France :

Dans l'Ain, aux confins du "grand débat"


Publié / Actualisé
Ils ne sont parfois qu'une poignée à venir.
Ils ne sont parfois qu'une poignée à venir.

Souvent âgés. Certains parlent, d'autres écoutent. De la périphérie de Mâcon aux collines du Bugey en passant par les étangs de la Dombes, l'AFP a suivi le "grand débat" dans trois villages de l'Ain. À 19H00 ce 7 février, Saint-Jean-sur-Veyle (1.133 habitants) semble déjà dormir. Sauf à la salle polyvalente, où une cinquantaine de personnes prennent place. "Un volontaire pour prendre des notes ?", demande la maire, Agnès Duperray. C'est finalement un adjoint qui s'y colle. On hésite un peu à prendre le micro, et puis Simone, retraitée, se lance: pour augmenter le pouvoir d'achat, il faut régler le problème du chômage, "c'est-à-dire celui de la formation". Denise, gérante d'une chaudronnerie locale, confirme: "il y a trop de décalage entre l'école et l'entreprise".

Dans le premier département industriel de France, le sujet est porteur. Pour Michel, ancien chef d'atelier, "c'est l'orientation qui ne va pas". Deux profs plaident le manque de moyens. "On a fait aussi l'erreur de répéter à nos gosses que sans le bac, on est bon à rien", estime un père de famille. Il n'est pas le seul à faire dans l'autocritique. "C'est nous-mêmes qui, souvent, faisons notre propre malheur", estime un entrepreneur du transport routier. "On prône le ferroutage contre la pollution, et on commande sur internet en voulant être livré le lendemain". À la fin des échanges, certains voudraient "s'impliquer" dans une réflexion commune. La maire leur suggère de commencer par assister aux conseils municipaux.

Diplomate

À Artemare (1.248 habitants), le deuxième débat - sur quatre programmés - commence en retard le 13 février. La faute au journal local qui s'est trompé d'horaire, s'excuse la maire, Mireille Charmont-Munet. "Y a pas beaucoup de jeunesse", constate l'un des 19 participants en s'asseyant. Menu unique ce soir-là: la fiscalité. "Il faudrait déjà qu'on sache où va l'argent", attaque Michèle, 63 ans. Un document officiel projeté au mur détaille la répartition des dépenses publiques pour 1.000 euros d'impôts prélevés. La moitié part dans les retraites. "Ça veut pas dire grand-chose", tranche Félix, 87 ans et 900 euros de pension mensuelle.

Intervient alors "Monsieur Reynaud", ancien diplomate qui se fait l'avocat de l'État. "Si la France n'a pas assez de recettes, c'est qu'elle ne travaille pas assez", assène-t-il. Approbation dans l'assistance, largement hostile aux 35 heures. Ce discours a le don d'agacer Stéphane, fonctionnaire en fin de carrière. "Il y a des choses que je ne peux pas entendre. J'ai gravi tous les échelons et si mes revenus vous font envie, j'en suis presque heureux", lance-t-il. Pour lui, il faut mieux rémunérer le travail et ne pas dresser le public contre le privé. Patricia, l'opticienne, arrive sur le tard; ses 40 ans ne passent pas inaperçus. Encore quelques échanges sur la TVA et c'est l'heure de partager un verre.

Lobbyiste

Changement de format à Châtillon-la-Palud (1.586 habitants), où le débat sur la transition écologique est organisé le 15 février par Stan, 24 ans, citoyen "non encarté". "Ça veut dire quoi ?", demande-t-on. "Ça veut dire affilié à aucun parti", répond l'étudiant en développement durable qui, prudent, ne se dévoile pas d'emblée. Face à lui, Pascal peste contre "les idéologues" en faisant un intense lobbying pour le nucléaire. "On ne pourra pas s'en passer", martèle cet ancien ingénieur de la filière. L'éolien et le solaire, que le gouvernement veut développer ? "Des caprices d'écolos et de bobos parisiens."
Peut-on, quand même, économiser l'énergie ? Oui, en éteignant les lampadaires, assure Jacques. Laurent a une autre idée: "distribuer des cocottes-minute, comme Fidel Castro". L'un des 11 participants pique un fou-rire.

Après une pause, on s'interroge sur la surconsommation mais "la décroissance", Pascal n'y croit pas. On peut manger mieux en achetant moins, rétorque Dominique, qui voudrait surtaxer la malbouffe ; les taxes, Pascal ne veut pas en entendre parler non plus. Seule solution à ses yeux: "baisser les prix", des ampoules LED comme des légumes bio. Au bout de trois heures, le jeune animateur semble éprouvé. Dans la nuit froide, il repart à vélo.

AFP

   

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