Expéditions punitives :

Violences contre des Roms: l'exécutif dénonce des "dérives", le procès de quatre suspects renvoyé


Publié / Actualisé
Des expéditions punitives après des rumeurs infondées d'enlèvement d'enfants sur les réseaux sociaux: le procès de quatre jeunes hommes qui devait se tenir mercredi à Bobigny pour des violences sur des Roms, qualifiées de "dérives inacceptables" par le gouvernement, a été renvoyé.
Des expéditions punitives après des rumeurs infondées d'enlèvement d'enfants sur les réseaux sociaux: le procès de quatre jeunes hommes qui devait se tenir mercredi à Bobigny pour des violences sur des Roms, qualifiées de "dérives inacceptables" par le gouvernement, a été renvoyé.

Les quatre prévenus, âgés de 18 à 22 ans, seront jugés le 17 avril pour des faits de violence et rébellion. Traits juvéniles et air poli, ils étaient présentés mercredi en comparution immédiate à Bobigny, mais l'un d'eux a demandé le renvoi du procès.

Ils sont soupçonnés d'avoir participé à une expédition punitive à Clichy-sous-Bois contre des Roms, une communauté désignée par des rumeurs sur les réseaux sociaux comme responsable de tentatives d'enlèvements d'enfants ou adolescents par des personnes circulant en camionnette blanche.

Ces évènements sont "la démonstration de la nécessité absolue de lutter contre les +fake news+", a déclaré le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, dénonçant des "dérives absolument inacceptables".
Onze suspects étaient toujours en garde à vue mercredi pour d'autres violences survenues lundi, à Bobigny cette fois.
Une cinquantaine de personnes armées de couteaux et de bâtons s'en étaient prises à des Roms installés au bord d'une nationale. Des camionnettes ont été incendiées, selon une source policière. D'autres rixes ont éclaté plus tard dans la soirée à Bobigny.

Le parquet de Bobigny a rappelé n'être saisi "à cette heure, d'aucune enquête pour des faits d'enlèvement de mineurs par des personnes de la communauté Rom".
Après ces incidents, aucune violence n'a été recensée dans la nuit de mardi à mercredi dans le département où les policiers ont toutefois été appelés "trois, quatre fois parce que les Roms sont logiquement très inquiets", d'après la source policière.
Le numéro 1 de la police en Seine-Saint-Denis, François Léger, a indiqué à l'AFP que les 34 camps roms du département seraient "sécurisés de nuit".

"Racisme séculaire"

"On a peur tout le temps. On ne dort plus, on monte la garde", rapporte à l'AFP Georghe Marcus, un des 150 Roms qui vivent dans la misère dans le bidonville de Bobigny pris pour cible.
Le collectif national droits de l'Homme (CNDH) Romeurope, qui rassemble 48 associations, déplore que "les personnes qui vivent en bidonvilles et/ou qui conduisent une camionnette (...) n'osent souvent plus en sortir pour poursuivre leurs activités habituelles".
"Les familles doivent cesser de vivre dans la terreur", ajoute le collectif, qui appelle les pouvoirs publics à "agir fortement pour protéger les personnes concernées".
Mardi soir, des associations de défense des Roms avaient déjà dénoncé le retour d'un "racisme séculaire".

L'association SOS-Racisme a de son côté indiqué mercredi dans un communiqué avoir interpellé "Facebook, Snapchat, Twitter et Jeuxvideo.com pour leur demander de modérer et de stopper les rumeurs qui circulent sur leurs plate-formes".
"A l'exception de Jeuxvideo.com", "seule une partie minoritaire" de ces contenus ont été retirés,a regretté l'association. Elle a demandé au gouvernement de réunir les plates-formes pour qu'elles "s'engagent à une modération pro-active lorsque sont signalées ces rumeurs aux conséquences rapides, massives et criminelles".

Mi-mars, une vingtaine de jeunes avaient déjà pris à partie les deux occupants d'une camionnette blanche à Colombes (Hauts-de-Seine).
L'Ile-de-France n'est pas la seule région concernée. Des rumeurs d'enlèvements "à l'aide d'une camionnette blanche ou bleue" dans la région de Valenciennes (Nord) avaient ainsi été relayées en janvier, et démenties quelques jours plus tard par les autorités du département.

En Inde, des rumeurs propagées via la messagerie WhatsApp sur la prétendue présence de ravisseurs d'enfants ont coûté l'an dernier la vie à au moins 25 personnes, d'après des médias locaux.

Selon les estimations, entre 15.000 à 20.000 Roms vivent en France et viennent essentiellement d'Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie, pays de l'ex-Yougoslavie) où ils sont discriminés.

AFP

   

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