Une technique très controversée :

La communauté scientifique attend des explications du "père" de soi-disant bébés génétiquement modifiés


Publié / Actualisé
Les participants à une conférence d'experts mondiaux à Hong Kong oscillaient entre scepticisme et condamnation radicale mercredi, avant l'intervention programmée d'un chercheur chinois qui affirme avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés. He Jiankui, qui dirige un laboratoire à Shenzhen (sud), a fait scandale dimanche, dans des vidéos diffusées sur YouTube, en annonçant la naissance de jumelles dont l'ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida.
Les participants à une conférence d'experts mondiaux à Hong Kong oscillaient entre scepticisme et condamnation radicale mercredi, avant l'intervention programmée d'un chercheur chinois qui affirme avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés. He Jiankui, qui dirige un laboratoire à Shenzhen (sud), a fait scandale dimanche, dans des vidéos diffusées sur YouTube, en annonçant la naissance de jumelles dont l'ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida.

Cette avancée, qui serait une première mondiale si elle était confirmée, n'a laissé personne indifférent au sein de la communauté scientifique, beaucoup dénonçant l'absence de vérification indépendante ou le fait d'avoir exposé des embryons sains à des modifications génétiques.

Les organisateurs du second Sommet international sur l'édition du génome à Hong Kong, qui a ouvert mardi et au cours de laquelle le chercheur doit détailler ses résultats mercredi, ne semblent pas non plus avoir été au courant des travaux de M. He.
Le président du sommet, le biologiste David Baltimore, a déclaré à l'AFP en marge du sommet n'avoir "aucune idée" de la fiabilité du chercheur chinois.

- "Effets secondaires" -

"Je n'ai vu aucune de ses recherches et je ne sais pas ce qu'il compte affirmer", a déclaré M. Baltimore.
En raison de ces allégations, le sommet a été l'objet d'une couverture médiatique totalement inattendue et ses participants ont été assaillis de questions mardi par les journalistes.

John Christodoulou, titulaire de la chaire de médecine génomique à l'Université de Melbourne, a déclaré que les recherches de M. He semblaient avoir "court-circuité les procédures réglementaires éthiques habituelles".
"Mais si ce qu'il a fait était pour modifier des embryons humains destinés à naître, il y a un risque réel d'effets secondaires", a-t-il dit.
"Cette technologie peut générer des mutations ou des ruptures chromosomiques dans des zones différentes de celles ciblées."

Pour Margaret Sleeboom-Faulkner, de l'Université du Sussex, il serait "sage de s'assurer que cette façon de procéder ne devienne pas la norme".
He Jiankui, qui a été formé à Stanford aux Etats-Unis, explique avoir employé la technique Crispr-Cas9, dite des "ciseaux génétiques", qui permet d'enlever et de remplacer des parties indésirables du génome, comme on corrige une faute de frappe sur ordinateur.
Les jumelles, surnommées "Lulu" et "Nana", sont selon lui nées après une fécondation in vitro, à partir d'embryons modifiés avant leur implantation dans l'utérus de la mère.

Cette technique ouvre des perspectives potentielles dans le domaine des maladies héréditaires. Mais elle est extrêmement controversée, notamment parce que les modifications réalisées seraient transmises aux générations futures, et qu'elles pourraient au final affecter l'ensemble du patrimoine génétique.

- "Pas de sanction" -

Selon Qiu Renzong, pionnier des questions bioéthiques en Chine, les chercheurs échappent souvent aux sanctions car ils n'ont de comptes à rendre qu'à leur institution. Et certaines ne prévoient aucun punition en cas de faute professionnelle.
"La Chine protège beaucoup les scientifiques. Si on fait une petite erreur, ça s'arrête là, il n'y pas de sanctions", a-t-il déploré mardi à Hong Kong.

He Jiankui, qui n'a pas répondu aux demandes d'interview de l'AFP, doit s'exprimer mercredi et jeudi lors du Sommet.
De son côté, la Chine a ordonné une enquête pour vérifier les affirmations du chercheur.

L'Université de sciences et technologie du Sud, l'établissement de M. He, l'a également désavoué, en affirmant que le chercheur était depuis février en congé sans solde, et s'est dite "profondément choquée". L'hôpital Harmonicare impliqué dans l'expérimentation a, de son côté, assuré que le document autorisant l'expérience avait vraisemblablement été falsifié.

La Chine cherche à devenir un leader de la recherche génétique et du clonage, et les zones grises de la législation locale ont ouvert la voie à des expérimentations parfois controversées.
Des scientifiques chinois ont été les premiers en 2015 à parvenir à modifier des gènes d'embryons humains, selon la revue Nature.
La même année, un site de clonage d'animaux était en construction à Tianjin (nord), avec notamment l'ambition de produire jusqu'à un million de vaches à viande par an.

Début 2018, des chercheurs chinois sont parvenus à faire naître pour la première fois des singes génétiquement identiques, par la même technique de clonage utilisée il y a plus de 20 ans pour la célèbre brebis Dolly, premier mammifère cloné.

 - © 2018 AFP

   

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