnelle, voulue par le pouvoir et prévoyant la limitation non-rétroactive à deux du nombre de mandats présidentiels.

Cette réforme a déjà été rejetée par l'opposition, qui réclame la mise en place immédiate de cette limitation, pour empêcher le président Faure Gnassingbé - qui en est à son troisième mandat - de se représenter en 2020 et 2025.

Le ministre de la fonction publique Gilbert Bawara a annoncé mercredi l'introduction d'un nouveau projet de révision constitutionnelle à l'Assemblée nationale dans les prochains jours par le gouvernement, sans en dévoiler le contenu.
Ce projet "ouvrira la voie au débat démocratique au sein de la représentation nationale, et nous espérons que l'esprit de responsabilité prévaudra afin que cette réforme soit adoptée par les députés", a-t-il déclaré.

Le référendum constitue "une option ultime" qui n'aura de sens qu'en cas d'échec à l'Assemblée nationale, a précisé le ministre, prévenant ainsi à demi-mot les députés que leur refus conduira au referendum, que ne souhaite pas l'opposition.
En réponse, Jean-Pierre Fabre a promis une fois encore d'organiser des marches : le seul outil de protestation qui lui reste, semble-t-il.

- © 2018 AFP

   

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