Symbole du débat sur la fin de vie :

Vers l'arrêt des soins de Vincent Lambert, les parents s'y opposent jusqu'au bout


Publié / Actualisé
Vincent Lambert, devenu malgré lui le symbole du débat sur la fin de vie, mourra-t-il dans les prochains jours? L'arrêt des soins de ce patient en état végétatif depuis dix ans est programmé cette semaine, mais ses parents espèrent toujours suspendre la décision par de "nouveaux recours".
Vincent Lambert, devenu malgré lui le symbole du débat sur la fin de vie, mourra-t-il dans les prochains jours? L'arrêt des soins de ce patient en état végétatif depuis dix ans est programmé cette semaine, mais ses parents espèrent toujours suspendre la décision par de "nouveaux recours".

Validée par le Conseil d'Etat fin avril, l'interruption des soins prévoit, selon une source médicale, l'arrêt des machines à hydrater et alimenter ainsi qu'une sédation "contrôlée, profonde et continue" de cet homme aujourd'hui âgé de 42 ans, ainsi qu'une prise d'analgésiques "par précaution".

Le médecin a prévenu la famille que le protocole interviendrait "la semaine du 20 mai", qui débute ce lundi. Selon une source proche du dossier, l'interruption des soins pourrait ne pas être mise en oeuvre avant mardi.
Aucune information ne filtre sur le dispositif de sécurité concernant la mise en place de ce protocole au CHU de Reims, où est hospitalisé sous haute surveillance cet ancien infirmier en état végétatif et tétraplégique depuis un accident de la route en 2008.

Tragédie intime à l'origine, cette affaire est devenue le symbole du débat sur la fin de vie et déchire sa famille depuis six ans: d'un côté, les parents fervents catholiques, un frère et une soeur s'opposent à l'arrêt des soins; de l'autre, son épouse Rachel, son neveu François et cinq frères et soeurs du patient veulent mettent fin à cet "acharnement thérapeutique".
Vincent Lambert n'a pas laissé de directives anticipées. Mais son épouse et son neveu affirment qu'il avait pris position contre tout acharnement thérapeutique.
Les parents Viviane (73 ans) et Pierre (90 ans), qui considèrent leur fils comme lourdement handicapé et réclament à ce titre son transfert dans un établissement spécialisé, ont multiplié en vain les recours depuis que la plus haute juridiction a validé la procédure d'arrêt des soins, demandée par le CHU en avril 2018. La quatrième depuis 2013...

Seul le Comité des droits des personnes handicapées (CDPH) de l'ONU est allé dans le sens des parents, demandant à la France maintenir les soins, dans l'attente d'un examen du dossier sur le fond, qu'il mènerait.
Mais la France répète que ces mesures conservatoires "sont dépourvues de caractère contraignant" et met en avant le "droit du patient à ne pas subir d'obstination déraisonnable".
Samedi, Me Jean Paillot et Me Jérôme Triomphe ont donc imploré Emmanuel Macron de maintenir les traitements, qualifiant la mort programmée du patient de "crime d'Etat commis au prix d'un coup de force contre l'Etat de droit".
"Le président de la République ne veut pas aller à l'encontre de décisions de justice", a répondu Nathalie Loiseau, tête de liste de la majorité aux élections européennes.

"Cadre de la loi"

Faute de réaction, ces mêmes avocats ont promis "trois nouveaux recours dès lundi" - refusant d'en dire plus.
Ils mettent en avant notamment le dernier rapport d'experts mandatés par la justice, rendu fin 2018. Ces derniers avançaient que la condition médicale de Vincent Lambert "n'appelle aucune mesure d'urgence" et qu'"il existe en France des structures pouvant l'accueillir jusqu'à sa disparition si le maintien au CHU de Reims s'avérait impossible pour des raisons autres que relevant de la simple technique médicale".
Ces mêmes experts affirmaient toutefois que son "état végétatif chronique irréversible" ne lui laisse plus "d'accès possible à la conscience".
Mes Paillot et Triomphe réclament aussi la radiation et des poursuites à l'encontre du docteur Vincent Sanchez, qui dirige le service des soins palliatifs et l'unité "cérébrolésés" de l'hôpital Sébastopol. C'est lui qui leur a annoncé l'arrêt des traitements pour la semaine du 20 mai. Saisiront-ils à cet effet le Conseil de l'ordre des médecins?
"S'il s'évertue à violer les mesures provisoires qui sont obligatoires comme l'a rappelé le

Défenseur des droits et qui ont été rappelées deux fois par l'ONU, il sera seul à devoir assumer la responsabilité de cette violation", a en tout cas tonné auprès de l'AFP Jérôme Triomphe.
Dimanche, quelque 200 personnes ont manifesté devant l'hôpital Sébastopol dénonçant à l'instar de Viviane Lambert "une euthanasie déguisée".
"Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort ?", s'est aussi étonnée la Conférence des évêques. François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux élections européennes, a également demandé qu'on "se laisse le temps".
Père de la loi de 2016 régissant la fin de vie, Jean Leonetti, également premier vice-président LR, estime au contraire que l'arrêt des soins de Vincent Lambert s'inscrit bien "dans le cadre de la loi", affirmant que "dans les hôpitaux, presque 60% des patients lorsqu'ils meurent, ils meurent après une limitation ou un arrêt des traitements."

AFP

   

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