Grande-Bretagne :

Brexit: Theresa May hésite sur sa stratégie avant une semaine cruciale


Publié / Actualisé
Theresa May va-t-elle représenter son accord de Brexit aux députés britanniques? Les hésitations de la Première ministre alimentaient dimanche un climat de crise, voire de fin de règne pour la dirigeante, avant une semaine cruciale pour les modalités du divorce.
Theresa May va-t-elle représenter son accord de Brexit aux députés britanniques? Les hésitations de la Première ministre alimentaient dimanche un climat de crise, voire de fin de règne pour la dirigeante, avant une semaine cruciale pour les modalités du divorce.

Destiné à mettre en oeuvre un Brexit en douceur, ce Traité de retrait de l'UE, un texte de près de 600 pages conclu après de difficiles négociations avec Bruxelles, a déjà été rejeté, massivement, par la Chambre des Communes le 15 janvier, puis le 12 mars. Un nouveau vote avait été présenté par Theresa May comme la suite logique du sommet européen qui s'est tenu cette semaine, lors duquel elle a obtenu un report du Brexit au-delà de la date initialement prévue du 29 mars, fixant désormais au 12 avril au plus tôt l'échéance fatidique.


Mais la dirigeante conservatrice a semé le trouble vendredi dans une lettre aux députés, laissant entendre que le vote pourrait finalement ne pas avoir lieu la semaine prochaine, "s'il apparaît qu'il n'y a pas suffisamment de soutien" pour l'approuver, ce qui semble fort probable.

- Votes indicatifs -

Le gouvernement devrait dévoiler lundi ses intentions, et pourrait proposer une série de votes indicatifs pour déterminer les desiderata du Parlement.
Une option qui n'est pas sans danger en raison des tensions qu'elle pourrait susciter au sein de l'exécutif, les eurosceptiques craignant que le Parlement n'en profite pour prendre le contrôle du Brexit, et en dénaturer la substance. Organiser de tels votes serait "l'idée la plus ridicule, enfantine et irréaliste que j'aie jamais vue", a lancé le député conservateur Marcus Fysh, pro-Brexit.


Dans le cas où elle présenterait finalement son accord aux députés, Theresa May devra surmonter deux obstacles, le premier ayant trait à la possibilité même de soumettre le texte. Ce vote, initialement prévu cette semaine, avait été bloqué par le président des Communes, John Bercow. Lors d'un énième coup de théâtre dans la saga du Brexit, le "Speaker" a estimé que l'exécutif ne pouvait soumettre à nouveau l'accord sans changement.
Les récentes décisions de l'UE peuvent toutefois apparaître comme des éléments nouveaux permettant le vote, selon les analystes.


Le deuxième obstacle fait en revanche figure de gageure, puisque la Première ministre doit convaincre les députés de changer d'avis, qui plus est après les avoir échaudés en rejetant sur eux la responsabilité des atermoiements du Brexit dans une allocution mercredi, à la veille du sommet européen.

- "Dans le pétrin" -

Signe de la montagne à gravir, le petit parti nord-irlandais DUP, qui assure à Theresa May une fragile majorité absolue au Parlement, a souligné que la dirigeante avait "raté une occasion" d'améliorer son accord lors du sommet de l'UE. Un rejet du texte pourrait être le coup de grâce pour une Theresa May en pleine crise d'autorité.

Critiquée de tous côtés, semblant naviguer à vue, la dirigeante serait sous la menace de manoeuvres visant à la déloger, affirmait dimanche le Sunday Times, selon qui elle pourrait céder sa place au vice-Premier ministre David Lidington, un europhile, dans un rôle de chef de l'exécutif par intérim.
Le Mail on Sunday voyait, lui, le poste échoir au ministre de l'Environnement Michael Gove, un Brexiter. "Si nous sommes dans un tel pétrin à propos du Brexit, c'est à cause de Theresa May - il est temps pour elle de s'en aller", a déclaré le député européen conservateur Daniel Hannan dans le Telegraph.


Anticipant un possible rejet du texte, les 27 ont eux donné à la dirigeante le choix: soit l'accord est voté et le Royaume-uni effectue une sortie ordonnée de l'UE, bénéficiant pour ce faire d'un court report technique fixé au 22 mai. Soit l'accord est rejeté pour la 3e fois et Londres aura jusqu'au 12 avril pour décider d'organiser le vote pour les élections européennes. S'il décidait de les tenir, le Royaume-Uni pourrait alors demander un nouveau report, dont la durée n'a pas été fixée. Sinon, ce serait une sortie sans accord, près de trois ans après le référendum sur l'UE du 23 juin 2016.

A l'orée de cette semaine cruciale, des centaines de milliers de manifestants anti-Brexit ont défilé à Londres samedi pour réclamer un nouveau référendum.

AFP

   

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