Au moins 290 morts, dont un Français (actualisé) :

Sri Lanka : un groupe islamiste serait à l'origine des attentats


Publié / Actualisé
A tous ceux qui diront que le Sri Lanka n'est pas un pays à risque, la journée tragique du dimanche 21 avril 2019 affirme l'exact contraire. Au moins 290 personnes, dont un Français et plusieurs dizaines d'étrangers, ont été tuées et plus de 500 ont été blessées dans huit attentats contre des hôtels, mais surtout des églises où était célébrée la messe de Pâques. Le porte-parole du gouvernement sri-lankais affirme qu'un groupe islamiste local serait l'auteur des huit explosions. L'événement n'est pas sans nous rappeler la présence de 120 migrants sri-lankais sur l'île, affirmant avoir fui le pays à cause de la misère et des tensions vives et quotidiennes subies là-bas. Leur bateau est arrivée samedi 13 avril 2019, une vingtaine d'entre eux peut déposer une demande d'asile en préfecture. Les autres ont été renvoyés en zone d'attente, la semaine du 22 avril sera déterminante pour juger de leur sort.
A tous ceux qui diront que le Sri Lanka n'est pas un pays à risque, la journée tragique du dimanche 21 avril 2019 affirme l'exact contraire. Au moins 290 personnes, dont un Français et plusieurs dizaines d'étrangers, ont été tuées et plus de 500 ont été blessées dans huit attentats contre des hôtels, mais surtout des églises où était célébrée la messe de Pâques. Le porte-parole du gouvernement sri-lankais affirme qu'un groupe islamiste local serait l'auteur des huit explosions. L'événement n'est pas sans nous rappeler la présence de 120 migrants sri-lankais sur l'île, affirmant avoir fui le pays à cause de la misère et des tensions vives et quotidiennes subies là-bas. Leur bateau est arrivée samedi 13 avril 2019, une vingtaine d'entre eux peut déposer une demande d'asile en préfecture. Les autres ont été renvoyés en zone d'attente, la semaine du 22 avril sera déterminante pour juger de leur sort.

Le Sri Lanka a connu une fête de Pâques particulièrement tragique ce dimanche 21 avril 2019. En quelques heures, des bombes ont semé mort et désolation dans des hôtels de luxe et églises célébrant la messe de Pâques en plusieurs endroits de l'île d'Asie du Sud, qui n'avait pas connu un tel déchaînement de violence depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans. Face au danger, les autorités sri-lankaises ont décrété un couvre-feu immédiat et le blocage temporaire des réseaux sociaux pour empêcher la diffusion d'"informations incorrectes et fausses" en réponse à ces explosions qui ont fait au moins 290 morts et plus de 500 blessés. Lundi matin, les autorités sri-lankaises ont annoncé l'arrestation de 24 personnes, sans donner de détail sur les suspects.

Ces violences sont les plus meurtrières dans le pays depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans. Une vidéo prise dans l'une des églises touchées montrait de nombreux corps recroquevillés, le sol jonché de décombres et couvert de sang, les murs grêlés par les éclats. La violence de l'explosion a soufflé des parties du toit, laissant entrevoir le ciel.

Alors que les attaques n'avaient toujours pas été revendiquées, la présidence a déclaré l'état d'urgence à partir de lundi minuit (18h30 GMT) au nom de la "sécurité publique". Tout en désignant le NJT, le porte-parole du gouvernement a indiqué avoir "du mal à voir comment une petite organisation dans ce pays peut faire tout cela". "Nous enquêtons sur une éventuelle aide étrangère et leurs autres liens, comment ils forment des kamikazes, comment ils ont produit ces bombes", a-t-il ajouté.


Le NJT s'était fait connaître l'an passé en lien avec des actes de vandalisme contre des statues bouddhiques. Il avait aussi fait il y a dix jours l'objet d'une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle il préparait des attentats suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo.

"Des attaques lâches"

Huit explosions en tout se sont produites dans cette île très prisée des touristes. Six d'entre elles étaient très rapprochées. Deux heures plus tard, deux autres explosions ont touché la capitale Colombo. Au moins deux de ces déflagrations sont le fait de kamikazes, selon des témoins, mais le porte-parole de la police, Ruwan Gunasekera, a dit ne pas être en mesure de "confirmer" si cette vague d'attentats étaient des attaques suicide ou non.

Le Premier ministre sri-lankais Ranil Wickremesinghe a fustigé des "attaques lâches" et appelé le pays à l'unité. L'archevêque de Colombo a appelé à "punir sans pitié" les coupables, car seuls des animaux peuvent se comporter ainsi". Le pape François, lui, a exprimé sa "tristesse" en apprenant "la nouvelle des graves attentats, qui précisément aujourd'hui, jour de Pâques, ont porté deuil et douleur dans plusieurs églises et autres lieux de réunion au Sri Lanka".

Une tentative manifestement coordonnée

Les attaques semblement avoir été volontairement synchronisées. À Colombo, trois hôtels de luxe en front de mer, le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury, ainsi que l'église Saint-Antoine ont été frappés par des attaques. À Negombo, une localité au nord de Colombo, au moins 67 personnes ont trouvé la mort dans l'église Saint-Sébastien et 25 autres dans une église à Batticaloa, une ville de l'est de l'île, selon la même source. "C'était un torrent de sang", a témoigné un commerçant voisin de l'église Saint-Antoine. "Je me suis précipité à l'intérieur pour aider. Le curé est sorti, il était couvert de sang".

Quelques heures plus tard, deux autres déflagrations sont survenues dans un hôtel à Dehiwala, une banlieue sud de Colombo, puis à Orugodawatta, au nord de Colombo, où un kamikaze s'est fait exploser, tuant trois policiers lors d'une opération de recherches dans une maison.

Au moins 35 étrangers figurent parmi les morts, dont un Portugais, un Néerlandais et un Américain. Des ressortissants japonais et britanniques ont été blessés. Dimanche soir, une "bombe artisanale" a été découverte et désamorcée sur une route menant vers le principal terminal de l'aéroport de Colombo. L'aéroport reste ouvert sous haute sécurité.

"C'était le chaos"

Au Cinnamon Grand Hotel de Colombo, situé près de la résidence officielle du Premier ministre, un kamikaze, un Sri-Lankais qui s'était enregistré à l'hôtel la veille sous le nom de Mohamed Azzam Mohamed, a enclenché sa bombe dans la file de clients, venus profiter d'un buffet de Pâques dans un restaurant de l'établissement. "Il était 8h30 du matin. Il y avait beaucoup de familles", a raconté un employé. Une assiette à la main, "il est allé au début de la queue et s'est fait sauter", a-t-il ajouté. "Un manager qui accueillait les clients fait partie de ceux qui ont été tués sur le coup (...) C'était le chaos."

Le ministre des Réformes économiques Harsha de Silva a fait état de "scènes horribles" à l'église Saint-Antoine et dans deux des hôtels visés où il s'est rendu. "J'ai vu des morceaux de corps éparpillés partout", a-t-il tweeté, ajoutant qu'il y avait "beaucoup de victimes dont des étrangers".

Qui est reponsable ?

Le chef de la police nationale, Pujuth Jayasundara, avait alerté ses services il y a dix jours en indiquant qu'un mouvement islamiste appelé NTJ (National Thowheeth Jama'ath) projetait "des attentats suicide contre des églises importantes et la Haute commission indienne". Le NTJ s'était fait connaître l'an passé en lien avec des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhistes.

Le ministre des Finances Mangala Samaraweera a déclaré sur Twitter que les attaques semblaient être "une tentative coordonnée pour provoquer des meurtres, le chaos et l'anarchie".

Mais pour le moment aucun groupe n'a revendiqué ces attaques coordonnées, en lien avec lesquelles les autorités ont arrêté 24 personnes à ce stade. Aucun détail n'a été donné officiellement sur les suspects. Le président Maithripala Sirisena, qui était à l'étranger au moment des attaques, est revenu lundi dans le pays de 21 millions d'habitants et présidait un conseil de sécurité, ont indiqué ses services.


Un haut responsable de la police nationale avait émis une alerte il y a dix jours, sur la foi d'informations "d'une agence de renseignement étrangère", avertissant qu'un mouvement islamiste projetait "des attentats suicides contre des églises importantes" et l'ambassade d'Inde à Colombo. Le groupe cité, le National Thowheeth Jama'ath (NJT), s'était fait connaître l'an passé en lien avec des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhiques.

- "La vie continue" -

Lundi matin à Negombo, ville à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale Colombo, le paroissien Dilip Fernando était revenu devant l'église Saint-Sébastien, où sa famille et lui ont échappé de peu au carnage provoqué par l'une des attaques suicide visant la minorité chrétienne. "Si l'église avait été ouverte ce matin, je serais allé à l'intérieur. Nous n'avons pas peur. Nous ne laisserons pas les terroristes gagner. Jamais! Je continuerai à aller à l'église", a-t-il déclaré à l'AFP.

Des dizaines de paires de chaussures appartenant aux victimes étaient rassemblées sur le terrain devant l'édifice catholique. Une chaussure d'homme, déchirée en deux, portait du sang séché. À l'intérieur, des tuiles tombées du toit se mélangeaient aux débris sur le sol. Les murs et statues religieuses étaient criblés d'éclats.
Suite à la levée du couvre-feu à 06H00 locales (04H30 à La Réunion), la vie semblait reprendre un cours normal dans le pays. Des gens se rendaient au bureau en voiture ou à moto, des tuk-tuk sillonnaient les rues.
"Le Sri Lanka est comme ça. Nous sommes un peuple résilient. Nous avons vu tant de violence pendant la guerre civile. Pour le monde extérieur, ça semble énorme mais pour nous la vie continue", a estimé Nuwan Samarweera, un résident de Colombo de 50 ans<;

Des Sri-Lankais qui fuient leur pays meurtri

Le Sri Lanka est un pays marqué par des tensions ethniques et interreligieuses. Cette série d'attaques intervient alors que qu'entre mars 2018 et mars 2019, 153 personnes en provenance du Sri Lanka sont arrivées à La Réunion. 71 s'y trouvent toujours et sont dans l'attente d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) concernant leur demande d'asile.

Un autre bateau a accosté à Sainte-Rose samedi 13 avril 2019. Il transportait 123 personnes : 120 Sri Lankais dont 9 femmes et 13 d'enfants, et trois membres d'équipage. De nationalité indonésienne, ces marins ont ensuite été mis en examen pour aide à l'entrée ou au séjour irrégulier en bande organisée.

Lire aussi : Migrants : le procès des 3 passeurs présumés reporté au 15 mai

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Ce samedi 20 avril 2019, la Cour d'appel a prolongé de 8 jours la zone d'attente pour la centaine de migrants sri-lankais. 83 dossiers ont été examinés par les magistrats, certains concernent des familles. Au total : 99 migrants sont maintenus en confinement dans le gymnase de Sainte-Marie. Les avocats ont confirmé qu'ils allaient se pourvoir en cassation.

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Émotion internationale

De nombreux chefs d'Etat ont fait part de leur choc après ces attaques au Sri Lanka. A commencer par le président français. Emmanuel Macron a fait part de sa "profonde tristesse" : "Nous condamnons fermement ces actes odieux. Toute notre solidarité avec le peuple sri lankais et nos pensées pour tous les proches des victimes en ce jour de Pâques."

La Première ministre britannique Theresa May dénonce quant à elle des "actes de violence (...) réellement effroyables" et estime que "nous devons nous unir pour faire en sorte que personne ne doive jamais avoir à pratiquer sa foi dans la peur". La chancelière allemande Angela Merkel déplore que "des gens rassemblés pour célébrer Pâques aient été ciblés délibérément" et estime que "la haine religieuse et l'intolérance qui se sont manifestées de façon terrible aujourd'hui ne doivent pas l'emporter".

D'autres affirment clairement leur soutien. Le président américain Donald Trump assure : "nous sommes prêts à apporter notre aide!". Le président Vladimir Poutine "réaffirme que la Russie a été et reste un partenaire fiable du Sri Lanka pour combattre la menace du terrorisme international".

En Inde, le Premier ministre Narendra Modi déclare : "une telle barbarie n'a pas sa place dans notre région", "l'Inde est solidaire du peuple du Sri Lanka". Le président kényan Uhuru Kenyatta, lui, assure Colombo de son "soutien total (...) pour travailler ensemble à combattre le démon du terrorisme".

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka où les chrétiens représentent 7% de la population, majoritairement bouddhiste (70%). Le pays compte également 12% d'hindous et 10% de musulmans.
Les ambassades étrangères au Sri Lanka ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter tout déplacement non impératif.

Les gouvernements conseillent à la population de limiter ses mouvements


En France,  deux lignes téléphoniques ont été mises à disposition, l'une pour les voyageurs au départ de France (01 43 17 51 00), et l'autre pour ceux qui sont au Sri Lanka 00 94 11 26 39 442. Idem du côté britannique, où le site du gouvernement recommande aux touristes de "limiter leurs mouvements" jusqu'à "la levée du couvre-feu" et de suivre les instructions des autorités locales.


Sur un site dédié, les autorités canadiennes demandent aussi à leurs concitoyens désireux de voyager au Sri Lanka de "faire preuve d'une grande prudence". "Après la vague d'attentats d'avril 2019, un couvre-feu reconductible a été décrété pour l'ensemble du territoire national de 18 à 6 heures du matin. Il est recommandé de suivre les consignes des autorités locales" indique le site du Guide du Routard sur sa page infos voyageurs.


"Nous sommes en contact avec tous nos clients" a indiqué à l'AFP René-Marc Chikli, le président du syndicat français des tour-operators (SETO), selon lequel la plupart des 400 clients partis de France en voyage à forfait au Sri Lanka ont pu être contactés. "La consigne que nous donnons à ceux qui ont la possibilité de reporter leur départ est d'attendre un peu, mais comme nous sommes en pleines vacances scolaires de printemps, beaucoup préfèrent se rabattre sur une autre destination en fonction des disponibilités et des budgets" a déclaré M. Chikli.

mb et mm/www.ipreunion.com avec AFP

   

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