Irak :

Colère et deuil à Mossoul après la mort de 100 personnes dans un naufrage


Publié / Actualisé
La colère gronde vendredi à Mossoul au lendemain de la mort de 100 personnes dans un naufrage, les Irakiens réclamant toute la lumière sur cet accident qui a endeuillé une ville déjà ravagée par la guerre contre les jihadistes.
La colère gronde vendredi à Mossoul au lendemain de la mort de 100 personnes dans un naufrage, les Irakiens réclamant toute la lumière sur cet accident qui a endeuillé une ville déjà ravagée par la guerre contre les jihadistes.

Les victimes, en majorité des femmes et des enfants, étaient de sortie pour célébrer le Nouvel An kurde et la Fête des Mères, quand le bac sur lequel elles avaient embarqué pour rejoindre un centre de loisirs s'est retourné, les engloutissant dans les flots. Il s'agit de l'accident le plus meurtrier en Irak depuis des années, une "tragédie", selon l'ONU.

Vendredi, une prière a été organisée sur les lieux du drame, l'Irak ayant décrété un deuil national de trois jours. Des centaines de proches de victimes et d'habitants rassemblés sur le bord du fleuve ont exprimé leur colère, scandant: "La corruption nous tue" ou "Nous ne nous tairons pas", a constaté un correspondant de l'AFP.

Pour les rescapés, beaucoup trop de personnes étaient à bord et elles n'auraient pas dû être autorisées à monter si nombreuses. "Qui est le responsable?", proclame une pancarte brandie par un manifestant, alors que la foule s'en est pris aux convois de responsables qui défilent sur les lieux, notamment le gouverneur et le président Barham Saleh.

- Soif de justice -

A bout de nerfs, Mohammed Adel, un Mossouliote de 27 ans dont le frère a péri dans le naufrage a affirmé à l'AFP qu'il ne quitterait pas la rive du Tigre sans réponse. "On veut que les responsables (du naufrage) soient traduits en justice", a-t-il martelé. Il a aussi appelé à des sanctions contre les responsables locaux qui selon lui "n'assurent aucun suivi ou régulation" de la sécurité des infrastructures et moyens de transport. Dans un pays où des manifestations dénoncent régulièrement la déliquescence des services publics, les passe-droits accordés à des hommes d'affaires véreux, de nombreux Mossouliotes affirment que le naufrage aurait pu être évité.

Dès jeudi, un responsable des services de sécurité de la ville expliquait à l'AFP que l'accident résultait de la conjonction entre la surcharge du bateau et le haut niveau des eaux du Tigre en raison de récentes pluies. Reprises partout dans les médias et sur les réseaux sociaux irakiens, des images de vidéosurveillance du complexe touristique montrent des dizaines de personnes entassées sur le bac. L'embarcation se met ensuite à pencher sous le poids de l'eau qui s'y engouffre depuis un côté jusqu'à se retourner entièrement, enfermant des dizaines de personnes dans les eaux, sous son lourd fond plat.

- Mandats d'arrêt -

Les recherches se poursuivent sur des dizaines de kilomètres en aval pour sortir de nouveaux corps, emportés par le fort courant. Dès jeudi soir, alors que le bilan ne cessait de s'alourdir, la justice a dit avoir ordonné l'arrestation de neuf responsables de la gestion du bac. Elle a aussi délivré des mandats d'arrêt contre les propriétaires du bateau et du complexe touristique, alors que les responsables de nombreux scandales financiers ou sanitaires de ces dernières années en Irak avaient aussitôt fui le pays.

Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi avait réclamé jeudi "un rapport d'enquête sous 24 heures pour déterminer les responsabilités", avant de rencontrer survivants et pompiers et policiers toujours à l'oeuvre. "Il faut que la justice fasse son travail et que l'enquête donne des résultats sur les raisons de ce naufrage", a-t-il plaidé depuis Mossoul. Si les guerres à répétition et les attaques jihadistes ont fait des centaines de milliers de victimes en Irak, les accidents de ce type sont rares. Un autre naufrage sur le Tigre avait eu lieu en 2013 à Bagdad, faisant cinq morts.

Le bilan du naufrage de jeudi, sans égal pour un drame n'ayant aucun lien avec les violences qui ont déchiré le pays, a assombri les célébrations de Norouz, la nouvelle année kurde qui marque l'arrivée du printemps. A Mossoul, les survivants continuent d'être accueillis tant bien que mal dans des hôpitaux en grande partie détruits durant les combats contre l'EI.

La morgue, elle, a reçu toute la nuit des corps, enveloppés dans des sacs mortuaires blancs, certains portant des noms, pour beaucoup de femmes. Plusieurs dizaines n'ont pas encore été identifiés, selon la médecine légale.

- © 2019 AFP

   

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