Tensions :

Dans un bidonville de Bobigny, la terreur de Roms pris pour cible après une rumeur


Publié / Actualisé
"Ils avaient des cocktails Molotov et nous jetaient des cailloux. Ils voulaient nous tuer." Dans le bidonville rom de Bobigny pris pour cible lundi soir après des rumeurs d'enlèvements, les habitants ne dorment plus et vivent dans la terreur.
"Ils avaient des cocktails Molotov et nous jetaient des cailloux. Ils voulaient nous tuer." Dans le bidonville rom de Bobigny pris pour cible lundi soir après des rumeurs d'enlèvements, les habitants ne dorment plus et vivent dans la terreur.

A l'entrée du campement, Georgi, la soixantaine, regarde dans le vide, les bras ballants. En russe, il raconte la soirée de lundi, les hommes, "nombreux", venus avec des bouteilles remplies d'essence. "Ils nous accusent de voler des enfants", souffle ce gaillard, les yeux soudain gonflés de larmes. "Depuis, on a peur tout le temps. On ne dort plus, on monte la garde", raconte Georghe Marcus, un des 150 Roms venus de Roumanie, de Serbie ou de Moldavie qui vivent dans la misère sur ce terrain au bord du canal de l'Ourcq. A côté de lui, une femme aux traits tirés s'interrompt dans sa lessive pour montrer sur le sol la trace d'un foyer : "On allume des feux pour se protéger", dit-elle.

Lundi, des hommes armés ont fait irruption dans le bidonville, ils ont menacé les habitants et "cassé" des voitures, galvanisés par une rumeur circulant sur les réseaux sociaux : des Roms kidnapperaient des enfants à bord de camionnettes. "Mes filles ont tout vu. Depuis, on ne dort plus", raconte dans un sourire triste Ludmila Ciuda, enceinte de son troisième enfant. Dans les allées jonchées d'ordures, hommes et femmes vont et viennent des outils à la main, suivis par des grappes d'enfants. Ils découpent, clouent, entassent des matériaux récupérés pour consolider les baraques chancelantes.

"On n'ose même plus sortir du camp, on ne se sent plus en sécurité. On va mourir de faim car on ne peut plus travailler", dit Gheorghe Yasile Ibrahim. Ce trentenaire explique survivre grâce à "la ferraille", aux "déménagements". Et "aux poubelles".

- "Les Roms, ils sauvent des gens!" -

En lisière du campement, le moindre passant un peu compatissant se voit demander de l'aide. De l'argent, à manger, des papiers à remplir. A un employé municipal qui s'arrête pour discuter, un homme lance : "Qu'est-ce que vous faites pour nous? Pour notre sécurité? Contre le racisme? Il faut nous protéger!"

Mercredi après-midi, trois adultes doivent être jugés en comparution immédiate à Bobigny pour des faits de violence et rébellion après plusieurs expéditions punitives menées en Seine-Saint-Denis contre des Roms. Un mineur va de son côté être présenté à un juge des enfants. Et 11 personnes sont toujours en garde à vue. Des événements qui sont "la démonstration de la nécessité absolue de lutter contre les +fake news+", selon le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.Mercredi soir, les 34 campements du département seront sécurisés par la police, a appris l'AFP.

Au bord du canal de l'Ourq, des hommes se sont rassemblés. Deux d'entre eux, la vingtaine, sont trempés. "Ils viennent de repêcher une vieille femme qui flottait dans le canal", raconte l'un d'entre eux en désignant la rive opposée, où s'affairent pompiers et soignants du Samu. "Regardez la vidéo, ils sautent dans l'eau pour la sauver! C'est ça qu'il faut montrer aux Français, les Roms ils volent pas des enfants, ils sauvent des gens!" Un pompier traverse le pont pour leur poser des questions. "Merci et bravo Messieurs", leur lance-t-il en partant. Un bref sourire s'affiche sur les mines défaites. "C'est nous qui avons sauté. Les Français ils regardaient depuis le pont", raconte un des jeunes, frigorifié.

Les 15.000 à 20.000 Roms, vivant en France, viennent essentiellement d'Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie, pays de l'ex-Yougoslavie), pays où ils sont discriminés. 

- © 2019 AFP

   

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